France : Le Parti socialiste soutient les suppressions d’emplois du constructeur automobile PSA

Par Kumaran Ira
19 juillet 2012

Le gouvernement du Parti socialiste (PS) en France soutient tacitement les projets de PSA Peugeot-Citroën de fermer l’usine automobile d’Aulnay et de supprimer 8.000 emplois partout en France.

Le 15 juillet, le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, a soutenu les suppressions en disant clairement que le gouvernement PS avait seulement l’intention de modifier des aspects secondaires du plan de PSA. Interrogé sur la «légitimité» du PDG de PSA, Philippe Varin, d’appliquer ces suppressions, Moscovici a répondu : «l’entreprise étant "privée", c’est elle qui choisit son propre management».

Il a souligné: «Il y a des plans sociaux qui ont été différés, c’est l’évidence… Nous avons un héritage très dur, un déficit de confiance des acteurs et aussi un déficit de compétitivité, et nous sommes en train de solder cet héritage.» Il a ajouté, «On va discuter avec Varin. Je ne suis pas là pour déstabiliser, mais pour construire et trouver des solutions.»

Les commentaires de Moscovici révèlent au grand jour le caractère cynique de la réaction initiale que le gouvernement PS avait eue face au plan qu’il avait critiqué comme étant «inacceptable». Pendant une interview télévisée du 14 juillet, le président François Hollande avait décrit le plan de PSA comme étant «inacceptable» en disant que «l’État ne laissera pas faire.»

Hollande a toutefois continué en disant qu’il ne stopperait pas la fermeture de l’usine d’Aulnay : «Le gouvernement ne peut pas interdire la fermeture du site d’Aulnay, mais nous pouvons faire en sorte qu’Aulnay reste un site industriel.»

Il a demandé à la direction de PSA d’assurer la renégociation de leur plan avec les syndicats. Il a réclamé «une concertation pour qu’il n’y ait aucun licenciement sec chez Peugeot et que des solutions soient proposées pour chaque salarié.»

La politique du gouvernement Hollande est entièrement alignée sur les besoins du patronat. Son objectif est d’encourager la compétitivité des entreprises françaises en réduisant drastiquement les coûts de la main-d’oeuvre et les niveaux de vie des travailleurs tout en collaborant avec la bureaucratie syndicale pour éviter une explosion du mécontentement social au sein de la classe ouvrière qui viendrait perturber ses projets. C’est un gouvernement de riches, par les riches, pour les riches qui règne avec un mépris total pour la classe ouvrière.

Malgré les licenciements de masse que l’industrie automobile est en train de pratiquer, Hollande est en train de planifier de lui octroyer de nouvelles subventions en plus des cadeaux plus généraux accordés au patronat aux dépens des travailleurs. Il y a des projets de réductions considérables des cotisations patronales destinées aux dépenses sociales, ainsi que des réductions à long terme du pouvoir d’achat du smic et une «flexibilité» accrue du travail. (Voir : France: La Conférence sociale expose les grandes lignes des attaques massives contre la classe ouvrière)

En refusant de donner des détails du plan automobile de Hollande qui sera soumis au conseil ministériel le 25 juillet, Moscovici a dit que ce ne sera pas un «plan Peugeot» mais un plan garantissant la «pérennité de la filière», PSA, Renault et de la sous-traitance.

Alors qu’ils sont en train de négocier les licenciements avec la direction de PSA, les syndicats jouent un rôle clé en bloquant l’opposition de la classe ouvrière à l’encontre des coupes. Alors que le gouvernement PS soutient le plan de restructuration de PSA, ils lancent des appels cyniques et vains au gouvernement pour stopper les fermetures en qualifiant les propositions de Hollande de n’être qu’insuffisantes.

Jean-Pierre Mercier, le délégué syndical de la Confédération générale du Travail (CGT) à Aulnay, a dit : «Le seul point commun qu’on a avec François Hollande, c’est la reconnaissance du fait que Peugeot a menti pendant 12 mois à l’opinion publique. Les dirigeants avaient décidé de fermer l’usine d’Aulnay dès 2010, la fermeture de l’usine n’a rien à voir avec la baisse des ventes en 2012.»

C’est un tissu de mensonges éhontés. Le gouvernement Hollande n’a aucune objection contre l’attitude de la direction de PSA qu’il soutient parce que PSA réagit à la crise économique mondiale qui sous-tend l’effondrement des ventes automobiles en attaquant la classe ouvrière. Cette politique est appuyée, négociée et appliquée par le gouvernement PS avec la bureaucratie syndicale qui n’a rien fait pour mobiliser la classe ouvrière contre le plan du PS.

En 2011, suite à une fuite, la CGT avait publié un document interne exposant le plan de fermeture à Aulnay (coûtant 3.600 emplois), à SelvelNord, dans le Nord de la France (2.800 emplois) et à Madrid (3.100 emplois). La CGT avait toutefois décidé de ne pas thématiser cette question durant la campagne présidentielle de 2012 – lors de laquelle la CGT, les autres fédérations syndicales et les partis de «gauche» petits-bourgeois tels le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et Lutte ouvrière (LO), avaient soutenu Hollande.

Alors qu’ils cherchent à encourager la compétitivité mondiale de l’industrie automobile française, Hollande et la CGT jouent un rôle identique à celui joué en 2009 aux États unis par le gouvernement Obama et le syndicat des Travailleurs unis de l’automobile (United Auto Workers, UAW). Obama avait déclaré GM et Chrysler en faillite en permettant l’application de mesures de réductions drastiques des coûts – fermetures d’usines, baisse de 50 pour cent des salaires pour tous les salariés nouvellement embauchés, ainsi que des réductions des soins de santé et des allocations retraite. Le président de l’UAW, Bob King, qui collabore actuellement avec les syndicats chez le constructeur automobile allemand Opel pour réduire les coûts de main-d’œuvre, a ouvertement loué le rôle joué par l’UAW dans l’accroissement des profits de GM.

Le soutien du PS pour le plan de PSA au nom du renforcement des profits et de la compétitivité est une révélation dévastatrice de la politique anti classe ouvrière des partis de «gauche» petits-bourgeois. Alors que l’indignation se propage au sein de la classe ouvrière, ils font tout leur possible pour sauvegarder la mainmise de la bureaucratie syndicale sur la classe ouvrière en entretenant les illusions sur Hollande. (Voir : En France, LO et le NPA bloquent la lutte contre les suppressions d’emplois chez PSA«)

Mercier, un membre influent de LO, a publiquement proposé d’attendre jusqu’en septembre avant d’engager une lutte contre les licenciements.

La politique anti classe ouvrière du PS et de ses partisans de la gauche petite-bourgeoise confirme totalement l’analyse faite par le Comité international de la Quatrième Internationale et du World Socialist Web Site des élections présidentielles françaises de 2012. Le WSWS avait mis en garde les travailleurs contre la politique réactionnaire de Hollande et de ses partisans en préconisant une mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière dans la lutte contre l’État bourgeois français.

(Article original paru le 17 juillet 2012)