Année passée en revue : 2001

L’année 2001 a débuté avec la culmination du coup politique droitier organisé par la Cour suprême, la désignation de George W. Bush comme président. Il est rapidement devenu évident que ce qui se déroulait était un virement drastique à droite de la politique non seulement aux Etats-Unis mais en général dans le monde.


L’élection volée

Bush a laissé tomber sa prétention à la modération, résumée dans ses discours de campagne électorale dans la formule du « conservateur compassionnel », et a présenté un programme extrêmement à droite centré sur la plus importante réduction d’impôts pour les riches de l’histoire. Il a nommé un gouvernement composé de chefs d’entreprise et de chrétiens intégristes. Il a étendu le bombardement américain de l’Irak, ostensiblement pour imposer une zone « d’exclusion aérienne » et mis en place un groupe de travail secret sur l’énergie dirigé par le vice-président Dick Cheney, pour planifier la confiscation des ressources de pétrole et de gaz au Moyen-Orient et en Asie centrale.

Des plans pour une action militaire plus vaste furent développés ne nécessitant qu’un prétexte approprié pour leur application. Celui-ci fut fourni par les attentats terroristes du 11 septembre 2001 qui tuèrent près de 3.000 personnes. Ce détournement simultané de quatre avions dans des circonstances qui n’ont jamais fait l’objet d’une enquête approfondie, a été réalisé par Al Qaïda, une organisation issue de l’insurrection islamiste fondamentaliste en Afghanistan soutenue par la CIA. Les attentats du 11 septembre devinrent une justification universelle pour un programme de militarisme et de destruction des droits démocratiques non seulement aux Etats-Unis mais dans tous les principaux pays capitalistes.

Moins d’un mois après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis étaient engagés dans une guerre majeure en Afghanistan et le Pentagone avait commencé à préparer des plans d’urgence pour une invasion de l’Irak qui n’avait aucun lien avec les attentats terroristes. Des membres de l’alliance de l’OTAN, dont la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Canada, et des pays non-membres de l’OTAN tels que le Japon et l’Australie s’étaient joints à l’invasion et à l’occupation de l’Afghanistan.

D’ici la fin de cette année, le gouvernement Bush avait déclaré une « guerre [illimitée] contre le terrorisme » qui a englobé le monde entier. Les élus démocrates et républicains du Congrès ont approuvé à la fois l’action militaire en Afghanistan et l’énorme intensification de la répression d’Etat à l’intérieur du pays, qui a été incarnée par l’adoption du Patriot Act et la création du Département de la sécurité intérieure.

Le président George W. Busch inspecte en 2001 les troupes dans l’Etat de Géorgie

Les premiers mois du gouvernement Bush

Le caractère extrêmement droitier de l’administration Bush s’est rapidement montré dans la composition du cabinet de Bush (Bush’s cabinet) et dans la politique sociale et économique qu’il poursuivait. Celui-ci était représenté de façon typique par la figure du ministre de la Justice, John Ascroft (Attorney General John Ashcroft), un chrétien intégriste opposé à la séparation de l’Eglise et de l’Etat et à d’autres principes démocratiques fondamentaux.
Après l’élection volée de 2000, le Parti démocrate a abandonné toute prétention à vouloir s’opposer à l’arrivée au pouvoir de Bush, léchant les bottes du nouveau président, comme l’expliquait le WSWS dans la déclaration « La lune de miel politique de Bush : pourquoi les Démocrates se rassemblent derrière un gouvernement illégitime » (Bush’s political honeymoon: why the Democrats are rallying behind an illegitimate government). Ils furent rejoints par l’ancien candidat présidentiel des Verts Ralph Nader, qui a été jusqu’à faire l’éloge de Bush dans les pages du Wall Street Journal pour avoir proposé de réduire les « aides sociales aux entreprises ».

