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Un ancien contrôleur du TARP dénonce le camouflage par le gouvernement américain des crimes de Wall Street

Par Andre Damon et Barry Grey
1 août 2012

Suite à la publication de son nouveau livre intitulé Bailout (Sauvetage) qui porte sur le programme américain de sauvetage des banques à hauteur de 700 milliards de dollars – le Plan de sauvetage des actifs à risque (TARP) – Neil Barofsky a donné de nombreuses entrevues. Celui qui fut inspecteur général du TARP a dénoncé les régulateurs des banques et les hauts responsables des gouvernements Bush et Obama pour avoir camouflé les activités criminelles de Wall Street, tant avant qu’après le krach financier de septembre 2008.

Lors d’une interview accordée jeudi dernier au blog Daily Ticker, Barofsky a accusé le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, d’avoir aidé les banques dans leur manipulation du Libor, le taux interbancaire de référence mondiale, alors qu’il était le président de la Federal Reserve Bank de New York (Fed). Il a occupé ce poste de 2007 à 2008 avant de rejoindre l’administration Obama. Des documents publiés récemment ont montré que Geithner avait été au courant dès 2007 de ce que la banque Barclays sise à Londres communiquait de fausses informations au directoire du Libor dans le but de dissimuler ses faiblesses financières.

Geithner s’était contenté d’écrire à la Banque d’Angleterre en suggérant d’apporter certains changements au mécanisme de fixation du Libor sans faire de commentaires publics et en omettant de notifier les régulateurs au Département américain de la Justice, à la Commodity Futures Trading Commission (agence gouvernementale américaine chargée de la régulation des activités des marchés à terme) et à la Securities and Exchange Commission (Commission de sécurisation des échanges bancaires), quand bien même les principales banques américaines auraient été impliquées dans la manipulation des taux.

Dans son interview, Barofsky a rejeté les affirmations de Geithner d’avoir agi de façon irréprochable. En qualifiant le scandale du Libor de « complot mondial pour définir l’un des plus importants taux d’intérêt du monde », l’ancien inspecteur général du TARP a dit, « [Geithner] a obtenu cette information et a fermé les yeux. Geithner et les autres régulateurs devraient être tenus pour responsables, ils devraient tous être virés. S’ils ont su qu’une escroquerie était en cours, et s’ils n’ont rien fait pour l’empêcher, ils ne méritent pas d’avoir les postes qu’ils occupent aujourd’hui. J’espère voir des gens menottes aux poings. »

Durant la même interview, tout comme dans d’autres, accordées la semaine passée, Barofsky a été cinglant pour décrire la domination de Wall Street sur Washington et la servilité des deux principaux partis à l’égard de l’élite financière. « C’était choquant », a-t-il dit au Daily Ticker, « de voir à quel point les grandes banques pouvaient contrôler leur propre sauvetage et combien de fois elles ont dicté les conditions de certains programmes du TARP, et la considération énorme que les responsables du Trésor ont témoignée aux banques. Sur ces questions fondamentales, je n’ai remarqué aucune différence entre le gouvernement Bush et celui d’Obama. »

Le 23 juillet, lors d’une entrevue avec Charlie Rose sur CBS News, Barofsky avait fait référence aux points clé de son compte rendu du TARP, dont l’absence de toute restriction quant à l’utilisation que font les banques des fonds de renflouement et au fait qu’elles n’étaient même pas tenues de dire au gouvernement ce qu’elles feraient de l’argent des contribuables que celui-ci leur avait octroyé.

« Je me suis rendu compte que Washington avait été pris en otage par un petit groupe de banques très puissantes de Wall Street… Ce ne sont pas les démocrates, ce ne sont pas les républicains, il n’y avait qu’un seul camp politique… [Geithner] applique une politique qui a vu nos plus grandes banques, les institutions trop grandes pour faire faillite, devenir plus puissantes que jamais et politiquement bien plus liées au gouvernement. »

Dans son livre, Barofsky tourne en dérision le cynisme des affirmations faites lorsque le président Bush, le candidat Obama et les dirigeants du congrès des deux partis cherchaient à faire adopter à toute vitesse la loi TARP à l’encontre d’une opposition populaire de masse, en disant que le sauvetage profiterait tant à Main Street qu’à Wall Street. Il a indiqué par exemple que le programme de modification des hypothèques du gouvernement – censé aider des millions de propriétaires d’habitation – n’avait dépensé que 3 milliards de dollars sur les 50 milliards impartis à cet effet.

Barofsky, qui a avait occupé jusqu’à sa démission en février dernier le poste d’inspecteur général au Trésor chargé du TARP, est bien placé pour documenter la collusion entre le gouvernement et les banques. Il a publié de nombreux rapports lorsqu’il était en poste pour le TARP en révélant le manque de tout contrôle véritable du gouvernement sur l’argent des contribuables injecté aux banques ainsi que l’absence de toute prise de décision pour garantir que des sociétés de Wall Street, comme Goldman Sachs, ne récupèrent aux frais de l’État des milliards en dollars de pertes éventuelles.

Barofsky qui, conformément à la loi TARP élaborée par les avocats de Wall Street et ratifiée par le Congrès, ne jouit d’aucun pouvoir exécutoire, fut tout simplement ignoré par Geithner et le gouvernement Obama et ses analyses en grande partie étouffées par les médias.

Le livre de Barofsky a été accueilli de la même façon dans la presse, tout comme les rapports publiés l’année dernière par la Commission d’enquête sur la crise financière (Financial Crisis Inquiry Commission) et la Sous-Commission d’enquête permanente du Sénat (Senate Permanent Subcommittee on Investigations) qui juste avant le krach financier de 2008 avait documenté en détail les activités frauduleuses et illégales des banques.

Quatre ans après la crise provoquée par les banques, pas un seul banquier n’a été poursuivi en justice et encore moins condamné. Entre-temps, ces mêmes banquiers, et les responsables gouvernementaux qui les ont protégés et qui ont veillé à ce qu’ils s’enrichissent de plus en plus exigent que les travailleurs américains acceptent, conformément à la « nouvelle norme », des salaires inférieurs à 13 dollars en plus de la destruction des retraites, des soins de santé et des conditions de travail.

Toutefois, Barofsky, un démocrate, n’arrive pas à tirer de ses déclarations les conclusions qui s’imposent. Il suggère plutôt que la colère populaire pourra « semer les graines pour le type de réforme qui un jour libérera notre système de l’empoigne corrompue des machines à sous. »Les activités criminelles du système financier et la duplicité des institutions officielles ne sont toutefois pas que de simples aberrations ou les imperfections d’un système autrement sain. Elles sont l’expression de la putréfaction et de l’échec du système capitaliste en soi. Sa crise mortelle est avant tout reflétée dans le degré de plus en plus élevé de l’inégalité sociale.

Il n’y a pas d’autre moyen de briser le pouvoir de l’oligarchie financière qu’en armant d’un programme socialiste un mouvement de masse de la classe ouvrière, dont la confiscation de la richesse illégalement acquise de la mafia financière et la nationalisation des banques et des grands groupes en les plaçant sous le contrôle démocratique de la population laborieuse.

Voir aussi:

Le scandale de JPMorgan: la pointe de l’iceberg

[18 juillet 2012]

US treasury secretary covered up banks’ rigging of global rates

[16 juillet 2012] en anglais seulement

Le scandale du Libor révèle au grand jour comment les banques manipulent les taux d’intérêt de référence mondiale

[7 juillet 2012]

(Article original paru le 31 juillet 2012)