L'Alliance de la gauche unie irlandaise présente son budget "différent"

Par Jordan Shilton
21 décembre 2012

La politique d'austérité dictée par l'Union européenne (UE), la Banque centrale européenne, et le Fonds monétaire international (FMI) – la troïka – entraînent l'appauvrissement de la population irlandaise. Cela provoque des inquiétudes dans les cercles dirigeants quant à la durabilité politique des coupes budgétaires du gouvernement actuel. 

L'Irish Independent a indiqué que 12 des 45 députés travaillistes du gouvernement formé en coalition avec le parti Fine Gael ont « exprimé des inquiétudes » sur certaines des mesures contenues dans le budget de 2013 publié la semaine dernière. Le plan de dépenses propose des coupes et des augmentations de taxes pour un total de 3,5 milliards d'euros. Cela comprend une nouvelle taxe sur la propriété, un milliard d'euros d'économies dans le secteur public, des coupes dans les indemnités chômage et dans d'autres aides sociales, ainsi qu'une augmentation des cotisations sociales des salariés.

Depuis son arrivée au pouvoir avec Fine Gael en 2011, le Parti travailliste a chuté dans les sondages de la place de deuxième parti le plus populaire à la quatrième, ne faisant que 14 pour cent au dernier sondage. Fine Gael, qui continue à réunir le plus de soutiens, a vu ceux-ci tomber en dessous des 30 pour cent avant la publication du budget. 

Un député travailliste a été cité par le Sunday Independent disant, « Nous perdons l'intégralité de notre plateforme morale et politique, » pendant qu'un autre se plaignait, « Nous allons être annihilés si nous continuons comme ça. »

Avec le parti travailliste et les autres grands partis haïs et discrédités à ce point, l'Alliance de la gauche unie (United Left Alliance - ULA) de pseudo-gauche, tente de légitimer la configuration politique existante. Coalition réunissant le Socialist Workers Party et le Socialist Party, la proposition de budget différent de l'ULA montre clairement qu'elle s'aligne sur la défense du capitalisme contre l'opposition montante dans la classe ouvrière. 

En lançant cette proposition d'un autre budget, Richard Boyd-Barrett du SWP est allé jusqu'à nier que ce qui est en jeu est une crise systémique du système capitaliste. Préférant défendre des réformettes, il a déclaré, « Il existe une autre option, si nous arrêtons de payer des milliards aux détenteurs d'obligations et d'intérêts sur des dettes impossibles à rembourser qui ont été mises sur le dos des irlandais ordinaires. » Si Boyd-Barrett a rejeté les dettes « impossibles à rembourser », sa proposition de budget montre clairement qu'elle ne s'applique qu'à celles « qui découlent de l'effondrement financier qui a commencé en 2008. » Un peu plus tard, il a admis que cela laisserait au moins 50 milliards d'euros de dettes à la charge de l'Irlande. 

Cela est suivi d'un appel à défendre le très faible taux d'imposition sur les entreprises en Irlande, qui est de 12,5 pour cent. Cette mesure a été le principal mécanisme pour vendre l'Irlande comme plateforme de main d'œuvre à bas prix pour attirer les investisseurs étrangers. Un rôle clef dans ce processus a été joué par la bureaucratie syndicale, qui a collaboré avec des gouvernements successifs. Depuis 2008, les syndicats ont loyalement aidé à imposer six budgets d'austérité pour un total de 28 milliards d'euros, en signant l'accord Croke Park, entre le gouvernement et les employeurs, qui interdit les grèves. 

L'ULA n'émet aucune critique contre cela, alors même que le congrès irlandais des syndicats (ICTU) a confirmé qu'il négociera avec le gouvernement pour un nouveau milliard d'économies annuelles dans un prochain accord qui succèdera au Croke Park.

