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Premier Congrès national du PES (Australie)

Résolution 7: Il faut bâtir le PES!

Parti de l'égalité socialiste (Australie)
12 décembre 2012

Voici la dernière de sept résolutions adoptées à l’unanimité lors du premier congrès national du Parti de l’égalité socialiste (Australie) qui s’est tenu du 6 au 9 avril 2012 à Sydney.

1. Le premier congrès national du Parti de l’égalité socialiste a pris place lors du quarantième anniversaire depuis la fondation de la Ligue socialiste des travailleurs (en anglais, Socialist Labour League ou SLL), le prédécesseur du PES. En 1972, le congrès de fondation de la SLL a pris la décision historique de s’affilier au Comité international de la Quatrième internationale (CIQI) en devenant sa section australienne. Cette décision était basée sur la reconnaissance que seul le CIQI représentait la continuité historique du trotskysme et que la classe ouvrière australienne, comme ses homologues internationalement, pouvait défendre ses intérêts historiques que par la construction du parti mondial de la révolution socialiste.

2. Le PES est le fier héritier de quatre décennies de luttes infatigables pour établir l’indépendance politique de la classe ouvrière du travaillisme, du stalinisme et du syndicalisme, ainsi que de toutes les formes d’opportunisme national promues par les différentes tendances antimarxistes de la « gauche » qui tentent de subordonner la classe ouvrière au Parti travailliste et, par le fait même, à l’État capitaliste.

3. C’est sur les fondements de la lutte pour le programme trotskyste de la révolution socialiste mondiale que la SLL s’est alignée avec la majorité du CIQI dans la lutte contre les opportunistes nationaux du Workers Revolutionary Party et de leurs partisans au sein de la SLL, lors de la scission de 1985-86, et a pu jouer un rôle dans la renaissance du marxisme qui a suivi.

4. La lutte intransigeante menée depuis par le CIQI et le SLL-PES croise des processus objectifs puissants. Les luttes sociales qui ont émergé en 2011 ont confirmé les deux perspectives centrales du CIQI : premièrement, que l’intégration mondiale de la production signifiait que le prochain soulèvement de la classe ouvrière serait international tant dans sa forme que dans son contenu ; deuxièmement, que les contradictions objectives du mode de production capitaliste porteraient de nouveau la lutte des classes au centre de la politique mondiale.

5. De vastes changements dans l’économie mondiale lors des quatre dernières décennies, qui ont abouti à l’effondrement de l’ordre capitaliste amorcé par la crise financière de 2008, ont mené à la faillite des vieilles organisations et partis nationalistes qui ont dominé le mouvement ouvrier pendant des décennies. Aujourd’hui, tous les soi-disant « partis ouvriers » – incluant le Parti travailliste australien – qui ont joué un rôle clé pour soutenir l’ordre capitaliste, ont été complètement discrédités aux yeux de millions de personnes. Un vide politique s’est formé. Les changements dans la situation objective ont créé les conditions pour que s’effectuent des changements profonds dans la conscience politique.

6. Loin d’être « exceptionnelle », l’Australie a été jetée au beau milieu de la crise mondiale. Comme ses homologues au niveau international, la classe dirigeante australienne a répondu en lançant une offensive toujours plus grande contre le niveau de vie de la classe ouvrière. Tandis que les sociétés minières transnationales récoltent des profits sans précédent à partir d’exportations records de minerai et de gaz naturel, presque tous les autres secteurs de l’économie font face à des conditions de quasi-récessions qui sont aggravées par l’appréciation volatile de la monnaie australienne. Les grandes banques demeurent dépendantes des emprunts à l’étranger et sont menacées d’insolvabilité si un nouveau krach financier venait qu’à leur couper l’accès aux finances mondiales. Les gouvernements fédéral et étatiques ont mis fin à leurs mesures pour stimuler l’économie pour mettre en oeuvre des compressions sauvages qui répondent aux exigences des grandes sociétés en terme de surplus budgétaires. L’engagement du gouvernement travailliste de Gillard de transformer un déficit de près de 40 milliards en surplus d’ici la mi-2013 va nécessiter des mesures d’austérité encore plus grandes en proportion du PIB que celles qui sont présentement infligées à la classe ouvrière espagnole.

