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Budget d'automne au Royaume-Uni: l'austérité sans fin pour les travailleurs

Par Julie Hyland
10 décembre 2012

Le chancelier de l'Echiquier (ministre des Finances) britannique George Osborne a annoncé le mercredi 4 décembre dans sa déclaration sur le budget qu'il prolongeait les mesures d'austérité jusqu'en 2018 et il a dévoilé un nouvel assaut contre les prestations sociales, les retraites et les enseignants.

Jusque là, la coalition des Conservateurs et des Libéraux-démocrates avait fixé le montant total des mesures d'austérité à 155 milliards de livres (190 milliards d'euros) – dont 60 pour cent doivent encore être mis en œuvre. Les dépenses publiques ont été sabrées, les salaires du secteur public ont été gelés, les retraites pillées, les prestations sociales étant les plus touchées. Selon le quotidien Guardian, les mesures de la coalition représentent déjà « le programme d'austérité le plus long et le plus dur imposé dans un pays riche depuis 1945 ». Osborne y a ajouté 5 milliards de livres (6,2 milliards d'euros) de coupes budgétaires et prolongea sa durée jusqu'à la prochaine législature.

On a prétendu que cette peine était nécessaire afin de rééquilibrer l'économie. Mais quelques jours seulement avant l'annonce du budget de Osborne, l'OBR (Office for budget responsibility – Bureau pour la responsabilité budgétaire) avait renversé sa prédiction de 0.8 pour cent de croissance cette année et prévu une contraction de l'économie de 0,1 pour cent. Il avait revu sa prévision de 2 pour cent d'augmentation du PIB pour l'année prochaine à 1,2 pour cent. Les commentateurs ont parlé d'une « récession à triple creux » au Royaume-Uni.

Le chancelier continue néanmoins de prétendre que « la Grande-Bretagne est sur la bonne voie » tout en avertissant de ce qu'« il fallait faire bien plus encore ». Le problème était que la Grande-Bretagne a accumulé « de la dette sur toute une décennie » sous le gouvernement travailliste, dit il et était confrontée à la crise de la zone euro, et il y avait la crainte d'un « précipice budgétaire » aux Etats-Unis. « Renoncer » à l'austérité maintenant « serait un désastre ».

Ses déclarations faisaient écho à ce qu'avait dit le premier ministre David Cameron dans un discours devant la Confédération de l'Industrie britannique où il avait dit que le Royaume-Uni se trouvait dans « ce qui équivalait à une guerre économique » et que « dans cette course mondiale ou bien on agit vite ou bien on meurt ».

Le budget du 4 décembre met en évidence qu'il s'agit d'une guerre économique contre la classe ouvrière, son objectif étant de pousser les salaires et le niveau de vie vers le bas pour atteindre les niveaux en vigueur en Chine et en Inde.

Osborne affirma que son budget ferait en sorte que « ceux qui a[vaient] le plus contribuer[aient] le plus ». En réalité, au centre de ce budget il y a une escalade de l'assaut mené contre les prestations sociales. Osborne annonça des coupes budgétaires des allocations sociales de 14,2 milliards de livres (17,5 milliards d'euros) en plus des 18 milliards de livres (22,3 milliards d'euros) déjà réalisés.

Des dizaines de milliers de personnes ont été forcée de renoncer à leurs allocations sociales ou de prendre part à des programmes de travail obligatoire, tandis qu'on a sabré les allocations logement et les allocation d'invalidité. Quelque 4 milliards de livres (5 milliards d'euros) par ans doivent être économisés par la suppression de l'indexation des diverses prestations sur l'inflation et par la limitation de toute augmentation à un pour cent par an. Dans des conditions où le taux d'inflation indiqué par l'indice général des prix à la consommation est de 3,2 pour cent et où l'allocation chômage est présentement à juste 12 pour cent du salaire moyen, cela aura un impact dévastateur.

Osborne dit que cela devrait se faire dans l'intérêt de la « justice », affirmant qu'il était pour ceux qui « travaillent dur et avancent dans la vie » tandis que leur voisin se tourne les pouces, « est endormi, et vit une vie financée par les prestations sociales.»

Cette calomnie des chômeurs qu'on décrit comme des paresseux et des parasites a lieu dans des conditions ou des centaines de milliers d'emplois sont détruits. Un million de jeunes sont sans travail, et n'ont guère de perspective d'en obtenir un. De plus, la grande majorité de ceux qui reçoivent une allocation sont des gens qui travaillent mais ont un salaire si bas qu'il ne suffit pas à payer les objets et les aliments de première nécessité.

Ce ne sont pas seulement les chômeurs qui sont visés. Il y a des analyses qui montrent que la totalité de ceux qui gagnent moins de 150 000 livres (186 000 euros) par an – le revenu à partir duquel on fait partie du un pour cent supérieur de la population – sera plus pauvre l'an prochain en conséquence des mesures appliquées. Le seuil à partir duquel on est imposé à 40 pour cent doit être relevé de juste un pour cent, moins que le taux d'inflation. On s'attend à ce que 400.000 personnes de plus entrent dans cette catégorie. Le montant annuel versé pour le financement d'une retraite sans que ce financement ne soit imposé, sera lui aussi abaissé de 50.000 à 40.000 livres (de 62.000 à 49.000 euros) à partir de 2014.