Avec l’aide des Démocrates, le gouvernement Bush a fait passer des réductions d’impôts massives pour les riches (tax cuts for the rich) sans précédent dans l’histoire qui ont apporté des centaines de milliards de dollars aux couches les plus riches de la société. Dans le même temps, des dizaines de milliers de personnes perdaient leurs emplois (tens of thousands lost jobs) en raison de l’intensification de la récession. La classe ouvrière était soumise à des attaques toujours plus fortes de la part de toutes les sections du gouvernement, depuis la suppression de la protection de l’emploi (workplace protections) et des réglementations environnementales (environmental regulations), jusqu’aux modifications apportées à la loi sur la faillite (bankruptcy laws) qui rendaient plus difficile aux gens ordinaires de se libérer du  fardeau écrasant de la dette, et à l’imposition de restrictions au droit de consulter un avocat (right to counsel), en passant par la promotion de l’obscurantisme religieux, des attaques contre la science et des efforts entrepris pour éliminer la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Bush a fortement intensifié la politique militariste poursuivie par le gouvernement Clinton qui avait maintenu une zone d’exclusion aérienne en Irak imposée par des bombardements occasionnels. Le WSWS avait signalé l’attention que les éléments néoconservateurs arrivés au pouvoir tel Bush, Cheney et Rumsfeld portaient à l’Irak et posa durant la première semaine du nouveau gouvernement la question lucide de savoir si Bush allait faire la guerre à l’Irak (planning to go to war against Iraq).

Le gouvernement avait dû toutefois procéder plus prudemment lorsqu’un avion espion américain a été forcé de se poser après une collision avec un chasseur chinois non loin de l’île de Hainan, province de l’extrême Sud de la Chine. Après une première réaction agressive (initial aggressive reaction) de la Maison Blanche, les milieux d’affaires, préoccupés par leurs investissements à hauteur de plusieurs milliards de dollars, exigèrent que le gouvernement adopte des mesures diplomatiques pour sauver la face (adopt diplomatic face-saving measures).

Alors que toutes les couches de l’establishment politique prêchaient et promouvaient une collaboration avec la politique droitière du gouvernement Bush, la profondeur de la division de classe aux Etats-Unis s’est manifestée lorsque des protestations et des émeutes ont éclatées (rioting broke out in Cincinnati) à Cincinnati après que la police ait tué par balle un jeune Afro-américain non armé. Contrairement à ce qu’avaient affirmé à l’époque la plupart des médias (que ceci était le résultat de relations raciales envenimées existant dans la ville), le World Socialist Web Site avait souligné que durant des décennies les milieux d’affaires issus des minorités et les politiciens noirs n’avaient rien fait aux Etats-Unis pour aider les travailleurs blancs ou issus des minorités et dont le véritable problème était la pauvreté, le chômage et l’inégalité sociale grandissante.


Les attentats terroristes du 11 septembre

Les attaques du 11 septembre 2001 qui ont détruit le World Trade Center à New York et endommagé sérieusement le Pentagone ont constitué les actes terroristes les plus meurtriers jamais commis sur le sol américain.

La première réponse du WSWS, rédigée quelques heures à peine après les attentats et affichée le lendemain, « Les origines politiques des attaques terroristes contre New York et Washington » a exposé toutes les principales questions politiques. Elle débutait en disant que le WSWS « condamn[ait] sans équivoque les attaques terroristes ».

Les responsables du détournement de quatre avions commerciaux transportant des passagers pour en faire des bombes volantes sont coupables d'assassinats de masse… Ces actes de terrorisme meurtriers sont la manifestation d'une combinaison toxique de pessimisme démoralisé, d'obscurantisme religieux et ultra-nationaliste et, il faut ajouter, d'opportunisme politique du plus vil caractère. 

Le WSWS a toutefois imputé la principale responsabilité de l’attaque à l’impérialisme américain. Depuis 1983, le gouvernement américain a bombardé pays après pays au Moyen-Orient, dont le Liban, l’Irak et l’Iran, ainsi que la Libye, le Soudan et l’Afghanistan.

La politique étrangère des États-Unis est un mélange de cynisme, de brutalité et d'irresponsabilité. Washington a entrepris des actions qui ont enflammé la haine de larges sections de la population mondiale, créant le milieu duquel recruter pour des opérations terroristes sanglantes. 

L’accusation selon laquelle l’individu se cachant derrière l’attaque était Oussama ben Laden, dont « le moindre [de ses] mouvement [était] suivi à l'aide d'un important équipement d'espionnage des plus sophistiqués » soulève « toute une série de questions troublantes, » avait écrit le WSWS. Il faisait remarquer que ben Laden et Al Qaïda étaient le résultat de la décision de l’impérialisme américain d’armer et de former les insurgés islamiques fondamentalistes dans le but de combattre le gouvernement prosoviétique et ensuite l’occupation soviétique de l’Afghanistan.

