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Le « mur fiscal » et le démantèlement de Medicare

Par Kate Randall
11 décembre 2012

Il devient de plus en plus clair que tout accord conclu lors des négociations avec Washington sur le « mur fiscal » comprendra une extension de l’examen des ressources donnant droit à Medicare, programme d’assurance-santé pour les personnes âgées et les handicapés. L’introduction de frais supplémentaires liée au revenu signifiera la transformation de Medicare d’un programme de santé universel pour les personnes âgées à un programme de pauvreté, dont la première étape, la privation de fonds, aboutira finalement à son démantèlement.

Lors des pourparlers en cours sur la réduction du déficit, d’influents Démocrates du Congrès ont suggéré qu’ils sont favorables à un contrôle des ressources, à commencer par la hausse des taux de cotisation des bénéficiaires à revenu supérieur. Dick Durban de l’Illinois, sénateur de l’Etat du président Obama et deuxième plus puissant Démocrate siégeant au Sénat, a dit jeudi 6 décembre qu’un examen des ressources pour Medicare allait « assurément dans le sens du message démocratique selon lequel ceux qui sont les mieux lotis dans notre pays devraient être prêts à payer un peu plus. »

Le président de la Commission des Finances du Sénat, Max Baucus (Démocrate de Montana) avait la semaine passée qualifié cette idée « de plutôt attractive » tandis que le président du Caucus noir du Congrès (groupe de représentants afro-américains), Emanuel Cleaver (Démocrate du Missouri) avait suggéré qu’un examen des ressources serait un bon moyen pour réduire les dépenses de Medicare, et ce, prétendument sans réduction des prestations.

Le président Obama a déjà donné son aval à cette mesure. Durant les négociations de 2011 sur le plafond de la dette, il avait proposé d’augmenter les cotisations à Medicare des personnes âgées riches. Il avait précisé en juillet 2011, « On peut envisager une situation où, pour quelqu’un dans ma situation, payer un peu plus de cotisation ou de participation aux soins ou quelque chose comme ça, serait approprié. »

A première vue, la proposition que des personnes âgées bénéficiant d’un revenu supérieur « payent un peu plus » pour Medicare pourrait sembler raisonnable. Certains contrôles des ressources ont déjà été intégrés au programme. Depuis 2007, des personnes à revenu plus élevé bénéficiaires de Medicare versent des primes plus élevées pour des consultations médicales au cabinet du médecin.

Mais, il n’y a rien d’égalitaire en ce qui concerne les décisions de faire des contrôles de ressources une part essentielle de Medicare. C'est un changement structurel fondamental et c'est le prélude à un travail de sape du programme et c’est pourquoi les partisans de Medicare se sont opposés à de telles propositions, qui étaient initialement le pré carré des sections de la droite républicaine.

Il est actuellement promu par les deux partis dans le cadre d’une attaque frontale perpétrée contre tout ce qui reste des réformes sociales adoptées dans les années 1930 et 1960. Au nom de la réduction du déficit et de la dette nationale, et sur la base d’un mensonge selon lequel il « n’y a pas d’argent » pour des programmes sociaux, la classe dirigeante américaine et ses deux partis sont en train d’effectuer une contre-révolution.

Les mêmes Démocrates hypocrites qui sont en train de réclamer un contrôle des ressources des personnes âgées, prétendument au nom de l’« équité », proposent tout au plus un ou deux pour cent symboliques d’augmentation des taux d’imposition pour les 2 pour cent des Américains les plus riches – dans la situation d'un accroissement sans précédent de l’inégalité sociale. Et même cette mesure pitoyable va rapidement être annulée par une « réforme fiscale plus générale » qui diminuera drastiquement les taux d'imposition des entreprises et des riches.

Medicare aait été mis en place en 1965 en tant qu’amendement à la loi sur la Sécurité sociale (Social Security Act) de 1935 qui fournissait une assurance santé aux personnes de 65 ans et plus, indépendamment de leur revenu ou de leurs antécédents médicaux. Les gens cotisent à Medicare toute leur vie active en se fondant sur l’hypothèse qu’une couverture santé leur sera garantie une fois à la retraite. Le programme est essentiellement financé par des impôts prélevés sur le revenu des employeurs et des ouvriers, à part égale.

