Un échange de courrier sur le rôle de la CGT dans la réforme anti-ouvrière des ports

Par Anthony Torres
30 avril 2011

Quel art de manier les mots et les idées ! Je vous félicite pour la formulation et l'utilisation de vos sources mais aussi de vos idées préconçues, mais dommage que cela ne fasse pas avancer le progrès social. Il est bien entendu facile de critiquer tous azimuts, mais les gauchos comme vous n'apportent rien à la classe ouvrière.

Bien au contraire, le fatalisme que vous entretenez peut être interprété comme allié du capitalisme et de ceux que nous combattons. Mais le combat n'est pas que critique et immobilisme, il doit être actif, force de proposition comme nous le pratiquons sur les ports depuis des décennies.

Je ne sais quelles sont vos sources, mais ce qui est sûr c'est lestravailleurs portuaires font confiance à leur syndicat CGT et lesavancées sociales, salariales etc. ... obtenues parfois par le combat etd'autres par le dialogue social font que notre unité est la garantie de notre efficacité.

Et à tous ceux qui comme vous tentez de nous discriminer, nous nerépondons pas mais aujourd'hui c'est juste par plaisir que je vousapporte cette réponse qui je le sais ne vous aidera pas puisque je suppose que comme beaucoup de « Gauchos »comme vous continuerez à critiquer sans proposer de réelles solutions.

Nous les portuaires, ouvriers, mainteneurs, administratifs à Fos forment aujourd'hui une force unique, et le « bureaucrate du syndicat » que je suis est fier d'appartenir à la CGT des Ports et Docks et continuerai àme battre afin que tous les travailleurs portuaires aient les meilleures conditions.

A bon entendeur...

Serge Coutouris

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On ne peut sans travestir la réalité prétendre, comme vous le faites, que la CGT se bat pour améliorer les conditions des travailleurs portuaires. Les analyses du WSWS sur le rôle des syndicats s’appuient sur ce que la CGT elle-même publie concernant la manière dont elle approuve les réformes anti-ouvrières avec le gouvernement et le patronat.

Pour faire accepter la réforme auprès des travailleurs portuaires, vous avez négocié une réforme des retraites pour les dockers, portiqueurs et agents de maintenance qui marque un recul par rapport à ce qui était prévu. Cela vient du fait que pour défendre vos intérêts, qui sont ceux de l’Etat, vous avez isolé les ouvriers portuaires du mouvement plus large contre la réforme des retraites—que la CGT nationale a trahi en insistant sur des négociations avec l’Etat.

Monsieur le bureaucrate de la CGT, avez-vous soutenu les ouvriers des raffineries qui ont été réprimés par les CRS lors des grèves d’octobre 2010 contre la réforme des retraites ? La CGT n’a jamais appelé à une lutte plus large pour défendre ces travailleurs. Ceci signifie que la CGT ne s’oppose pas à la répression physique des travailleurs par l’Etat, s’il estime que c’est nécessaire pour faire passer une réforme anti-ouvrière préparée et soutenue par la CGT.

En permettant à l’Etat de reprendre le contrôle des raffineries, vous avez affaibli les ouvriers portuaires et l’ensemble de la classe ouvrière.

Quant à l’embauche de 25 fils de portiqueurs comme dockers, cela ne représente que des miettes.

Plus loin dans votre mail vous parlez d’unité, mais comme il a été dit dans notre article, la CGT a divisé les ouvriers portuaires entre d’un côté Fos et de l’autre Marseille. Le secrétaire général s’est félicité de pouvoir prendre du trafic au port d’Arles, ce qui veut dire que vous êtes favorable à la concurrence entre les dockers des différents ports de France.

Monsieur le bureaucrate, dans votre mail il n’y a aucune réponse à nos critiques. Vous présentez notre organisation comme des alliés de l’ennemi de classe. Ceci renvoie à une vielle méthode stalinienne consistant à traiter d’alliés du capitalisme les camarades qui critiquent la bureaucratie.

A une époque de crise du capitalisme mondialisé, il est impératif pour la bourgeoisie française et internationale de s’attaquer au niveau de vie des travailleurs. Pour cela elle s’appuie sur les syndicats qui aident à imposer les programmes d’austérité à la classe ouvrière.

Nous avons démontré que les alliés du capitalisme, ce n’était pas nous mais bien vous. C'est seulement en rompant avec les syndicats et la gauche bourgeoise, en construisant des organisations indépendantes pour renverser le gouvernement de Sarkozy et créer un Etat ouvrier, que les travailleurs peuvent se défendre contre la crise du système.

En l’absence d’une organisation de masse qui lutte pour ces perspectives, que nous comptons construire, les travailleurs sont contraints d’accepter un vrai recul social. Votre rôle est de cacher ces réalités sous des phrases trompeuses sur la « force de proposition » que vous avez, lorsque vous aidez à préparer la politique réactionnaire de l’Etat.

Anthony Torres