L'ULA préfère chanter les louanges de l'appel syndical à une taxe sur les transactions financières, décrivant un communiqué récent de l'ICTU comme « bien argumenté. » Adoptant des propositions qui ont été prises à leur compte par plusieurs Etats européens, dont l'Allemagne, le document de l'ULA déclare, « une taxe sur les ventes d'obligations et d'actions de 0,1 pour cent et de 0,01 pour cent sur les produits dérivés permettrait de gagner 500 millions d'euros. » 

L'ULA a sans aucun douté discuté de ce genre de mesures à plusieurs occasions avec des représentants de la troïka, ayant participé à leurs réunions régulières dans le cadre du renflouement de l'Irlande. Au début de l'année, Boyd-Barrett a voyagé en sa qualité de membre de la commission budgétaire du Parlement, visitant le Parlement allemand pour échanger des idées sur les décisions affectant les dépenses. 

Ce document lance des appels creux à la nationalisation des banques, sans expliquer comment cela est possible dans une situation où l'ULA a clairement dit sa volonté d'accepter que l'élite financière poursuive ses affaires si elle veut bien s'engager à payer plus d'impôts. Ce genre d'appels est rendu encore plus dérisoire dans le contexte de l'abandon officiel par l'ULA de la politique de classe en faveur du nationalisme. Tout au long de ce document, l'ULA fait référence à « notre économie » et au « peuple irlandais ». À aucun moment, il ne prend note de la misère économique imposée à la classe ouvrière dans tout le continent et dans tous les pays du globe. L'ULA veut présenter les difficultés de l'Irlande en des termes purement nationaux. Comme s'en plaint l'un des passages de ce document, « si le taux d'investissement actuel de 10 pour cent du PIB (la moyenne de l'UE est de 18,5 pour cent) continue, l'Irlande deviendra un trou perdu économique. » 

Ses attaques contre l'austérité imposée par le gouvernement sont tout aussi malhonnêtes. L'ULA dénonce les projets d'une nouvelle taxe sur la propriété, qui entrera en vigueur en juillet 2013. Mais pour une grande partie, c'est grâce à l'ULA que le gouvernement peut appliquer cette mesure. 

Lorsque les projets d'une taxe annuelle de 100 euros sur les ménages ont été révélés à la fin 2011, une manœuvre qui anticipait la taxe sur la propriété, un mouvement de masse s'est développé dans le pays. En colère après quatre années d'austérité continue, les travailleurs ont montré leur détermination à ne pas payer cette taxe en organisant des réunions rassemblant des localités entières. S'opposant à tout effort pour diriger ce mouvement vers une lutte contre le gouvernement, l'ULA, par l'intermédiaire de la Campaign Against Household and Water Taxes (CAHWT), a cantonné cette action à une campagne pour le refus de payer. 

A l'approche de la date limite pour les paiements, à la fin mars 2012, l'ULA a laissé tomber toutes les actions de protestation après un « rassemblement » national symbolique à Dublin. Les centaines de milliers de familles qui avaient refusé de payer ont été abandonnées face aux menaces du gouvernement d'engager des procès s'ils ne payaient pas. Avec la démobilisation de l'opposition, le gouvernement a présenté le projet de taxe sur la propriété en été. 

Joe Higgins du Socialist Party, s'exprimant lors de la publication du rapport préliminaire sur le budget, a affirmé que, « rien de tout cela, ni l'annulation de la dette ni la taxation de la richesse, ne sera réalisé en raisonnant le monde politique ou la troïka. Il faudra se battre pour ça, et si une telle lutte a lieu la résistance qu'opposeront les riches au retrait de leurs privilèges rendra plus clair pour les gens ordinaires la nécessité d'un type de société fondamentalement différent. » 

Nonobstant les envolées lyriques de Higgins, l'ULA s'est entièrement réconciliée avec l'idée que le système capitaliste puisse offrir un futur viable, si seulement ses pires excès étaient régulés. C'est une organisation hostile à toute lutte indépendante de la classe ouvrière, et entièrement orientée vers la défense de l'ordre bourgeois. Ce n'est qu'en rejetant ce groupe de pseudo-gauche et en engageant la lutte pour un gouvernement ouvrier dans le cadre d'une réorganisation socialiste de l'Europe, que les travailleurs peuvent se défendre contre le désastre social qui leur est imposé par l'élite dirigeante. 

(Article original paru le 17 décembre 2012)