7. Le capital financier, représenté par les banques et les fonds d’investissement, soutient que le « modèle d’affaires » australien n’est plus compétitif au niveau international. Industrie après industrie, les syndicats collaborent avec les directions d’entreprises pour obtenir de la « flexibilité », incluant le droit sans entrave à utiliser un nombre toujours plus grand de travailleurs temporaires ou contractuels, qui n’ont aucun droit à la sécurité d’emploi, à des horaires normaux, à des indemnités de congé ou à d’autres conditions associées à des postes permanents à temps plein. Dans le secteur public, dans les banques ainsi que dans d’autres industries comme l’acier, le transport aérien ou l’automobile, la réduction des coûts est poursuivie sans relâche par l’élimination de postes à temps plein. Près de 40 pour cent de la main d’œuvre sont maintenant employés sur une base temporaire ou contractuelle, tandis que plus du tiers de tous les emplois sont à temps partiel, ce qui représente moins de 18 heures de travail par semaine.

8. Le chômage est en hausse et la croissance du nombre d’emplois en 2011 est à son plus bas en 20 ans. Le taux de chômage réel, qui inclut tous ceux qui recherchent un emploi, a atteint 10,3 % en janvier 2012 – près du double de la statistique officielle du gouvernement. Il est prévu que de 300 000 à 400 000 postes dans l’industrie manufacturière – sur à peine 1 million – sont à risque. Des centaines de milliers de postes de plus sont menacés dans les services publics, la construction et l’immobilier, le tourisme, les banques et la finance, les services d’information et d’éducation, ainsi que des les secteurs de l’agriculture et les industries dérivées. Au début de 2012, le niveau combiné du chômage réel et du sous-emploi a grimpé à 17,8 %, soit 2,2 millions de personnes.

9. L’austérité budgétaire et l’assaut du patronat sur les emplois et les conditions de travail vont approfondir les inégalités sociales, qui sont déjà à un niveau historique. Le revenu réel du 1 % des plus riches ménages australiens a grimpé de 189 % entre 1980 et 2007 – ce qui est comparable au taux d’augmentation aux États-Unis. Le 1 % supérieur des revenus, soit ceux qui excèdent 197 000 $, représentait 10 % de tous les revenus du pays en 2008, comparé à 5 % en 1980. Le 0,1 % supérieur a augmenté sa part du revenu total, passant de 1 % en 1980 à près de 4 % en 2008, pour la première fois depuis 1950. La part de la valeur nette détenue par les 20 % plus riches ménages australiens est passée de 58,6 % en 2003-2004 à 62,2 % en 2009-2010, tandis que la part qui revient au 20 % des ménages les plus pauvres est demeurée à un peu plus de 1 %. Au sommet de l’aristocratie capitaliste se trouve les 200 plus riches milliardaires et multimillionnaires, dont la fortune personnelle a augmenté de 23 % en 2010 pour s’élever à 167,3 milliards de dollars. À l’autre bout de l’échelle, 3,8 millions d’Australiens vivaient dans la pauvreté (définie, comme dans l’Union européenne et en Grande-Bretagne, comme quelqu’un qui vit avec moins de 60 % du revenu médian) en 2006, la dernière date pour laquelle ces statistiques sont disponibles. La même année, l’Australie a dépensé moins de la moitié de la moyenne de l’OCDE quant à l’aide aux revenus en proportion du PIB (3,2 % comparativement à la moyenne de l’OCDE de 6,5 %), malgré le fait que ce pays se situe au-dessus de la moyenne de l’OCDE quant à la proportion de gens en âge de travailler qui vivent dans des ménages où personne n’a d’emploi.

