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Chaos sur les marchés financiers

Par Nick Beams
20 mai 2011

La semaine dernière, les prix des matières premières se sont effondrés sur les marchés mondiaux. Le Financial Times a qualifié cet événement de « débandade monumentale », la pire liquidation depuis l'effondrement de Lehman Brothers. Cette semaine, les marchés étaient à la hausse. La semaine prochaine, qui sait ? Une autre liquidation, l'effondrement d'une banque, le défaut de paiement d'une dette souveraine, une reprise du « krach éclair », toujours inexpliqué, sur Wall Street, un an plus tôt, lorsque les marchés avaient chuté de presque 10 pour cent en quelques minutes, ou quelque chose de complètement inattendue ?

L'instabilité sans précédent des marchés financiers internationaux envoie un signal d'alarme. Elle souligne deux caractéristiques fondamentales de l'économie capitaliste mondiale : aucune des contradictions qui ont déclenché la crise financière mondiale en septembre 2008 n'a été résolue; et les politiques des principaux gouvernements et des banques centrales entrent de plus en plus en conflit tandis que chacun agit en fonction de ses propres intérêts nationaux : c'est chacun pour soi et sauve-qui-peut.

La chute du prix des matières premières a d'abord débuté par le pétrole, qui a dégringolé de plus de 10 pour cent dans une chute que les opérateurs ont qualifiée d' « épouvantable ». La ruée vers la sortie qui a suivi a causé des pertes de plus de 400 millions de dollars, la majorité en une seule journée, pour le plus grand fonds spéculatif sur les matières premières, Clive Capital. Dans une lettre envoyée à leurs clients cependant, la direction du fonds a été incapable d'expliquer ce qui avait causé l'« anéantissement » du marché pétrolier.

Personne d'autre n'a semblé être en mesure de fournir une explication. Après avoir tenté une réponse, un éditorial du Financial Times du 6 mai a affirmé que bien que la théorie présentée pourrait être juste, « son contraire peut être tout aussi vrai ». L'éditorial se terminait en disant : « La facilité avec laquelle nous pouvons expliquer les variations de prix, que ce soit des hausses ou des baisses, semble indiquer que nous ne les comprenons pas du tout ».

Peu importe la raison immédiate de la chute des prix, la cause sous-jacente des turbulences est l'effondrement du système financier mondial.

L'un des principaux facteurs derrière l'explosion du prix des matières premières de la dernière année a été le déclin de la valeur du dollar américain par rapport à toutes les autres grandes monnaies. Cela reflète le déclin historique de la position économique des États-Unis relativement aux autres grandes puissances capitalistes et les politiques menées par la Réserve fédérale américaine. La banque centrale des États-Unis prête aux banques américaines à un taux qui se situe entre 0 et 0,25 pour cent. Dans des conditions où l'inflation est de deux à trois pour cent, cela signifie que les banques reçoivent de l'argent à des taux d'intérêt négatifs.

Cet argent n'est pas investi dans le développement de l'industrie, mais est plutôt utilisé pour la spéculation financière sur les marchés des matières premières et autres. Bien que cette politique soit hautement profitable pour les institutions bancaires et financières américaines, elle fait des ravages dans l'économie mondiale tandis que les gouvernements et les banques centrales doivent contrer les effets inflationnistes de la hausse des prix et le ralentissement économique causé par la montée du prix des devises sur leur économie.

Bien qu'elle n'ait pas directement mentionné la Réserve fédérale américaine, la Reserve Bank of Australia a souligné dans son dernier rapport trimestriel sur les politiques monétaires les risques que posaient les activités de la Fed. Dans un contexte où les taux d'intérêt sont bas et où « la politique monétaire … est très conciliante », la montée du prix de matières premières « amortit l'activité économique » et « contribue au développement de l'anticipation de l'inflation ». Si les banques centrales ne réagissent pas assez rapidement, « l'anticipation de l'inflation va se développer davantage » et sera suivie d'un « brusque ralentissement de la croissance que des ajustements de la politique, venant trop tard, ne pourront contrer ». Autrement dit, la spirale inflationniste va mener à un effondrement de l'économie et déclencher une récession mondiale.

La politique monétaire américaine n'est pas la seule source de perturbations mondiales. La crise de la zone euro, décrite récemment comme une « avalanche au ralenti », en est une autre.

Au moment où se dépréciaient les marchés des matières premières la semaine dernière, une nouvelle crise sur le sauvetage de la Grèce se développait, Spiegel Online rapportant que la Grèce se préparait à quitter la zone euro. L'article a été vigoureusement contesté, mais le magazine a été en mesure de citer un article du Trésor allemand qui expliquait les conséquences d'une telle éventualité.

Les problèmes de plus en plus sérieux du système financier grec, ainsi que ceux des deux autres économies supposément secondaires qui ont profité d'un sauvetage, le Portugal et l'Irlande, indiquent que les mesures financières mises en place il y a un an n'ont pas fonctionné. Le scénario envisagé était qu'après une période de compressions financières, l'économie grecque allait se remettre sur pied et que le gouvernement pourrait retourner sur les marchés internationaux pour son financement. Un an plus tard, la situation est encore pire : la dette de la Grèce a grimpé à 160 pour cent du produit intérieur brut, le chômage est en hausse, l'économie ralentit et la Grèce a été essentiellement exclue des marchés internationaux suite à la dévaluation de la notation de sa dette par Standard and Poor's.

Les profondes divisions qui existent entre les pays de la zone euro, particulièrement entre la France et l'Allemagne, représentent un facteur important de la difficulté à trouver même un semblant de solution à la crise de la dette.

Les politiques monétaires sont déterminées sur la base que les dettes souveraines, celle de la Grèce ou d'autres pays, ne peuvent être « restructurées », car cela entraînerait d'énormes pertes pour les banques et même un effondrement financier d'un ordre semblable à ce qui avait suivi l'effondrement de Lehman Brothers. Ainsi, un genre de chaîne de Ponzi a été mise en place où les prêts sont reportés et les nouvelles dettes financées.

Mais un tel système ne peut durer indéfiniment. À un certain moment cela entraînera ce que le Financial Times a qualifié de « restructuration forcée de la dette souveraine qui donnera lieu à une vague d'effondrements de banques ».

À la base de cette tourmente, on trouve le fait que les marchés financiers ont depuis longtemps dépassé le cadre des frontières nationales et fonctionnent à travers un réseau complexe d'interrelations qui tapissent le globe – au-delà de tout contrôle gouvernemental ou d'autorités particulières.

Le chaos du système rappelle les paroles de Marx dans Le Manifeste du Parti communiste : « Les rapports bourgeois de production et d'échange, de propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemble au sorcier qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées. »

Ce chaos et la dévastation sociale sans cesse croissante qui sont infligés à des centaines de millions de personnes signifient que le système de profit et le système d'État-nation dans lequel il est ancré doivent être renversés. Les irrationalités aveugles du marché doivent être remplacées par la gestion consciente de l'économie mondiale et la planification de l'économie sous contrôle démocratique, afin de satisfaire les besoins humains selon les lois de la raison. Cet objectif ne peut être atteint qu'à travers la prise du pouvoir par la classe ouvrière et l'établissement du socialisme international.

(Article original paru le 14 mai 2011)