Après avoir mis en exergue les projets de guerre et d’attaques contre les droits démocratiques qui furent immédiatement initiés après les attentats terroristes, la déclaration concluait par un avertissement lucide :

Ce sont les politiques américaines, imposées au nom des intérêts stratégiques et financiers de l'élite dirigeante, qui ont jeté les fondations pour le cauchemar de mardi. Les actions que Bush considèrent maintenant, tel qu'il l'a laissé entendre lorsqu'il a déclaré qu'il n'y aurait ‘pas de distinction entre les terroristes qui ont commis ces gestes et ceux qui les abritent’, vont seulement mettre la table pour de nouvelles catastrophes.

Deux jours plus tard, une deuxième déclaration du comité de rédaction, « Pourquoi l'administration Bush veut la guerre » avertissait de ce que les attentats du 11 septembre serviraient de catalyseur à un renforcement du militarisme à l’étranger et à des attaques projetés de longue date contre les droits démocratiques à l’intérieur du pays projetés de longue date. La déclaration montrait que ces développements avaient de profondes racines sociales et politiques :

Les attaques lancées sur le World Trade Center et le Pentagone ont fourni l'occasion de mettre en application le projet politique d'une grande portée que réclament depuis des années les éléments les plus à droite de l'élite dirigeante. Un jour à peine après l'attaque, avant que la moindre lumière ne soit faite sur la source de l'attentat ou les dimensions du complot, le gouvernement et les médias lançaient une campagne coordonnée affirmant que l'Amérique était en guerre et que le peuple américain devait accepter toutes les conséquences d'un état de guerre.

La politique qui est maintenant mise de l'avant, à savoir l'expansion de l'action militaire américaine à l'étranger et le bâillonnement des dissensions au pays, est préparée depuis longtemps. L'élite dirigeante américaine a été gênée dans la mise en application de cette politique par le manque de soutien significatif au sein de la population américaine et la résistance de ses rivales impérialistes en Europe et en Asie.

L'administration Bush a maintenant décidé d'exploiter le sentiment populaire de choc et d'horreur face aux événements du 11 septembre pour faire avancer les objectifs économiques et stratégiques globaux de l'impérialisme américain. 

Un autre commentaire intitulé « L’anti-américanisme : un ‘anti-impérialisme’ de dupes » (Anti-Americanism: The “anti-imperialism” of fools) avait adopté une position de principe à l’encontre d’éléments démoralisés de la classe moyenne qui avaient réagi aux attentats du 11 septembre par un anti-américanisme vulgaire au lieu d’un anti-impérialisme de principe. Le WSWS avait expliqué que c’était le gouvernement américain et non la population américaine qui était en train d’appliquer une politique impérialiste dans le monde entier :

La lutte contre la politique et les desseins du gouvernement américain requiert, en premier lieu, de démasquer l’affirmation par celui-ci qu’il est le porte-parole et le représentant authentique du peuple. Les socialistes sont obligés d’expliquer que l’élite dirigeante américaine est en train d’appliquer une politique anti-démocratique et brutale dont les conséquences seront forcément tragiques et pour laquelle elle invoque faussement le nom du peuple américain.

En même temps, le WSWS a rejeté les explications officielles des événements du 11 septembre et a fait sa propre analyse de l’information apparaissant sur le rôle joué par le gouvernement américain pour permettre aux attentats d’avoir lieu en dépit de nombreux avertissements et d’une surveillance directe des conspirateurs. Ceci fut résumé en une série de quatre articles écrits par Patrick Martin et publiés en janvier 2002 sous le titre « Was the US government alerted to September 11 attack?  »


La guerre de l’OTAN en Afghanistan

Un mois après les attentats du 11 septembre, le gouvernement américain commençait son invasion de l’Afghanistan en lançant une campagne de bombardement contre les Taliban. Le WSWS a montré que les affirmations de « légitime défense » du gouvernement Bush étaient des mensonges intéressés. Loin de s’efforcer de mettre fin au terrorisme ou de traduire ben Laden « en justice », l’élite dirigeante américaine a utilisé les attentats terroristes comme prétexte pour promouvoir ses propres intérêts économiques.