Avant Medicare, environ la moitié des adultes âgés n’avaient pas d’assurance santé en raison de faibles revenus et de la pauvreté ainsi que des primes plus élevées prélevées par les assureurs privés pour ce groupe d’âge. Medicare a radicalement réduit le taux de pauvreté et contribué à prolonger l’espérance de vie chez les retraités. Ceci sera maintenant supprimé par une aristocratie financière qui n’a que faire des personnes âgées qui ne peuvent être exploitées directement pour le profit.

Qui va fixer les paramètres déterminant qui est suffisamment riche pour payer plus pour les soins médicaux ? Et, une fois que les taux seront relevés pour une section de la population, la voie sera libre non seulement pour augmenter les paiements pour davantage de personnes, mais aussi pour dégrader leurs prestations.

Les attaques lancées contre Medicare sont, toutefois, le prélude à un contrôle des ressources pour la Sécurité sociale, programme du New Deal qui avait institué des pensions universelles pour les retraités.

Lors des négociations sur le mur fiscal, Obama et les politiciens des deux partis patronaux ont affirmé qu’il « n’y a pas d’argent » pour Medicare et les autres programmes sociaux alors même que le renflouement des banques se poursuit et que des milliards de milliards sont dépensés pour l’armée et la guerre. Quatre ans après le début de la récession, l’élite financière et patronale a accumulé des profits et une richesse record tandis que la grande majorité de la population s’appauvrit de plus en plus.

Il est très significatif que les attaques contre Medicare et les autres principaux programmes sociaux sont perpétrées sous un gouvernement démocrate. Ceci est l’aboutissement d’un processus de longue date par lequel les Démocrates – un parti capitaliste depuis toujours – ont répudié leur politique de réforme sociale passée qui leur avait valu le soutien de la classe ouvrière.

Le Parti démocrate repose actuellement sur d'importantes sections de l’élite patronale et financière ainsi que de couches de la classe moyenne supérieure dont les sections les plus privilégiées des noirs et autres minorités, de la bureaucratie syndicale et des milieux de l’ex gauche. La présidence d’Obama est le résultat d’un processus par lequel le Parti démocrate, sur la base d'une politique fondée sur l'origine ethnique et le sexe, s’est ouvertement et brutalement retournée contre la classe ouvrière.

Des réformes sociales telles Medicare et la Sécurité sociale n’ont pas été concédées comme des cadeaux de la part des classes dirigeantes. Elles ont été arrachées à la classe dirigeante suite à de grandes luttes de la classe ouvrière lors desquelles des travailleurs sont morts aux mains de la police et des nervis des entreprises et au cours d’affrontement avec les troupes fédérales.

Ces luttes cruciales ont englobé des grèves générales qui en 1934 avaient paralysé des villes entières, des grèves sur le tas qui avaient mis en place, plus tard dans les années 1930, les syndicats et la vague de grèves de masse qui avait suivi la Deuxième Guerre mondiale. Conjointement aux lois sur les droits civiques (Civil Rights Act) de 1964 et des lois sur le droit de vote (Voting Rights Act) de 1965, Medicare avait été promulgué dans le contexte du tumulte des luttes pour les droits civiques et contre la guerre, des combats ouvriers déterminés et des rébellions dans les ghettos, dans les années 1960.

La grande limite de ces luttes antérieures fut l’échec d’établir un mouvement de masse de la classe ouvrière qui soit politiquement indépendant et fondé sur la lutte pour le socialisme. La classe ouvrière est restée politiquement liée au Parti démocrate du fait de la perspective droitière de la bureaucratie syndicale et de ses alliés politiques. De nos jours, ces conditions sont en train de s’effondrer au moment où il devient de plus en plus évident, pour des millions de personnes, que les deux partis patronaux représentent les intérêts de l’élite dirigeante.

La défense de Medicare et des autres programmes sociaux ainsi que la garantie des droits sociaux fondamentaux de la classe ouvrière – le droit à un emploi bien payé, aux soins de santé, à un logement décent, à l’éducation, une retraite sûre – dépendent de la construction d’un nouveau mouvement politique de la classe ouvrière, indépendamment et à l’encontre du système bipartite pour mettre un terme à la mainmise des parasites financiers sur la société et pour réorganiser la vie économique sur la base des besoins sociaux et non des profits privés.

(Article original paru le 10 décembre 2012)