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France: le Nouveau parti anticapitaliste continue de soutenir la guerre contre la Libye

Par Kumaran Ira
20 juin 2011

Lorsque la France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont lancé en mars une guerre en Libye, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) en France a soutenu la guerre en déclarant soutenir le prétexte cynique des puissances impérialistes qui prétendent « protéger les civils » contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi.

Toutefois, chaque jour qui passe, le caractère impérialiste de l’intervention militaire occidentale devient de plus en plus évident. Au cours de ces derniers jours, les avions de l’OTAN ont intensifié les frappes aériennes sur la capitale Tripoli, en détruisant l’infrastructure, des écoles et des hôpitaux. Le bombardement renforcé de l’OTAN a tué des centaines de civils dont, le 30 avril, le plus jeune fils de Kadhafi et trois de ses petits-enfants – un chiffre qui n'inclut pas les nombreuses victimes dans l’armée libyenne.

Alors que la guerre d’agression de l’OTAN contre la Libye s’intensifie sans qu’une victoire soit remportée, les prospères couches sociales soi-disant de « gauche » qui avaient appuyé la guerre impérialiste sont de plus en plus perturbées. C’est notamment le cas du NPA dont le site internet est resté totalement muet sur la guerre pendant près d’un mois. Il a enfin rompu son silence en publiant le 4 juin un court article ambigu ; son précédent article sur la Libye datait du 11 mai.

L’article, intitulé « Libye: la situation s’enfonce, » se lamente au sujet du bourbier qui menace de prendre le dessus sur les efforts de guerre de l’OTAN. Il débute en disant, « Mouammar al-Kadhafi… se laissera-t-il pousser vers la sortie ? C’est ce que semblent espérer les puissances de l’OTAN. »

Le NPA évite de prendre position sur les motifs et la stratégie qui sous-tendent la guerre de l’OTAN en écrivant : « Cependant, sur le terrain, les objectifs de l’intervention militaire sont moins clairs. S’agit-il de stopper les attaques du régime du dictateur contre la zone contrôlée par les rebelles, situées surtout dans l’Est de la Libye ? Ou de forcer Kadhafi à partir, quitte à le tuer s’il s’obstine à refuser ? Un flou artistique entoure cette question. »

Le NPA se plaint ensuite de ce que la « perspective d’un renversement de Kadhafi ‘par le bas’, par des forces issues de la population semble s’être largement éloignée. » Il continue ensuite en émettant des critiques limitées à l’égard du Conseil national de Transition (CNT), l’organisation à Benghazi soutenue par l’Occident et dont les faibles forces servent de principaux mandataires de l’OTAN en Libye.

Plus encore que la position de l’OTAN, c’est celle du NPA sur la guerre qui est marquée par « un flou artistique » – ou, pour parler plus clairement, de dérobades évasives. Il est tout à fait clair que les projets de guerre de l’OTAN impliquent le renversement du régime de Kadhafi au prix du meurtre sans distinction d’un grand nombre de civils libyens.

Par ailleurs, les plaintes du NPA représentent une tentative d’éluder toute responsabilité pour leur soutien enthousiaste de la guerre précédemment. (Voir : Un instrument de l'impérialisme: le Nouveau parti anticapitaliste français soutient la guerre contre la Libye )

Leur soutien pour la guerre avait été clairement exprimé par Gilbert Achcar dont la déclaration avait été publiée sur le site internet du NPA. Achcar affirmait que l’attaque de l’OTAN contre la Libye était une intervention « humanitaire » vitale : « Nous sommes dans un cas où une population est vraiment en danger et où il n’y a pas d’autre alternative pour la protéger… On ne peut, au nom de principes anti-impérialistes, s’opposer à une action qui va empêcher le massacre de civils. »

La position absurde implicitement avancée par le NPA était que la guerre impérialiste pourrait protéger des civils libyens tout en rendant possible simultanément le renversement « par le bas » de Kadhafi – c’est-à-dire par un genre de soulèvement populaire de masse. Cette fable réactionnaire n’a aucun lien avec la réalité : un bombardement terroriste de la Libye par l’Occident en collaboration avec la clique réactionnaire du CNT à Benghazi. La position du NPA n’a pas non plus de rapport avec les intentions des puissances de l’OTAN.