La première déclaration intitulée « Les raisons de notre opposition à la guerre en Afghanistan Déclaration du comité de rédaction du WSWS » disait :

Mais si les événements du 11 septembre ont servi de catalyseur à l'assaut contre l'Afghanistan, sa véritable cause est plus profonde. La nature, progressiste ou réactionnaire, de cette guerre ou de toute autre, n'est pas déterminée par les événements qui l'ont immédiatement précédée, mais par la structure de classe, la base économique et le rôle international de chacun des états impliqués. De ce point de vue décisif, l'action menée par les États-Unis est une guerre impérialiste.

Le gouvernement américain a lancé la guerre pour faire valoir les vastes intérêts internationaux de l'élite dirigeante américaine. Quel est l'objectif central de la guerre ? L'effondrement de l'Union soviétique il y a dix ans a créé un vide politique en Asie centrale, région qui constitue le deuxième plus important bassin recensé de pétrole et de gaz naturel au monde. 

La poussée hégémonique américaine au Moyen-Orient et en Asie central n’a pas été initiée par les attentats terroristes mais est issu de la volonté d’exploiter les réserves énergétiques qui se sont ouvertes au capital étranger après l’effondrement de l’Union soviétique. Un article du WSWS écrit au début de l’année 2001 avait déjà reconnu le potentiel conflictuel entre les Etats-Unis et la Chine (conflict between the United States and China) au sujet de cette région.

Le WSWS a approfondi sa couverture au moyen d’un aperçu historique de l’Afghanistan depuis la fin de l’occupation soviétique. En rappelant l’appui initial par les Etats-Unis de fondamentalistes islamiques tels Oussama ben Laden et les Taliban, le WSWS a maintenu une critique cinglante de l’impérialisme américain et dénoncé la méthode réactionnaire et en fin de compte pro-impérialiste du terrorisme. Loin d’être des opposés irréconciliables, les fondamentalistes islamiques et l’impérialisme américain étaient en symbiose et les premiers  servaient d’instruments précieux à la politique étrangère du second.

L’invasion de l’Afghanistan a vu arriver dans le camp de l’impérialisme un nouveau mouvement de pacifistes et d’anciens commentateurs radicaux de « gauche ». Des journalistes comme Christopher Hitchens avaient tout d’abord rallié dans la années 1990 la cause des interventions « humanitaires » de l’impérialisme en Bosnie et au Kosovo. Maintenant, ils invoquaient les attentats du 11 septembre comme justification pour accorder un blanc-seing au gouvernement américain pour conduire une guerre contre ce qu’ils qualifiaient d’« islamo-fascisme ». En Allemagne, le parti des Verts, qui faisait partie de la coalition gouvernementale avec les sociaux-démocrates, a voté en faveur de la guerre et de l’envoi de troupes allemandes.

Tout au long du conflit, le WSWS a exhaustivement couvert les événements de cette guerre et les répercussions politiques dans tous les pays impliqués. Il y a eu des articles sur les victimes civiles et la répudiation des conventions internationales et du droit international contenus dans des événements tels le massacre de prisonniers de guerre (massacre of prisoners of war) par les forces américaines et britanniques à Mazar-i-Sharif, des articles sur les protestations mondiales anti-guerre (anti-war protests) et les terribles conditions (terrible conditions) auxquelles était confrontée la population des pays envahis.

A la fin de l’année, les Taliban s’étaient retirés ou avaient été obligés de quitter toutes les principales villes. Hamid Karzai fut mis en place par les forces d’occupation. Cependant, au lieu de créer une situation stable, le nouvel Etat client, comme l’a expliqué le WSWS, fut déchiré par des factions ethniques et religieuses rivales soutenues par les puissances étrangères concurrentes.

