Les syndicats français exigent une réduction des dépenses et une déréglementation du marché du travail

Par Kumaran Ira
10 septembre 2012

La Confédération française démocratique du Travail (CFDT) demande instamment au gouvernement PS (Parti socialiste) du président François Hollande d’accélérer ses coupes sociales.

Le syndicat exige que Hollande applique rapidement les réformes du marché du travail – en assouplissant les restrictions en matière d’embauche et de licenciement et en réduisant les coûts de la main-d’œuvre – afin de restaurer la compétitivité des entreprises françaises et d’adopter officiellement le pacte fiscal de l’Union européenne (UE) pour imposer des mesures d’austérité de plus en plus considérables.

Dans un entretien accordé dimanche au Journal du Dimanche, le dirigeant de la CFDT, François Chérèque a dit que le « gouvernement doit accélérer les réformes » en dépassant le calendrier existant. Il a expliqué, « La situation économique de notre pays est mauvaise, car la France n’est pas adaptée aux défis de la mondialisation… Nous devons lancer la négociation sur le marché du travail au plus vite, pour la conclure au plus tôt. »

Chérèque a fait l’éloge des réformes du marché lancées en Allemagne par le gouvernement social-démocrate du chancelier Gerhard Schröder il y a une décennie et qui ont contribué à créer un secteur à bas salaire, à faciliter les licenciements, à réduire les coûts de la main-d’oeuvre et à stimuler les exportations allemandes. Afin de promouvoir la compétitivité des entreprises françaises, Chérèque a précisé que les coûts de la main-d’oeuvre devraient être réduits : « Je le dis de façon claire : le coût du travail est aussi un facteur de perte de compétitivité. »

Tout en louant la politique allemande de flexibilité des heures de travail et de réduction du temps du travail comme étant un modèle pour les réformes françaises du marché du travail, la CFDT est en train de collaborer avec la direction pour faire voter des conventions collectives dans les usines et sur les lieux de travail. Les syndicats ont dernièrement signé des accords avec le constructeur automobile PSA à l’usine Sevelnord dans le nord de la France et avec Air France pour imposer un gel des salaires et des heures de travail accrues des horaires de travail.

Les commentaires de Chérèque surviennent alors que le gouvernement Hollande se prépare à réduire drastiquement les dépenses sociales vu que le budget 2013 doit être présenté ce mois-ci en prévoyant une réduction des dépenses supérieure à 30 milliards d’euros, afin de rétablir la confiance des marchés. La France est considérée être la prochaine cible du marché de spéculation sur ses dettes, à moins qu’elle procède aux coupes sociales nécessaires après la Grèce, l’Espagne et l’Italie.

Chérèque souscrit également au pacte fiscal de l’UE, en s’alignant sur la troïka – l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) – dont la politique a dévasté la Grèce. Chérèque a cyniquement indiqué que le pacte « n’est pas parfait, il a beaucoup de défauts ». Néanmoins, il a soutenu son adoption.

Il a précisé : « Il doit y avoir une maîtrise des finances publiques pour redonner du pouvoir à la force de l’État. » Il a carrément appuyé la politique de rigueur en prévenant que, « si la France ne l’adopte pas, il y a des risques d’explosion des taux d’intérêt qui va coûter beaucoup plus cher à la France. »

La troïka exige actuellement davantage de coupes drastiques : réduction du salaire minimum, retour à la semaine de six jours de travail et adoption de la flexibilité des horaires de travail. (Voir : « Le président du parlement européen réclame des zones économiques spéciales en Grèce. »)

Chérèque et les syndicats s’attendent à ce que des mesures identiques soient introduites en France pour protéger la compétitivité des entreprises aux dépens des travailleurs. Ceci souligne une fois de plus le rôle joué par les syndicats français – à l’image de leurs homologues internationaux – comme défenseurs des intérêts patronaux à l’époque de la mondialisation, en assurant le maintien de l’ordre au sein des travailleurs et en imposant un gel des salaires et des coupes sociales.

Après l’approbation des mesures d’austérité par Chérèque, la presse française a comparé l’actuel rôle de la CFDT à celui qu’elle a joué sous l’ancien président PS, François Mitterrand, où les syndicats avaient collaboré avec le « tournant de la rigueur » de 1982-1983, en faisant passer les réductions des dépenses et la destruction des industries minières et manufacturières dans un contexte de licenciements de masse.

L’éditorialiste du Monde, Françoise Fressoz, a écrit, « Dans l’histoire de la gauche au pouvoir, la CFDT a toujours joué le rôle de vigile et d’avertisseur… C’est ainsi qu’en janvier 1983, Edmond Maire, le secrétaire général, avait pris la liberté d’annoncer sur le perron de l’Élysée le tournant de la rigueur. »

Elle a ajouté : « Vingt-neuf ans plus tard, François Chérèque prend le relais d’Edmond Maire [ancien secrétaire général de la CFDT]. Il bouscule à son tour le président en place. Cette fois pas sur la rigueur qui est bel et bien engagée, mais sur l’adaptation du modèle social français, sur un terrain tout aussi glissant. »

Ces commentaires soulignent le rôle joué par les confédérations syndicales : défendant agressivement les intérêts des entreprises et de l’État et en insistant sur l’application d’une politique droitière requise pour la défense de leurs intérêts de classe. Ceci à son tour reflète les intérêts matériaux qui ont développé la bureaucratie syndicale en tant que couche sociale qui est foncièrement hostile à la classe ouvrière.

Ses revenus proviennent essentiellement de subventions reçues des entreprises et de l’État. Selon un rapport rédigé par le député Nicolas Perruchot qui fut censuré puis remis en douce à la presse en mars dernier, sur les quelque 4 milliards d’euros (5,3 milliards de dollars) consacrés au financement de la bureaucratie syndicale, environ 90 pour cent émanent de subventions octroyées par les employeurs des secteurs privé et public. (Voir : « Le rapport Perruchot expose la collaboration entre les syndicats français et la bourgeoisie. »)

Le rapport a aussi montré que « François Chérèque, à la tête de la CFDT, avoue avoir du mal à cacher ses économies de plus de 350 millions d’euros, dont 34,7 millions de "trésorerie disponible". Celle de la CGT est de 42 millions d’euros. »

Lorsque la CFDT a demandé une politique d’austérité pro-patronale, d’autres syndicats comme la CGT et FO (Force ouvrière) ont tenté d’afficher une attitude d’adversaires aux coupes sociales. Le dirigeant de la CGT, Bernard Thibault, a attaqué Chérèque « d’être sur la même ligne que le Medef », l’organisation patronale.

La critique de la CGT est totalement cynique. Tout comme la CFDT, elle a participé ces dernières années à toutes les négociations relatives à la réduction des dépenses sociales des gouvernements successifs et a soutenu l’élection de Hollande – dans le cas de la CGT, en soutenant l’allié politique de Hollande, le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon.

Les mesures d’austérité louées par la CFDT ont été discutées lors de la Conférence sociale qui eut lieu en juillet et qui fut approuvée par tous les syndicats. De plus, les syndicats retrouveront la semaine prochaine les organisations patronales et les responsables gouvernementaux pour discuter les réformes du marché du travail qui sont envisagées.

Après la conférence sociale, la CGT l’a saluée et a assuré son rôle en appliquant la politique anti-classe ouvrière du gouvernement Hollande. Elle a écrit, « Le fait que la place du dialogue social, des interlocuteurs sociaux soit confirmée, montre un volontarisme politique à l’égard des organisations de salariés… Il y a de nouveaux points d’appui pour se faire entendre sur toute une série de sujets. »

(Article original paru le 7 septembre 2012)