Malgré la rhétorique cynique du NPA sur une guerre pour la protection des civils, l’agression des impérialistes contre la Libye riche en pétrole est liée à leurs intérêts géostratégiques et à ceux de leurs conglomérats énergétiques. Elle fait aussi partie d’une tentative usée jusqu’à la corde de se présenter comme les défenseurs de la population d’Afrique du Nord alors qu’ils essaient d’étouffer les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière dans les pays avoisinants tels la Tunisie et l’Egypte.

En soutenant la guerre, le NPA a rejoint les principaux satellites politiques du Parti socialiste (PS), la « gauche » bourgeoise française : le Parti communiste (PCF), le Parti de Gauche (PG, issu d’une scission du PS), Europe-Ecologie et les Verts. Ils ont publié un communiqué commun soutenant la guerre en Libye en exigeant la « reconnaissance du Conseil national de Transition intérimaire, seul représentant du peuple libyen. »

Maintenant que les puissances occidentales n’ont pas réussi à déloger rapidement Kadhafi, le NPA s’efforce cyniquement d’adopter une posture « d'opposition » en critiquant le CNT, principal mandataire des impérialistes en Libye. Il est essentiellement dirigé par d’anciens ministres du régime Kadhafi, des forces terroristes islamistes liées à al-Qaïda et divers chefs tribaux libyens.

Le NPA n’aborde pas le caractère politique du CNT. Au lieu de cela, il se concentre surtout sur les pogroms anti-noirs organisés dans les territoires contrôlés par le CNT : « Dans la zone rebelle, une certaine hystérie à propos des ‘mercenaires noirs de Kadhafi’ s’est souvent transformée en exactions racistes. S’il est vrai que Kadhafi emploie des mercenaires, les véritables pogroms anti-noirs auquel ce climat a donné lieu à plusieurs reprises sont totalement condamnables. »

Les critiques du NPA à l’égard du CNT sont, toutefois, cyniques et sans fondement. Dès le début, le NPA a soutenu le CNT en affirmant qu’il luttait pour la démocratie en Libye contre le régime dictatorial de Kadhafi. Nulle part, le NPA n’évalue sa décision d’apporter son soutien politique au CNT, ni la responsabilité qui lui incombe de ce fait pour les actions du CNT.

Peu de temps après le début de la guerre, en mars, le NPA avait suggéré que la France livre des fusils à l’opposition libyenne. Le communiqué du NPA disait, « Notre solidarité pleine et entière va au peuple libyen auquel il faudrait donner les moyens de se défendre, les armes dont il a besoin pour chasser le dictateur, conquérir la liberté et la démocratie. »

Le NPA tente à présent par quelques phrases creuses de dissimuler son soutien pour le CNT. Son article critique les « forces hétéroclites qui composent la rébellion, dirigée par le Conseil national de Transition (CNT), un organe de personnalités cooptées. »

Pour être sûr, le NPA ne se donne pas la peine d’expliquer qui a « coopté » le CNT. Il mentionne brièvement le fait que Secopex, une firme privée employant d’ex forces militaires françaises, est active dans les régions contrôlées par les rebelles en Libye.

Mais venant du NPA, ceci est peut-être un commentaire involontairement révélateur. Il admet que le groupe qu’il n’a cessé de louer et de promouvoir comme une force pour la libération démocratique est « coopté » apparemment par des forces liées à l’armée et à l’Etat français. Néanmoins, il ne juge pas nécessaire de modifier de façon majeure sa propre stratégie politique ou ses perspectives.

Il serait difficile d’imaginer une preuve plus directe que le NPA est lui-même conscient d’être « coopté » par l’Etat français.

(Article original paru le 16 juin 2011)