Loin d’être un épisode isolé, l’invasion de l’Afghanistan faisait partie d’un nouveau partage du monde au sein des puissances impérialistes. Dans un commentaire (commentary) de Nick Beams basé sur des articles du Wall Street Journal demandant le rétablissement du colonialisme direct dans les « Etats faillis » comme l’Afghanistan, le WSWS a souligné que l’assujettissement de l’Afghanistan entraînerait inévitablement d’autres conflits. Beams a écrivait :

La valeur de ces articles est qu’ils montrent de manière par trop évidente que sous la bannière de la lutte mondiale contre le terrorisme, les puissances impérialistes menées par les Etats-Unis, sont en train de planifier rien moins qu’une réorganisation du monde au moyen de la puissance militaire. Ceci a des conséquences politiques immédiates. La militarisation des relations internationales implique inévitablement la militarisation de la politique sur le plan national : l’impérialisme est incompatible avec des formes démocratiques de gouvernement.

De plus, ils oublient tous une chose importante alors qu’ils retournent aux « jours glorieux » de l’impérialisme britannique. Le découpage du monde durant la dernière partie du 19ème siècle et la première partie du 20ème n’a pas apporté la paix et la prospérité. Au contraire, il a mené à deux guerres inter-impérialistes en entraînant des centaines de millions de morts alors que les principales puissances capitalistes – les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et le Japon – sont inévitablement entrées en conflit les unes avec les autres dans une lutte pour des ressources, des marchés et des sphères d’influence.


La construction d’un Etat-policier

Le WSWS a souligné que l’intensification du militarisme à l’extérieur est allée main dans la main avec de nouvelles attaques contre les droits démocratiques (attacks on democratic rights) à l’intérieur du pays. Le gouvernement Bush a rapidement décidé d’étendre les possibilités du gouvernement de mettre en place des écoutes téléphoniques et d’espionner le trafic Internet sans aucune opposition de la part de l’establishment politique et des médias. La loi qui a reçu le nom orwellien de loi « USA PATRIOT Act » a été approuvée par le Congrès quasi à l’unanimité.

Lors de cette campagne, le gouvernement a bénéficié d’une panique généralisée attisée par une série d’attaques à l’anthrax envoyé par lettres ou colis et prenant pour cibles les médias et le gouvernement. Alors que les attaques furent tout d’abord attribuées à Al Qaïda – ou, en signe de mauvais présage des mensonges à venir, au régime irakien de Saddam Hussein – le WSWS avait argumenté qu’une source droitière (a right-wing source) au sein de l’appareil de renseignement militaire était bien plus vraisemblable. Cette analyse fut finalement confirmée lorsque la piste des spores d’anthrax put être remontée jusqu’à un laboratoire de recherche biologique de l’armée (Army biological weapons).

Le WSWS a aussi signalé le lien existant entre les attaques radicales contre les droits démocratiques et les méthodes utilisées pour mettre en place le gouvernement Bush par l’intervention anti-démocratique (anti-democratic intervention) de la Cour suprême au cours de la crise post-électorale en Floride. Contrairement aux affirmations des médias selon lesquelles le 11 septembre avait « tout changé », ces attaques contre les droits démocratiques avaient suivi la campagne en faveur de la destitution de 1998-1999 et l’élection volée de 2000.


L’impact mondial du 11 septembre

La déclaration d’une « guerre contre le terrorisme » du gouvernement Bush après le 11 septembre fut reprise par les gouvernements de tous les principaux pays industrialisés. Certains se sont directement associés aux Etats-Unis dans la guerre en Afghanistan. Tous se sont joints à la répression contre les personnes ayant des sympathies pour le fondamentalisme islamique ou l’anti-impérialisme. Dans chaque pays où le Comité International de la Quatrième International et le WSWS étaient actifs, ils cherchèrent à mobiliser une opposition contre la guerre impérialiste et la répression d’Etat.

Aucun allié n’a été plus servile à l’égard de Bush que le premier ministre britannique, Tony Blair, dont le gouvernement travailliste venait tout juste d’être réélu en juin 2001 (reelected in June 2001). L’impérialisme britannique a considéré la « relation spéciale » avec Washington comme le moyen idéal de recouvrer une partie de son influence (regain some of its lost influence) perdue au Moyen-Orient et en Asie du Sud.

Le gouvernement Blair a envoyé le deuxième plus gros contingent en Afghanistan et suivait l’exemple de Bush en adoptant les lois anti-terrorisme (anti-terror legislation) dont la véritable cible était la classe ouvrière britannique et les adversaires de la guerre. Le rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre a provoqué une opposition populaire, y compris une manifestation comptant 100.000 personnes à Londres (demonstration of 100,000) pour exiger la fin des bombardements en Afghanistan.