10. Ce congrès a décidé que le PES va intervenir décisivement dans les luttes sociales, économiques et politiques qui émergent, sur la base du programme marxiste du socialisme scientifique, qui exprime les intérêts historiques objectifs de la classe ouvrière. Ce qui distingue l’authentique marxisme de toutes les formes d’opportunisme national est son insistance que la classe ouvrière constitue la seule force révolutionnaire dans la société et que la tâche fondamentale des marxistes est de travailler sans relâche, politiquement, théoriquement et pratiquement, pour établir son indépendance politique. La révolution socialiste est le produit fini de ce travail soutenu et intransigeant. Il n’y a pas de raccourci tactique. L’indépendance politique de la classe ouvrière peut être réalisée seulement par l’éducation de ses couches les plus conscientes politiquement à partir des leçons des expériences stratégiques du dernier siècle.

11. Comme Lénine et Trotsky l’ont soutenu, la tâche du parti dans la préparation pour la révolution socialiste est d’« expliquer patiemment ». Cela n’a rien à voir avec le réformisme progressif. Cela veut dire que dans toutes les situations, le parti doit se battre pour son programme révolutionnaire et ses principes et ne pas hésiter à dire la vérité aux travailleurs : qu’il n’y a pas d’autres avenues progressistes que le renversement du capitalisme et la prise du pouvoir politique. « Expliquer patiemment » veut dire développer dans la classe ouvrière une compréhension matérialiste historique de ses tâches politiques, même lorsque cela entre en conflit avec la conscience et l’état d’esprit du moment.

12. Ce congrès affirme que le travail du PES et de ses membres est basé sur la compréhension léniniste selon laquelle peu importe la grandeur d’un mouvement spontané, ou peu importe sa puissance formelle, il peut seulement aller de l‘avant dans la mesure où les travailleurs deviennent conscient de leurs tâches et de leurs intérêts historiques et objectifs. Autrement dit, le travail du PES vise à rendre la classe ouvrière consciente de ses propres efforts, dont elle est à ce point-ci inconsciente, pour mettre fin à la guerre impérialiste, à l’exploitation, à la répression et aux inégalités et pour reconstruire la société sur des fondations vraiment démocratiques et égalitaires. Peu importe les vicissitudes immédiates présentes dans la situation actuelle, les initiatives politiques, théoriques et pratiques du parti vont jouer un rôle décisif dans le développement du mouvement actuel de la classe ouvrière, développant une situation authentiquement révolutionnaire et créant les conditions pour la conquête du pouvoir politique.

13. Le PES va faire tout son possible pour gagner les éléments les plus conscients politiquement au socialisme. Il va sans relâche exposer les efforts des groupes de la pseudo-gauche de la classe moyenne qui sème des illusions dans le Parti travailliste, les syndicats et les Verts dans le but de piéger la classe ouvrière dans les limites du cadre en faillite du parlementarisme et de l’État-nation. De la même façon, il va démasquer leurs tentatives de faire des regroupements, dont le but est de créer de nouveaux mécanismes pour faire obstacle à l’émergence d’un mouvement de masse, indépendant et socialiste de la classe ouvrière, fournissant ainsi à la bourgeoisie plus de temps pour faire ses préparatifs contre-révolutionnaires.

14. Ce congrès met l’accent sur le rôle critique des jeunes dans la lutte pour le socialisme. Comme leurs homologues à travers le monde, les jeunes en Australie font les frais de la crise mondiale et font face à un avenir, sous le capitalisme, marqué par le chômage de masse et la guerre. Le PES va se battre activement pour le développement de clubs des Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (EJIES) dans les universités, les collèges et les écoles à travers le pays, pour l’éducation des étudiants et des jeunes sur l’histoire, le programme et les perspectives du CIQI et pour les orienter vers la classe ouvrière. Une offensive théorique pour défendre le marxisme et contre l’idéalisme subjectif sous toutes ses formes, incluant le postmodernisme, occupera une place centrale dans cette lutte. Le PES va clarifier le rôle réactionnaire des « politiques identitaires », qui cherchent à nier la primauté de la lutte des classes, ainsi que le slogan anarchiste « pas de politique », promu internationalement par la pseudo-gauche dans le cadre du mouvement Occupy, qui est dirigé contre les politiques révolutionnaires et qui, ainsi, maintient la domination des politiques de la bourgeoisie.

