Il faut une nouvelle perspective pour la grève étudiante au Québec

Par Parti l’égalité socialiste (Canada)
14 août 2012

Face à une campagne de diffamation dans les grands médias, la violence policière et la loi 78 radicalement antidémocratique, les étudiants du Québec ont mené durant six mois une lutte courageuse contre la hausse des droits de scolarité universitaires du gouvernement provincial libéral.

La grève étudiante est toutefois dans une situation où les questions fondamentales de perspective politique ne peuvent plus être ignorées ou évitées.

Mettre fin à la grève serait une victoire politique pour le gouvernement libéral Charest et toute l’élite dirigeante. Cette victoire serait accueillie avec autant d’enthousiasme par le Parti québécois pro-patronal que par Jean Charest et Stephen Harper, comme l’a clairement indiqué la chef du PQ, Pauline Marois, en répétant que la grève devait prendre fin et que la loi 78 devait être respectée.

Rien ne peut nous permettre de croire aux paroles de la bureaucratie syndicale et des dirigeants des associations étudiantes proches de l’establishment, la FECQ et la FEUQ, selon lesquelles la fin de la grève aiderait le PQ à défaire les libéraux dans l’élection provinciale du 4 septembre. Et même si cela était vrai, le PQ est l’autre parti traditionnel de gouvernance de la bourgeoisie québécoise. À son dernier mandat au pouvoir, il a imposé les plus importantes coupes sociales de l’histoire du Québec, a passé une loi de même type que la loi 78 pour briser la grève des infirmières et a réduit les impôts pour la grande entreprise et les riches.

Le PQ est la variante québécoise des partis « de gauche » qui gouvernent partout dans le monde : le Parti démocrate aux États-Unis, le Parti travailliste en Grande-Bretagne et le Parti socialiste en France. Leur rôle consiste à réprimer et à détourner les mouvements d’opposition et à collaborer avec la bureaucratie syndicale pour imposer le programme du patronat.

La grève devrait être poursuivie. Mais, pour ne pas être vaincue par la répression d’État et les manœuvres des syndicats pour l’isoler et détourner cette opposition au gouvernement libéral Charest derrière le PQ, elle doit être armée d’une tout autre perspective.

Cette nouvelle perspective doit être basée sur le constat que la grève des étudiants fait partie de la résistance mondiale grandissante de la classe ouvrière au programme de la grande entreprise et de ses représentants politiques qui vise à faire payer les travailleurs et la jeunesse pour la plus grande crise du capitalisme mondial depuis la Grande Dépression.

C’est vers la classe ouvrière au Canada et partout dans le monde que les étudiants doivent résolument s’orienter. La grève doit devenir le catalyseur d’une contre-offensive de la classe ouvrière contre l’assaut mené par l’élite dirigeante au nom de la compétitivité des entreprises et de l’austérité.

Il ne faudrait surtout pas sous-estimer les forces qui sont mobilisées contre la grève.

Les libéraux, encouragés par le patronat, se préparent à réprimer la grève avec la police, les tribunaux et les clauses radicales de la loi 78.

Ceux qui se présentent comme les alliés des étudiants, notamment les syndicats, jouent un rôle non moins sinistre. Les syndicats au Québec, comme ceux partout dans le monde, ne sont pas des organisations ouvrières, mais plutôt des agents du patronat et de l’État, des policiers au sein de la classe ouvrière. Au nom du maintien de la « paix sociale », les syndicats tentent depuis des mois d’étouffer la grève. Début mai, ils ont essayé, avec Charest, de forcer les étudiants à accepter une entente au rabais. Et dès que la loi 78 a été adoptée, les syndicats se sont engagés à la faire respecter, entre autres en donnant l’instruction aux enseignants d’aider le gouvernement à briser la grève.

La CLASSE s’est elle aussi de plus en plus adaptée aux efforts de l’élite dirigeante, de ses partis politiques et des syndicats pour briser la grève. Elle a refusé de critiquer les syndicats pour leur opposition à la « grève sociale » et s’est soumise à eux en laissant tomber l’appel à une mobilisation plus large. Elle a donné son appui à la tentative de détourner le mouvement étudiant derrière le PQ en affirmant que la défaite de Charest serait un gain, sinon une victoire, pour les étudiants. Et, jusqu’à tout récemment, elle n’a pas lutté pour la poursuite de la grève.