Le SEP (Socialist Equality Party, Parti de l’Egalité socialiste) en Grande-Bretagne et le WSWS ont organisé des réunions publiques pour distinguer notre opposition totale à la guerre de celle de la « gauche » petite bourgeoise qui dominait le mouvement anti-guerre « Stop the war coalition » et qui se contenta de lancer des appels à Bush et à Blair pour qu’ils s’en remettent aux Nations unies.

En Australie, le gouvernement droitier de John Howard fut le premier à mener une campagne électorale après les attentats du 11 septembre. Howard a déclaré son soutien illimité (open-ended support) au militarisme américain et à la « guerre contre le terrorisme » en utilisant la « carte de la guerre » (“war card”) pour promouvoir ses chances d’être élu (further boost his election prospects).

Le premier ministre a invoqué des motifs sécuritaires pour justifier la politique brutale anti-immigration de son gouvernement, soutenue par « l’opposition » du Parti travailliste, et qui avait débuté par son refus infâme de permettre à 433 réfugiés secourus dans les eaux territoriales australiennes par un cargo norvégien le Tampa (the Tampa) de poser le pied sur le sol australien. En octobre, cela conduisit à la tragédie du SIEV X un navire chargé de demandeurs d’asile qui a coulé dans une partie de l’Océan indien placée sous surveillance militaire australienne. Plus de 350 personnes se noyèrent et, au nom du gouvernement, le ministre de l’Immigration a publiquement salué l’effet dissuasif et anticipé de la tragédie.
Le SEP australien a organisé des réunions publiques contre la guerre et l’incitation à la xénophobie, en s’opposant à la fois à la coalition libérale-nationale au pouvoir et au Parti travailliste australien, la principale opposition bourgeoise.

Dans sa déclaration électorale de 2001 (2001 election statement), le SEP australien a expliqué : « Le degré d’unanimité sans précédent entre les deux principaux partis a une signification profonde. Il représente la culmination d’un long processus par lequel la totalité de la structure de la politique officielle a brutalement viré à droite. » En novembre, le gouvernement Howard fut reconduit mais les résultats électoraux révélèrent qu’un nombre record d’électeurs (record numbers of voters) avaient rejeté les deux partis.

Il n’est pas de région qui a été plus gravement touchée par l’éclatement de la guerre que l’Asie du Sud où les tensions générées par l’invasion américaine de l’Afghanistan ont embrasé les relations entre les deux Etats de la région détenant l’arme nucléaire, l’Inde et le Pakistan. En réponse à un ultimatum, le dirigeant militaire du Pakistan, Pervez Musharraf, est revenu sur sa politique de soutien des Taliban pour faire contrepoids à l’Inde en se rangeant derrière les envahisseurs américains, en dépit des protestations croissantes dans le pays face aux pertes humaines massives parmi la population pachtoune du Sud et de l’Est de l’Afghanistan.

Un attentat suicide à la bombe (suicide bomb attack) au parlement indien en décembre dont le gouvernement de l’Inde mené par le parti suprématiste hindou BJP a rejeté la faute sur le Pakistan, a fait que les deux pays ont envoyé précipitamment à la frontière des troupes, des chars et des missiles, menaçant de lancer une guerre ouverte avec recours à l’arme nucléaire. L’année s’est achevée sur un conflit (conflict inflamed) porté à ébullition et ayant potentiellement des conséquences catastrophiques pour la population en Asie du Sud.

Au Sri Lanka, le gouvernement de l’Alliance du Peuple (People Alliance, PA) de la présidente Chandrika Kumaratunga a cherché à exploiter la crise mondiale en assimilant sa guerre continue contre le mouvement séparatiste tamoul, le LTTE, à la « guerre contre le terrorisme » menée mondialement par Bush dans l’espoir d’obtenir le soutien de l’impérialisme. Kumaratunga a dissout le parlement (dissolved parliament) dans une tentative d’utiliser l’atmosphère d’après le 11 septembre et de presser la population à soutenir sa campagne. Au lieu de cela, c’est le parti droitier UNP (UNP won a narrow majority) qui obtint une mince majorité au parlement.

