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La signification historique de l’accélération du marasme mondial

Par Nick Beams
6 décembre 2012

L’importante révision à la baisse des prévisions économiques des 34 membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) est la dernière d’une série d’avertissements lancés par les principales organisations économiques internationales quant à une récession mondiale.

L’OCDE a réduit de 0,8 pour cent de points ses prévisions de croissance par rapport à ce qu’elles étaient il y a six mois – elles passent de 2,2 pour cent à 1,4 pour cent en 2013 – et a également mis en garde contre la possibilité d’une « profonde récession et déflation, accompagnée d’une sensible augmentation supplémentaire du chômage. »

En faisant remarquer que « la plus grande menace pour l’économie mondiale » continuait de venir de la zone euro, elle a indiqué que les conditions budgétaires de certains pays « risquaient de déclencher une série d’événements qui pourraient nuire considérablement à l’union monétaire et précipiter l’économie dans une récession. » En montrant clairement le caractère inextricable des problèmes qui affectent l’économie mondiale, elle a souligné que « des signes d’une sortie de crise avaient plus d’une fois fait place à un ralentissement ou même à une récession à double creux dans certains pays, » et que le « risque d’une importante contraction ne pouvait être exclue. »

Suite aux révisions à la baisse, par le Fonds monétaire international, de ses prévisions pour la croissance mondiale, la signification des données de l’OCDE réside dans le fait qu’elle concerne les principales économies capitalistes, jadis la locomotive de l’expansion mondiale.

L’OCDE prévoit que la zone euro se contractera de 0,1 pour cent en 2013, après une baisse cette année de 0,4 pour cent. Il a été prédit que la croissance aux Etats-Unis serait d’à peine 2 pour cent – en dessous du niveau requis pour une augmentation de l’emploi – une baisse par rapport aux prévisions précédentes de 2,6 pour cent. Au Japon, la croissance a été revue à la baisse, passant de 1,5 pour cent à 0,7 pour cent. Mais ce chiffre pourrait baisser davantage encore car l’on s’attend à ce que l’économie japonaise connaisse une croissance négative pendant les deux derniers trimestres de cette année.

Mis à part les chiffres concernant l’économie mondiale en général, une série de données émanant de divers pays et régions vont dans le même sens.

Vendredi dernier, il a été annoncé que le chômage était passé de 10,4 pour cent, il y a un an, à 11,7 pour cent partout dans la zone euro. L’Espagne et la Grèce connaissent déjà des niveaux de chômage dignes d’une dépression, soit de 25 pour cent ou plus. A présent, les économies plus fortes sont affectées. Les dépenses de consommation des ménages en France ont reculé en octobre tandis qu’en Allemagne les ventes au détail ont chuté de façon inattendue le même mois.

Les affirmations selon lesquelles une croissance élevée dans les soi-disant économies émergentes donnerait une impulsion à l’économie mondiale en général ont déjà été remises en question par le ralentissement de l’économie chinoise. Les nouvelles données en provenance du Brésil et de l’Inde leur ont porté un coup supplémentaire.

Le produit intérieur brut du Brésil n’a progressé que de 0,6 pour cent au troisième trimestre, ce qui indique que son économie est sur le point d’enregistrer le plus bas taux de croissance annuelle en dix ans. Le taux de croissance de l’Inde a également dégringolé en septembre de 5,5 pour cent à 5,3 pour cent, et l’on prédit qu’il enregistrera sa plus faible croissance pendant une décennie.

Ces chiffres montrent que loin de connaître une reprise économique « imminente » l’économie mondiale est en train de sombrer plus profondément dans la récession.

De plus, ces chiffres ont une profonde signification historique. Ils soulignent l’analyse faite par le World Socialist Web Site que la crise financière qui a éclaté en 2008 n’a pas un caractère conjoncturel, mais signifie l’écroulement de l’économie capitaliste mondiale et dont les implications économiques, sociales et politiques sont considérables.

Il s’agit d’un moment charnière de ce que Léon Trotsky a appelé la courbe du développement capitaliste. L’économie capitaliste, a-t-il expliqué, est caractérisée par deux processus fondamentaux : les fluctuations du cycle des affaires, qui accompagnent le capitalisme de la naissance à la mort, et des périodes de changements plus longues dans la structure de l’économie mondiale et qui déterminent le caractère de périodes historiques entières.

Trotsky a développé son analyse au début des années 1920 en examinant la signification de l’effondrement qui avait eu lieu avec l’éruption de la Première Guerre mondiale en 1914. Alors que le cycle des affaires se poursuivait, a-t-il expliqué, le capitalisme ne serait pas en mesure de retrouver son équilibre d’avant-guerre.

Cette analyse a été confirmée par tous les événements qui ont suivi. Pendant plus de trois décennies après le déclenchement de la guerre, le capitalisme mondial a été caractérisé par le chômage de masse, la dépression, l’appauvrissement de millions de personnes, le fascisme et l’aggravation des conflits inter-impérialistes, conduisant à une nouvelle guerre mondiale encore plus destructrice que la première.

L’équilibre capitaliste fut finalement restauré mais uniquement sur la base des trahisons des luttes révolutionnaires de la classe ouvrière aux mains des directions stalinienne et sociale-démocrate et, comme Trotsky l’avait prédit, au prix du sang et des os de centaines de millions de gens.

A présent, un nouvel effondrement est en cours, qui est tout aussi important que celui de 1914. Cette fois-ci, il a commencé non pas avec une guerre mondiale, mais avec un quasi écroulement du système financier mondial. Et les conséquences en seront les mêmes, à moins que le système capitaliste ne soit renversé.

L’effondrement de 2008 avait été préparé par une spéculation financière de plus en plus frénétique et qui avait occasionné l’émergence du parasitisme et d’une criminalité avérée en tant que principal mode d’accumulation de richesse. Mais, l’effondrement du château de cartes financier n’a pas signifié le retour aux conditions « normales » d’avant. Au contraire, il a marqué le début d’une nouvelle période de l’histoire caractérisée, pour reprendre les termes de Trotsky, par « les convulsions plus grandes dans les relations entre classes et entre Etats. »

Les relations internationales sont marquées par la dérive dans un banditisme manifeste à une échelle qui ne s’était jamais vue depuis les agissements des nazis dans les années 1930, alors que les Etats-Unis cherchent à sortir de la crise aux dépens de leurs rivaux.

Quatre ans après cet effondrement, les dernières données montrent que la bourgeoisie n'a aucune politique économique pour surmonter sa crise historique. Elle n’a qu’une seule réponse à fournir : injecter de nouvelles réserves de richesse dans les artères sclérosées du système capitaliste en détruisant tous les acquis sociaux gagnés par la classe ouvrière durant la période d’après-guerre pour la ramener aux conditions des années 1930 et au-delà, au moyen des séries de plans d’austérité qui sont actuellement appliqués partout dans le monde.

La réponse de la classe ouvrière face à cette contre-révolution sociale doit être le développement et la lutte pour sa propre stratégie indépendante: le programme de la révolution mondiale par le renversement du système capitaliste et son remplacement par une économie socialiste planifiée.

Le Comité international de la Quatrième Internationale est l’unique parti au monde à lutter pour cette perspective.

(Article original paru le 4 décembre 2012)