L'affirmation selon laquelle cela constitue une « attaque contre les riches » est un autre mensonge. La plupart de ceux que cela touche font partie de la classe moyenne et ne font pas du tout partie des riches. Pour ce qui est de ceux qui sont réellement riches, Osborne a défendu la décision du gouvernement d'abaisser le plus haut taux de taxation de 50 à 45 pour cent pour ceux qui gagnent plus de 150 000 livres par an. La taxe sur les bénéfices doit, elle aussi, être réduite, d'un pour cent, à 21 pour cent en 2014.

Osborne a affirmé que « des taux d'imposition punitifs ne contribuaient en rien à faire rentrer de l'argent et décourageaient simplement l'entreprise et l' investissement vers la Grande-bretagne. Il se vanta de ce que le Royaume-Uni rattrapait des rivaux tels que l'Irlande et le Luxembourg, déclarant que ceci était « le taux d'imposition le plus bas de toutes les économies occidentales. C'est une publicité pour notre pays qui dit : venez ici; investissez ici; créez des emplois ici; la Grande-Bretagne est ouverte pour les affaires.»

L'annonce est venue au moment où des grandes entreprises mondialisées comme Amazon, Google et Starbucks faisaient parler d'elles parce qu'elles profitaient de mesures permettant d'éviter de payer des impôts ou de n'en payer que de très réduits au Royaume-Uni. Un rapport du Comité permanent des comptes publics montre qu' Amazon UK par exemple, avait annoncé un chiffre d'affaire de 207 millions de livres pour 2011 mais n'a dû payer que 1,8 million de livres en impôts. Starbucks a enregistré des ventes de 3 milliards de livres au Royaume Uni sur une période de 13 ans et n'a payé que 8,6 millions de livres d'impôts en tout, tandis que Google a encaissé 2,5 milliards de livres au Royaume-Uni l'an dernier et n'a payé que 3,4 millions de livres d'impôts.

Certaines estimations prévoient que la part du revenu national dépensée par l'Etat sera de 39,5 pour cent en 2017-2018 alors qu'elle était de 48 pour cent en 2009-2010. Osborne annoncé des coupes supplémentaires de 1 pour cent cette année et de 2 pour cent l'année prochaine dans les budgets de divers ministères tandis que les budgets des municipalités seront réduits de 2 pour cent supplémentaires en 2014.

Son affirmation que le National Health Service (NHS- Service national de santé) et l'Education seraient exemptés de coupes n'est pas à prendre au sérieux. Au début de la semaine dernière, l'Office national de la statistique a confirmé que l'affirmation du gouvernement selon laquelle il avait augmenté les dépenses de santé en Angleterre était fausse et que « les dépenses réalisées dans le cadre du NHS en termes réels étaient inférieures en 2011-2012 à celles de 2009-2010. »

Quant à l'Education, Osborne a déclaré que le gouvernement était en train de jeter aux orties les conventions salariales nationales pour les enseignants. Les directeurs d'école ont déjà la possibilité de déterminer le niveau des salaires dans les « académies » (établissements scolaires semi-privatisés n.d.t.) et les soi-disant écoles libres qui s'appuient sur une forme de sponsorisation privée. Cela doit être élargi à l'ensemble du secteur public. Le gouvernement a l'intention de se servir des enseignants pour une offensive plus large ayant pour objectif la baisse des salaires et la détérioration des conditions de travail.

L'affirmation d'Osborne selon laquelle seuls les enseignants seraient touchés par ces mesures, et que les employés de l'Etat et du National Health Service seraient protégés, est un mensonge. Les employeurs du NHS sont en train d'établir de cartels salariaux, comme le font par exemple les Service de santé dans le Sud-Ouest du pays, dans le but de casser les accords existants sur les salaires et les conditions de travail ou encore de se débarrasser d'accords nationaux hôpital par hôpital. Cet assaut a été encouragé par la totale capitulation, après quelques protestations de pure forme, des syndicats lors de l'attaque des retraites.

Dans le cas du NHS du Sud-Ouest, la fondation NHS qui contrôle les Hôpitaux royaux de Bournemouth et Christchurch, s'est retirée du cartel salarial après que les syndicats aient accepté les réductions de salaires et la détérioration des conditions de travail demandées par cet employeur et elle a entrepris de les imposer au niveau national.

Malgré ces mesures, l'agence de notation Fitch a averti de ce qu'elle avait limité dans le temps la note triple A du Royaume Uni. Le Financial Times a rapporté que la décision d'Osborne de ne pas augmenter les impôts ou de ne pas couper de façon substantielle les dépenses publiques avait causé des inquiétudes quant au fait que « l'engagement du gouvernement de régler les finances publiques faiblissait. »

(Article original publié le 8 décembre 2012)