Au Sri Linka, le Socialist Equality Party fut à l’avant-garde de l’opposition à la guerre contre les Tamouls. Il mena une importante campagne politique et juridique pour la libération des 'Six de Hatton' (Hatton Six), des jeunes Tamouls des plantations qui avaient été victimes d’un coup monté et été présentés comme des membres du LTTE. Cette campagne obtint finalement leur libération.

Lors des élections parlementaires, le SEP a présenté une liste de candidats (ran a slate of candidates) tant de langue tamoule que cinghalaise en opposition aux deux principaux partis droitiers bourgeois, l’Alliance du Peuple et l’UNP (United National Party).


Autres commentaires et analyses politiques

Si les attentats du 11 septembre et la guerre en Afghanistan ont constitué en 2001 l’axe de la politique mondiale, d'autres événements importants nombreux furent analysés et discutés sur le WSWS au cours de l’année.
Le 6 février, le parti droitier Likoud remportait la majorité des voix lors des élections législatives en Israël (Israeli general election) portant l’ancien ministre de la Défense, et criminel de guerre, Ariel Sharon au poste de premier ministre. Le WSWS a étudié en profondeur le rôle meurtrier joué par la bourgeoisie israélienne dans ses attaques contre la classe ouvrière au Moyen-Orient et a examiné en détail les théories politiques sur lesquelles se fondait l’Etat bourgeois israélien.

Deux séries d’articles de Jean Shaoul ont retracé l’histoire de l’expulsion de la population palestinienne (expulsion of the Palestinian population) et de la montée et du déclin du sionisme travailliste (Labour Zionism). Une déclaration du comité de rédaction publiée le 7 septembre avait pris acte du soutien de plus en plus ouvert des Etats-Unis pour la politique de l'Etat sioniste d’assassiner ses adversaires (assassinating opponents) dans la région, avertissant de ce que Washington emboîterait le pas au régime israélien.

Le WSWS a rendu compte de la crise des Balkans et l'a analysé, en particulier la sécession du Montenégro de la Serbie dans l’ancienne Yougoslavie et l’arrestation en avril de Slobodan Milosevic. Il couvrit aussi l’ouverture du procès initial contre Milosevic devant le pseudo tribunal connu sous le nom de Tribunal international de la Haye (Hague tribunal).
Un commentaire de Peter Schwarz a analysé la polémique au sujet de l’histoire de Lionel Jospin, le premier ministre français. Ce dirigeant du parti social-démocrate avait ses racines politiques dans l’ex organisation trotskyste, OCI (Organisation Communiste Internationaliste).

Le WSWS a couvert la grève menée contre la privatisation du métro londonien (London Underground.) L'action militante des travailleurs a été sabotée par les syndicats (sabotaged and dissipated), alors qu'un dirigeant de la pseudo-gauche, Bob Crow était élu secrétaire général principal syndicat des chemins de fers, le RMT (National Union of Rail, Maritime and Transport Workers).

Le WSWS a analysé les divisions croissantes entre les principales puissances capitalistes qui se sont montrées lors du sommet du G8 à Gêne (Genoa summit of the G-8). Il écrivit sur les violentes attaques menées contre les manifestants (violent attacks on demonstrators) par le gouvernement du premier ministre Silvio Berlusconi qui venait d'entrer en fonction, et les condamna.

Nous avons aussi examiné trois bouleversements politiques importants ayant eu lieu en Asie: la victoire électorale du populiste de droite et milliardaire Thaksin Shinawatra en Thaïlande au mois de janvier, le coup juridique qui a chassé du pouvoir aux Philippines le président Joseph Estrada et la prise de fonction du premier ministre japonais Junichiro Koizumi (Junichiro Koizumi) en avril, sur fond de crise politique profonde du Parti libéral-démocrate au pouvoir. Ces trois événements exprimaient les fortes divisions existant dans les milieux dirigeants sur la façon de mettre en œuvre, à la suite de la crise financière asiatique de 1997-1998, le programme de libre marché du FMI face à une hostilité populaire de plus en plus grande.