15. Ce congrès déclare que la pierre angulaire du programme du PES est de forger l’unité internationale de la classe ouvrière. Le congrès dénonce toutes les formes de nationalisme, de racisme et de chauvinisme qui sont déterrées par la bourgeoisie et son establishment politique et médiatique pour détourner les tensions sociales générées par la crise du capitalisme contre les sections les plus vulnérables de la société, incluant les réfugiés, les immigrants et la population autochtone du pays.

16. Dans toutes les luttes de la classe ouvrière, le PES va encourager le développement de nouvelles organisations, entièrement indépendantes et opposées aux syndicats et à l’establishment politique officiel, incluant des comités de la base sur les lieux de travail pour défendre les emplois, les salaires et les conditions de travail, ainsi que des comités d’action pour défendre les droits sociaux comme l’éducation, la santé, le logement et l’environnement. De telles organisations vont lutter pour le développement de toutes ces luttes afin qu’elles incluent toutes les sections de la classe ouvrière – les travailleurs et les chômeurs, les jeunes et les personnes âgées, les travailleurs qualifiés ou non, ceux qui sont nés en Australie et les immigrants – dans un mouvement commun à travers les industries, les lieux de travail, les villes et les villages et un mouvement qui tend la main aux travailleurs internationalement.

17. Le PES va développer et adopter un programme de demandes transitoires pour ces luttes, qui débutent avec les besoins immédiats de la classe ouvrière et qui la dirige vers la conquête du pouvoir politique par l’établissement d’un gouvernement ouvrier basé sur des politiques socialistes. Le but d’un tel programme est, comme Trotsky l’a expliqué, d’ « aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont qui relie leurs revendications actuelles au programme de la révolution socialiste ». Le programme sera basé sur la conception que la classe ouvrière a des droits sociaux fondamentaux, incluant des emplois à temps plein et bien payés, des logements décents ainsi qu’une éducation et des soins de santé gratuits et de haute qualité qui sont tous essentiels dans la société mondiale et complexe de masse contemporaine. Conséquemment, ces droits sont non-négociables. L’expérience de la lutte pour ces droits sociaux va aider à clarifier à la classe ouvrière qu’ils peuvent être réalisés seulement par la prise du pouvoir, c’est-à-dire en renversant le système de profit et en établissant la démocratie la plus complète dans tous les aspects de la vie politique, économique et sociale.

18. Par ce congrès, le PES s’engage à collaborer le plus étroitement possible avec le CIQI et toutes ses sections en regard du développement du World Socialist Web Site. Le site est devenu, comme le CIQI le souhaitait lorsqu’il fut lancé en 1998, l’échafaudage d’un nouveau mouvement socialiste et internationaliste de la classe ouvrière et de nouvelles sections du CIQI.

19. Ce congrès déclare que l’indépendance politique de la classe ouvrière s’exprime, au plus haut niveau, par le recrutement de travailleurs et de jeunes au PES. La capacité du mouvement de masse à venir de résister aux immenses pressions qui seront générées par la bourgeoisie et tous ses agents dans une période de soulèvement révolutionnaire dépendra de sa conscience socialiste et de sa direction marxiste. Ce congrès affirme que le travail du PES, de ses cellules et de ses visera à gagner de nouvelles forces dans le parti et à les éduquer sur la base des fondements historiques et internationaux du PES et du CIQI, le parti mondial de la révolution socialiste.