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L’austérité sans fin

Par Peter Schwarz
1 décembre 2012

Les médias ont en grande partie ignoré le principal message qu’a délivré lundi 26 novembre la réunion des ministres des Finances de la zone euro : à savoir que la population grecque sera confrontée à des années, si non des décennies d’austérité.

En comparaison, les titres des articles publiés par les médias – à savoir si la dette grecque sera inférieure à 120 pour cent du produit intérieur brut (PIB) en 2020 ou en 2022 ; si les taux d’intérêt des prêts seront abaissés ou si une décote de la dette sera imposée – ont été de nature secondaire et en grande partie hypothétique. Ces titres se sont résumés à la question de savoir quelle quantité de restes alimentaires donner à une victime pour pouvoir l’exploiter le plus longtemps possible avant qu’elle ne meure.

Malgré leurs divergences sur un nombre de questions, les ministres des Finances rassemblés, la directrice du FMI, Christine Lagarde et le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, ont tous été d’accord pour que la Grèce soit saignée à blanc. Si tout se déroule conformément à leurs projets, la Grèce commencera à générer un important excédent budgétaire dont chaque centime ira directement dans les coffres des banques internationales. Compte tenu de la dévastation sociale qui a déjà été causée par trois années d’austérité, il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre que ceci signifie la ruine totale du pays.

On soumet la Grèce à une expérience sociale sans pareille dans les pays occidentaux depuis la Première Guerre mondiale. On n’associe une dévastation comparable qu’à des dictatures militaires sanglantes comme celle de Pinochet au Chili ou bien à ce qui a eu lieu après l’effondrement de l’Union soviétique, c’est-à-dire au pillage et à la destruction de l’ensemble de l’économie aux mains d’oligarques criminels.

La Grèce sert de modèle pour l’ensemble de l’Europe et même pour le monde entier. Après avoir plongé le monde dans la crise en 2008 et après avoir été renflouées avec des milliers de milliards d’argent des contribuables, les banques insistent pour que ces fonds soient récupérés au moyen de coupes massives dans les salaires et les conditions sociales.

La « discipline budgétaire » est devenue une divinité adorée par tous les partis traditionnels. Ils ont créé leurs propres mécanismes – le frein à l’endettement en Europe, le mur fiscal aux Etats-Unis – pour anéantir tous les acquis sociaux obtenus dans le passé par la classe ouvrière. Les profits des banques et les biens des riches sont sacrosaints alors que les droits sociaux de centaines de millions sont foulés aux pieds.

Le capitalisme se présente à nouveau comme Karl Marx l’avait décrit : une société de classe brutale fondée sur l’exploitation des travailleurs par les détenteurs du capital, dont le résultat est l’enrichissement de quelques-uns et l’appauvrissement de la grande majorité.

La résistance à cette contre-révolution sociale grandit rapidement. Les informations venant de la Grèce montrent une amertume, une colère et une indignation généralisées. Des grèves et des manifestations ont balayé le Portugal et l’Espagne où des plans d’austérité sont en vigueur. Mais, l’opposition ne crée pas spontanément une perspective politique viable.

Les syndicats et une kyrielle d’organisations politiques cherchent à contenir l’opposition et à la mener dans une impasse. Un rôle clé est joué par la Coalition de la Gauche radicale grecque (SYRIZA). Tout en condamnant la politique d’austérité en paroles, elle ne se lasse pas de souligner son soutien au maintien de la Grèce dans l’Union européenne et sa volonté de rembourser la dette du gouvernement grec. Elle offre ses services aux créanciers internationaux en tant qu’alternative politique à la coalition gouvernementale chancelante dirigée par Antonis Samaras. Elle prétend que grâce à son image de gauche et à ses relations avec les syndicats elle est mieux placée pour imposer les coupes budgétaires.

Un certain nombre de partis d’une pseudo gauche présentent SYRIZA comme un modèle pour l’Europe. Dans une déclaration commune, le dirigeant du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, et Oskar Lafontaine, le dirigeant du parti Die Linke (La Gauche), ont appelé au développement de « nouvelles majorités politiques de gauche » en Europe basées sur l’exemple de SYRIZA.

Lafontaine et Mélenchon « constatent avec consternation l’usage qui est fait de l’Union européenne comme outil d’une politique d’austérité généralisée » et que « la démocratie européenne n’oppose plus aucune résistance aux injonctions du capital financier, ses agences de notation, et ses marchés. » Comme si on pouvait attendre de ces organisations qu’elles fassent autre chose que ce qu’elles font.

Lafontaine et Mélenchon cultivent délibérément l’illusion que l’Union européenne, l’instrument des intérêts patronaux européens les plus puissants, et les partis sociaux-démocrates peuvent être contraints par la protestation à représenter les intérêts des travailleurs.

En réalité, les gains sociaux et les droits démocratiques de la classe ouvrière en Grèce et en Europe ne peuvent être défendus que sur la base d’une perspective révolutionnaire pour le renversement du système capitaliste et la réorganisation de la société sur une base socialiste. SYRIZA, les Partis de gauche, les syndicats et la multitude d’organisations de la pseudo-gauche alliées aux syndicats sont farouchement opposés à une telle perspective.

Une rupture avec ces organisations est la condition préalable essentielle pour mener à bien une lutte contre les attaques perpétrées par l’Union européenne. Les travailleurs et les jeunes doivent s’organiser indépendamment en s’unifiant à travers l’Europe. Ils doivent lutter pour la mise en place de gouvernements ouvriers et pour les Etats socialistes unis d’Europe. Mais avant tout, ils doivent construire leur propre parti révolutionnaire – le Comité International de la Quatrième Internationale et ses sections, les Partis de l’Egalité socialiste.

(Article original paru le 29 novembre 2012)