Aux Etats-Unis, le SEP a conduit une large campagne contre le fait qu'on permettait à un criminel de guerre de rester président d'une grande université américaine. Peu après que John Kerrey prenne ses fonctions en tant que président de la New School University de New York, il fut révélé que cet ancien sénateur démocrate et candidat à la présidence de l'université avait commis des atrocités (committed atrocities) durant la guerre du Vietnam, ce qu'il avait dissimulé pendant 32 ans. 

En plus du soutien inconditionnel du conseil d'administration de l'université, Kerrey avait été défendu par l'establishment politique et universitaire et par les médias qui ont essayé tant de cacher que de légitimer les atrocités de l'impérialisme américain au Vietnam. Le WSWS expliqua la signification du fait que la New School, connue pour être un bastion de la pensée libérale aux Etats-Unis, mette à sa tête un homme accusé d'assassinat de masse. Nous avons écrit:

Toute une génération a grandit aux Etats-Unis ne sachant que peu de choses de la guerre du Vietnam, dans une situation où on essayait systématiquement de réhabiliter cette guerre et d'empêcher toute compréhension des questions qui ont incité des millions de personnes aux Etats-Unis et dans le monde à s'opposer à la guerre.

La défense de Kerrey et la tentative de légitimer la guerre du Vietnam n'a pas seulement des conséquences pour le passé mais aussi pour le présent. Ceci fait partie des préparatifs pour de nouveaux crimes de la part du capitalisme américain, des crimes qui en sont déjà au stade de la préparation.

D'autres événements importants aux Etats-Unis incluaient l'exécution de Timothy McVeigh, le terroriste de droite qui a tué plus de 180 personnes à Oklahoma City. Un commentaire du WSWS (commentary) posait la question : « Quel est le processus socio-psychologique qui a transformé un jeune de la classe ouvrière en assassin de masse non-repentant? » La réponse, écrivait David Walsh, réside dans les processus combinés de la misère économique et de la réaction politique, y compris la guerre du Golfe de 1990-1991 à laquelle a participé McWeigh. Un article postérieur écrit par Barry Grey condamnait la célébration grotesque de son exécution (celebration of the execution) par les médias américains.

En décembre, l'effondrement d'Enron (collapse of Enron), la plus importantefaillite d'entreprise de l'histoire jusque là, mettait en lumière le caractère frauduleux du boom financier qui avait dominé la deuxième partie des années 1990. Enron fut l'un des scandales financiers les plus spectaculaires parmi toute une suite de scandales de ce type analysés en détail par le WSWS au cours de l'année 2002. 


Art, culture et histoire

Les critiques de films ont continué d'être au centre du travail de la rubrique artistique du WSWS. Parmi les principaux films analysés en 2001 figuraient Pollock (ce commentaire discutait quelques-unes des questions liées à la vie artistique et intellectuelle de l'après-guerre aux Etats-Unis). Il y eut aussi O Brother, Where Art Thou? des frères Coen, Apocalypse Now Redux, Amelie, The Pledge, et Memento de Francis Ford Coppola. Nous avons aussi publié des nécrologies de l'acteur Jack Lemmon et du metteur en scène Stanley Kramer.

L'influence grandissante du WSWS produisit une invitation au festival du film de Buenos Aires qui fournit une nouvelle occasion d'examiner la situation actuelle du cinéma mondial, ainsi que les conditions spécifiques du cinéma en Amérique Latine (specific condition of Latin American filmmaking.)

Nous avons poursuivi notre couverture des festivals du film de Berlin et de Sydney. Au festival de Sidney, Richard Phillips a commenté deux films classiques : la trilogie d'Apu (Apu Trilogy), écrite et mise en scène par Satyajit Ray et le documentaire épique de Marcel Ophuls sur l'occupation allemande en France durant la seconde Guerre mondiale, Le chagrin et la pitié (The Sorrow and the Pity). Phillips a aussi interviewé le cinéaste indonésien Garin Nugroho.

Les festivals du film de Toronto et Vancouver eurent lieu alors que se déroulaient les événements de portée mondiale que furent les attentats du 11 septembre et l'invasion de l'Afghanistan. A la lumière de ces événements, les problèmes de perspective en Art prirent une nouvelle importance.

En novembre, l'administration Bush tenta de recruter, sans grande résistance, pour sa campagne de guerre des responsables de l'industrie du film (without much resistance, for its drive to war).