La plus grande faiblesse de la grève est son orientation nationaliste et sa politique de protestation. Elle s’est limitée à une campagne de protestation en acceptant l’ordre socioéconomique existant; elle n’a eu pour objectifs que de faire pression sur le gouvernement Charest et l’élite québécoise; et elle est demeurée confinée au Québec.

La CLASSE a soutenu que si les étudiants boycottaient leurs cours et organisaient des manifestations, ils pourraient créer un « rapport de force » dans lequel le gouvernement n’aurait d’autre choix que de négocier.

Les étudiants ont plutôt été la cible de la violence de l’État et se sont retrouvés dans un affrontement, non seulement avec le gouvernement libéral du Québec, mais avec l’ensemble de la classe dirigeante canadienne, ses tribunaux et sa police.

Les travailleurs de par le monde ont connu cette expérience. Sous l’impact de la crise capitaliste, la classe dirigeante tente de détruire tous les droits sociaux de la classe ouvrière, que ce soit les services publics ou la négociation collective, et de mater l’opposition inévitable de la classe ouvrière par la répression étatique.

La classe ouvrière internationale est la seule force sociale capable de mettre fin à la domination du patronat sur la vie socioéconomique et de garantir les droits sociaux fondamentaux des travailleurs : le droit à une éducation, à un emploi et une retraite décents, et à la santé. Mais pour effectuer cette transformation sociale, les travailleurs doivent s’organiser eux-mêmes en tant que force politique pour mettre en place des gouvernements ouvriers. Ce n’est que par cette transformation que l’économie pourra être réorganisée radicalement afin de satisfaire les besoins sociaux, et non le profit privé.

En opposition à la perspective socialiste qui veut que les étudiants lient leur lutte à celle de la classe ouvrière canadienne et internationale contre l’assaut du capital mondial, la CLASSE a publié le mois dernier un manifeste empreint de nationalisme québécois. Le manifeste qualifie la grève étudiante de « lutte démocratique » du peuple québécois en ne faisant jamais mention de la classe ouvrière ou du capitalisme.

L’idéologie de la bourgeoisie québécoise, le nationalisme québécois, tout comme le nationalisme canadien qui est son jumeau, sont utilisés par l’élite pour attacher la classe ouvrière à ses politiques et isoler les travailleurs du Québec de leurs véritables alliés : les travailleurs du Canada anglais et du reste du monde.

Le manifeste de la CLASSE est fortement influencé par les politiques de Québec solidaire (QS) et de divers groupes anarchistes.

QS est membre du Conseil de la souveraineté du Québec, dirigé par le PQ, et cherche à établir des alliances électorales avec le PQ. Il se présente comme « le parti de la rue et des urnes », c’est-à-dire un parti de l’ordre établi qui cherche à faire pression sur lui.

Les anarchistes, opposés à la lutte pour mobiliser la classe ouvrière et la libérer de la domination politique et organisationnelle des syndicats, sont les partisans les plus en vue de l’action directe : les confrontations individuelles avec la police, les occupations et les blocages symboliques. En dénonçant tous les partis et toute politique dans son ensemble, ils ne font que bloquer la lutte de la classe ouvrière pour rompre avec les partis de l’élite dirigeante et pour élaborer un programme dont le but serait de réorganiser le société dans l’intérêt des travailleurs.

La grève étudiante fait face à un problème qui affecte aussi toutes les luttes ouvrières à travers le monde. Ces luttes sont isolées et étouffées par les syndicats, les partis de la « gauche » officielle et les organisations pseudo-radicales qui encouragent le nationalisme et défendent l’autorité des syndicats et des partis « de gauche ».

Le Parti de l’égalité socialiste, son organisation jeunesse, l’Internationale étudiante pour l’égalité sociale, et le World Socialist Web Site existent pour mettre fin à cette crise de direction dans la classe ouvrière, pour développer la direction révolutionnaire qui va préparer et mener politiquement la classe ouvrière à rompre avec les syndicats procapitalistes et à lutter pour un gouvernement ouvrier et le socialisme.

(Article original paru le 10 août 2012)