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La classe politique française tente de faire oublier le massacre d’Oslo

Par Anthony Torres
31 août 2011

La classe politique française tente de passer sous silence le massacre de 77 personnes à Oslo par un militant d’extrême-droite, Anders Breivik, pour cacher les dangers plus larges que pose la promotion des conceptions et des partis néo-fascistes par l’élite dirigeante européenne.

C’est ce qui ressort de l’oubli politique auquel les médias officiels ont relégué les commentaires de Jean Marie Le Pen, président d’honneur du Front national (FN), le parti néo-fasciste français. Celui-ci a tenté de légitimer les idées néo-fascistes motivant l’action de Breivik, évoquant, pour expliquer la tuerie d’Oslo, la naïveté du gouvernement norvégien face au « danger » de « l’immigration massive. »

La classe politique a, en grande partie, gardé le silence sur ces propos. Les seules critiques, d’ailleurs inoffensives, émises à l’encontre de Marine Le Pen, dirigeante du FN, proviennent de personnalités politiques de second plan—la ministre du budget, Valérie Pécresse, et l’ancienne candidate malheureuse du Parti Socialiste (PS) à l'élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal.

Ces remarques sont relayées dans le journal Le Monde: « Interrogée sur RMC, Ségolène Royal, candidate à l'investiture socialiste pour 2012, affirme qu'"en ne disant rien elle [Marine Le Pen] consent". Mme Royal a jugé l'absence de réaction de la présidente du Front national "très étrange et très choquant(e)".A droite, plusieurs personnalités de l'UMP ont également dénoncé "le silence assourdissant" de [la Présidente du FN] Marine Le Pen, selon les mots de Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement. Mme Pécresse en conclut que "rien n'a changé au Front national" ».

Les commentaires de Royal et de Pécresse sont malhonnêtes. Le FN étant un parti d’extrême droite soutenant essentiellement les mêmes thèses anti-immigrés que Breivik, il n’y a rien de surprenant aux commentaires de Jean Marie Le Pen. Royal et Pécresse essayent de laisser entendre que le FN pourrait devenir un parti respectable, et que les propos de Jean-Marie Le Pen pourraient être isolés au sein du FN.

Il n’existe aucune preuve sérieuse pour étayer une thèse pareille. Marine Le Pen a défendu son parti, dénonçant des tentatives de « récupération politicienne » de la tragédie d’Oslo. 

Dans un autre article du Monde (« Attentats d’Oslo : Marine Le Pen refuse de condamner les propos de son père »), l’auteur de l’article révélait quelques accrocs au sein du FN. Des militants frontistes ont salué le geste de Breivik en le présentant comme un « résistant » ou « un visionnaire face à la montée de l’islamisation de l’Europe ». Le FN les a suspendus, mais ils n’ont pas été expulsés. Cela ne change rien à la sympathie politique générale du FN pour les idées de Breivik. 

Les partis représentant les intérêts de la bourgeoisie française ont mené des politiques de plus en plus à droite, et les critiques timides, émises par la classe politique, sur le silence de Marine Le Pen ne modifieront pas le développement droitier de la politique française et européenne. La bourgeoisie a en fait cultivé des forces néo-fascistes comme barrière politique contre une radicalisation de la classe ouvrière. Dans cette politique réactionnaire, ils ont eu le concours de toute la classe politique française, y compris de « l’extrême-gauche » petite-bourgeoise. 

Il est important de noter que le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) est resté très discret suite au massacre d’Oslo et n’a pas commenté la déclaration de Jean Marie Le Pen. Le NPA n’a publié qu’un petit communiqué régional et un article d’un ex-dirigeant de l’Alliance électorale rouge norvégienne.

Le NPA n’est pas en mesure d’attaquer l’extrême-droite parce qu’il a approuvé la politique du PCF, PS, etc. qui était de refuser toute politique d’opposition aux mesures du Président Nicolas Sarkozy. Celui-ci a tenté de faire passer sa politique impopulaire d’austérité sociale et de guerre colonialiste en Libye et en Afghanistan, en ciblant les populations musulmanes en France par une campagne chauvine et raciste. Ainsi le NPA et les autres partis « d’extrême-gauche » ont donné un soutien implicite à la néo-fascisation de la politique française.

Les pays de toute l’Europe sont en proie à des conflits de classes importants, et qui se sont aggravés suite à la crise mondiale du capitalisme qui a fait éruption en 2008. Après chaque défaite de la classe ouvrière—dont la responsabilité incombe à la trahison des syndicats et des partis « d’extrême gauche »—la bourgeoisie a réagi en attaquant les libertés démocratiques des travailleurs, des attaques dirigées avant tout contre les minorités ethniques. 

En France en 2003 le gouvernement de droite de Raffarin s’était attaqué aux retraites des fonctionnaires. Cette réforme avait pour but de mettre la durée des cotisations des travailleurs du public au même niveau que celle des travailleurs dans le privé. Alors que les travailleurs étaient farouchement opposés à cette réforme, les syndicats avaient trouvé un terrain d’entente avec François Fillon, ministre des Affaires sociales de l’époque. Quelques mois plus tard le gouvernement menait une campagne interdisant le voile islamique dans les écoles.

Lors des élections présidentielles de 2007, les candidats Sarkozy et Royal avaient mené des campagnes sécuritaires pour se faire élire. Sarkozy, qui comptait rafler l’électorat FN, avait d’ailleurs obtenu le soutien politique de Gianfranco Fini de l’Alleanza Nazionale italienne, le descendant « post-fasciste » du parti fasciste de Mussolini alors allié au gouvernement de Silvio Berlusconi.

En 2009, les syndicats, le PS et « l’extrême-gauche » avaient appelé à des manifestations d’une journée en soutien au plan de relance alternatif du PS. Celui-ci, qui n’était pas une réelle alternative aux projets de Sarkozy, ne représentait qu’une tentative de faire accepter le principe consistant à dépenser des centaines de milliards d’euros pour renflouer les banques.

A la suite de cela, le gouvernement Sarkozy a lancé un débat sur l’identité nationale et préparé une interdiction du port de la burqa sous peine d’amende—tout en appliquant d'autres mesures racistes, comme l’expulsion des Roms. Le PS, le PCF et les Verts ont participé à la commission parlementaire pour l’interdiction de la burqa, présidée par André Gerin du PCF. Le NPA par l’intermédiaire de Besancenot a déclaré qu’il n’était pas hostile par principe à l’imposition d’une amende pour le port de la burqa.

La politique de ces gouvernements successifs a permis à l’extrême droite de faire une percée lors des élections régionales de 2011, et récemment parmi une couche de délégués syndicaux. Marine Le Pen a profité de la politique très droitière de Sarkozy et d’une sympathie de la part des médias pour donner une image « respectable » au FN.

 

Si la classe politique française ne peut qu'émettre des voeux pieux que le FN se distancie du massacre d’Oslo, c’est qu’après une décennie de politique réactionnaire, elle est incapable et, en fait, hostile à une lutte politique contre le néo-fascisme.