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La CGT défend une réforme anti-ouvrière des ports français

Par Anthony Torres
25 avril 2011

Après 3 années de négociation, le syndicat CGT a signé la nouvelle convention collective nationale permettant de mettre en vigueur la réforme portuaire entre le 3 mai et le 15 juin. Par ce geste, la CGT continue la politique anti-ouvrière qu’elle mène en collaboration étroite avec le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

 

Les ports français ont été sous-investis depuis ces 30 dernières années, car les investisseurs réclamaient une attaque plus intense contre les acquis sociaux des travailleurs pour que leurs investissements dans les ports soient plus rentables. La bourgeoisie s’était déjà attaquée aux dockers, dont les postes avaient été privatisés en 1993, seuls les dockers du port de Marseille avaient pu conserver leurs centres d’embauche. La réforme portuaire qui vient d’être signée constitue une attaque plus large contre les travailleurs portuaires.

 

Elle prévoit une privatisation partielle des ports et une attaque contre les retraites des ouvriers portuaires. Elle prévoit le transfert des outils, des portiqueurs et des agents de maintenance des GPM (Grand Port Maritimes) détenus par l’Etat, vers le privé. Depuis le 9 mars la Fédération des ports CGT a accepté les négociations locales.

 

Au début des négociations en 2008, la CGT voulait que les ouvriers portuaires puissent partir 5 ans avant l’âge de départ à la retraite basé à 60 ans. Finalement, le gouvernement accepte que les ouvriers partent 3 ans avant l’âge de départ à la retraite, la quatrième année étant négociée localement. Cependant, ce calcul est basé sur l’âge minimum de départ à la retraite de 62 ans, fixé par la réforme nationale des retraites imposée par Sarkozy en 2010. Ainsi un ouvrier docker ayant travaillé 18 ans sur les ports pourra partir à 58 ou 59 ans—soit trois ou quatre ans plus tard que ce qui était prévu auparavant.

 

La Fédération de la CGT des ports a cyniquement mené des mouvements de grèves pendant la négociation de la réforme. Cependant, son but n’était pas de défendre le statut des travailleurs portuaires, mais de promouvoir cette nouvelle réforme voulue et à présent défendue publiquement par les bureaucrates syndicaux.

 

La CGT des ports et docks de Fos-sur-Mer (près de Marseille) a publié sur son site dockercgtfos.fr le discours prononcé par le secrétaire général CGT des dockers et agents de maintenance, Stéphane Stamatiou. Son discours avait pour objectif de faire accepter la finalisation de la réforme portuaire aux travailleurs.

 

Ce discours se révèle être rempli de contradictions. Il reconnaît que le résultat de la réforme portuaire était de s’attaquer aux statuts des travailleurs des ports et dit que la CGT a jeté toutes ses forces pour repousser le texte « scélérat ». De plus il décrit le gouvernement de Sarkozy comme étant un gouvernement de « merde, en agissant de la sorte, nous a mis la pression avec cette contrainte de calendrier à respecter ».

 

Pourtant le secrétaire a applaudi la réforme comme étant le « fruit de notre combat, il obligeait les entreprises de la manutention, la direction des ports à négocier un accord cadre national de haut : socle de garantie pour atténuer les effets les plus nocifs de la réforme ». La CGT ne s’est donc pas opposée à la réforme mais a décidé d’aider la direction à mettre en œuvre les changements nécessaires pour la faire accepter aux ouvriers.

 

Plus loin dans son discours, il explique qu’il n’y a pas de raison que les travailleurs aient peur de la réforme : « Alors si rien ne change dans nos têtes et que nous sommes toujours les mêmes, pourquoi devrions nous avoir peur ?! De qui ?! De quoi ?! » Et il ajoute, « Avoir peur de nos accords que l’on vient de conforter dans le CCNU (Convention Collective Nationale Unifiée – Port et Manutention) et la pénibilité qui accélère non seulement les embauches mais permet à nos anciens de partir avant la date prévue et ce dès le premier juillet ».

 

Il a ensuite applaudi la réforme des ports comme un projet « moderne et audacieux ».

 

Le soutien accordé par la CGT aux attaques contre les acquis sociaux des travailleurs portuaires est une partie intégrante de la trahison par la CGT du mouvement de grèves contre la réforme nationale des retraites par Sarkozy en septembre-octobre 2010.

 

Le gouvernement était fragilisé par les mouvements de grève des travailleurs des raffineries et des ouvriers portuaires dans le pétrole, qui ont provoqué une pénurie d’essence dans tout le pays. Alors que la majorité de l’opinion était favorable à une grève générale contre Sarkozy, la CGT a laissé le gouvernement s’attaquer aux ouvriers en grève en envoyant les CRS reprendre le contrôle des raffineries et des dépôts pétroliers.

 

En plus des blocages des dépôts pétroliers, les ouvriers portuaires faisaient des grèves tournantes entre les portiqueurs et agents de maintenances d’un côté et les dockers de l’autre. Pour faire reprendre le travail aux ouvriers portuaires, le gouvernement a promis de leur offrir des conditions de retraite spéciales.

 

La CGT des ports et docks a ensuite enlevé les ouvriers portuaires de la lutte nationale, contribuant ainsi à casser le mouvement général contre la réforme des retraites.

 

En décembre le gouvernement a rétracté ses promesses, et la CGT a de nouveau appelé les travailleurs portuaires à faire grève, mais cette fois-ci de manière isolée. Ayant encouragé une attitude de sauve-qui-peut corporatiste envers la défense de l’emploi et des salaires, la CGT a ensuite isolé les travailleurs portuaires, pour finalement leur imposer une convention collective qui est une rétrogression sociale.

 

Dans son discours Stamatiou parle de l’unité qui fut développée pour combattre la réforme portuaire. Ceci n’est qu’un mensonge cynique qui cache la division corporatiste des travailleurs au courant des manœuvres cyniques menées par le syndicat.

 

Cette lutte a été marquée par la scission de la CGT des portiqueurs et des agents de maintenance du GPMM : d’un côté se trouve la CGT des bassins ouest (Fos situé à 50 km de Marseille) qui va rentrer au sein de la CGT des ports et docks, et de l’autre la CGT des bassins est (Marseille) qui souhaite avoir une position plus critique de la réforme.

 

A cela s’ajoute le fait que le secrétaire de la CGT à Fos se réjouit du fait que son port va pouvoir prendre du trafic au port d’Arles.

 

Ainsi les syndicats aident à diviser les travailleurs et favorisent une concurrence plus forte entre les ports, ce qui les rendra plus rentables au dépens des travailleurs.

 

Content parce que sa section de la CGT aura 2 postes permanents de plus et qu'elle en absorbe une autre, Stamatiou a insisté pour dire qu'il ne faut pas "bouder son plaisir" à voir passer la réforme. La CGT veut donc faire passer une réforme qui consolide ses positions, tout en rognant les acquis et les statuts des travailleurs en les divisant.

 

Ces évènements soulignent le fait que les syndicats soutiennent activement les réformes voulues par le gouvernement, et que les luttes qu’ils organisent lors des négociations des plans d’austérité du gouvernement ne sont qu’un leurre cynique. La CGT n’a pas l’intention de bloquer la mise en œuvre des attaques contre les acquis sociaux des travailleurs. C’est pour cela qu’elle a cassé le mouvement national contre la réforme des grèves l’année dernière, puis orchestré l’isolement des travailleurs portuaires.

 

A lire également :

 

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[5 mars 2011]

 

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[9 janvier 2010]