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Le modèle SYRIZA

Par Christoph Dreier
8 décembre 2012

L’appauvrissement de masse de la population européenne – tandis que la classe dirigeante étend à l’Espagne, au Portugal, à l’Irlande et au-delà, les attaques perpétrées contre les droits sociaux des travailleurs en Grèce – met à nu le caractère de classe de toutes les tendances sociales.

La classe ouvrière se trouve confrontée à un assaut historique de la part de gouvernements de toutes tendances politiques confondues. En Grèce et en Espagne, plus d’un quart de la population et plus de la moitié des jeunes sont au chômage et, partout dans la région, des millions de gens ne sont pas seulement en train de perdre leur emploi mais aussi les soins de santé et leur logement. Des protestations sociales et des grèves se multiplient partout en Europe alors qu’une politique barbare produit des maux sociaux jamais vus depuis des décennies à savoir le travail des enfants et l’arrêt des traitements contre le cancer en Grèce.

Comme le montre clairement le congrès du SDS, l’association étudiante démocrate-socialiste (Sozialistisch-Demokratischen Studierendenverband) du parti La Gauche (Die Linke), qui s’est tenu dernièrement dans la ville de Cologne en Allemagne, la « gauche » de l’establishment politique se trouve sur une trajectoire de collision avec les travailleurs en raison de son soutien à la guerre par procuration en Syrie et aux attaques sociales à l’encontre des travailleurs et qui sont calquées sur celles préconisées par la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) en Grèce. A Cologne, des membres de Die Linke et du Parti de Gauche français, de l’association étudiante CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante) du Québec et du Socialist Workers Party britannique ont écouté avec ferveur les rapports faits sur SYRIZA qui s’apprête à diriger la Grèce.

Les critiques limitées émises par SYRIZA à l’égard du parti social-démocrate de Grèce PASOK lui ont valu cette année de remporter les élections. Cependant, dans les médias internationaux, SYRIZA a cyniquement rassuré les banques qu’elle rembourserait les dettes grecques en faisant tout son possible pour maintenir la Grèce dans la zone euro. Tandis que le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, avait des entretiens répétés avec des responsables de l’armée et de la police, il a tiré parti d’une vaste couverture médiatique et obtenu 27 pour cent des scrutins, et est arrivé en seconde place.

Les 71 députés de SYRIZA, en refusant de provoquer la dissolution du parlement, ont rendu possible l’adoption du dernier plan d’austérité grec. La loi électorale grecque stipule que de nouvelles élections doivent être tenues si au moins 60 des 300 députés et leurs suppléants démissionnent.

SYRIZA est actuellement en train de se débarrasser des quelques phrases cyniques de « gauche », qu’elle avait utilisées lors des élections, dans le but d’obtenir la reconnaissance de la bourgeoisie comme étant un parti pro-austérité indispensable. Georgios Papanagnou de l’université de Bruges a dit au quotidien allemand Sueddeutsche Zeitung que la diabolisation de SYRIZA était « profondément contre-productive… Depuis les élections, la direction de SYRIZA se rend compte que le nouvel attrait qu'elle suscite et sa nouvelle force signifient qu’elle doit procéder à un recalibrage de sa rhétorique et du programme du parti. »

En tant que parti pro-austérité en pleine ascension, SYRIZA s’est avéré être un modèle attrayant pour les tendances pseudo-gauches venues du monde entier qui se sont rassemblées à Cologne. La dirigeante du SDS, Paula Rauch, a résumé leur point de vue après avoir entendu un rapport sur SYRIZA : « A entendre ce genre de choses, la Grèce a de quoi rendre jaloux. »

De tels commentaires illustrent la perspective d’une couche d’acteurs politiques nantis qui constituent les partis de la « gauche » petite bourgeoise représentés au congrès à Cologne. Loin de s’opposer aux crimes horribles commis par le capital financier contre la classe ouvrière en Grèce, ils regardent avec envie SYRIZA et espèrent avoir l’occasion de faire avancer leur carrière professionnelle en commettant des crimes similaires contre les travailleurs de leur propre pays.

De tels événements confirment la défense, par le Comité international de la Quatrième Internationale, de la continuité révolutionnaire du trotskysme et de l’opposition constante à l’égard de la politique petite bourgeoise de « gauche » pratiquée par des forces comme SYRIZA et Die Linke. Les attaques sociales perpétrées par l’Union européenne ne peuvent être combattues que par une lutte pour la mobilisation de la classe ouvrière internationale en faveur d’une lutte révolutionnaire contre le capitalisme visant la prise du pouvoir et la construction d’un Etat ouvrier mettant en pratique une politique socialiste.

Comme l’a souligné le CIQI, une telle lutte ne peut se développer qu’en opposition aux forces, telles celles présentes au congrès de Cologne, qui cherchent à subordonner la classe ouvrière aux intérêts de certaines sections de la petite bourgeoisie. Etant les descendants des alliés staliniens des bureaucrates du Kremlin, qui ont rétabli en 1991 le capitalisme en URSS, ou des forces nanties qui ont émergé du mouvement étudiant d’après-1968, ces partis sont hostiles à la révolution et à la classe ouvrière.

Pendant des décennies, ces forces ont développé une richesse et des intérêts matériels substantiels, en tant que professionnels, universitaires et parlementaires influents ou encore comme bureaucrates syndicaux ayant négocié les coupes sociales avec des chefs d’entreprise et des chefs d’Etat. A présent, elles voient dans l’expérience faite par SYRIZA une étude de cas leur montrant comment la stabilisation de l’establishment politique en Europe leur offre l’occasion d’accéder encore mieux aux râteliers de l’Etat capitaliste grâce à des positions des plus réactionnaires.

Ceci vaut tout autant pour SYRIZA que pour les autres partis qui étaient présents au congrès. La dirigeante de Die Linke, Katja Kipping, a réclamé l’abandon du mot d’ordre du parti, « A bas Hartz IV » et ses lois d’austérité en planifiant à la place un retour au « milieu écologique. » Des membres des tendances Marx21 ou de l’Alternative socialiste (Sozialistische Alternative Voran, SAV) de Die Linke – qui avaient précédemment affirmé oeuvrer au sein de Die Linke pour éviter qu’il n’entre dans un gouvernement – ont ouvertement fait l'éloge de projets visant à rejoindre un gouvernement.

Quant au dirigeant du SWP, Alex Callinicos, il a pris la parole à Cologne pour faire l’éloge des Frères musulmans égyptiens – qui, à peine quelques jours plus tard, ont lancé la répression meurtrière des manifestations des travailleurs contre la tentative du président Mohamed Morsi d'accaparer des pouvoirs dictatoriaux.

L’accélération du virage droitier de ces tendances tient lieu d’avertissement clair et net aux travailleurs d'Europe et du monde entier. Elles n'hésiteront pas à recourir aux méthodes les plus brutales pour écraser l’opposition populaire et pour imposer des attaques sociales contre la classe ouvrière.

Ces évolutions soulignent la nécessité d’une lutte politique implacable menée contre ces forces et la nécessité d'une mobilisation de la classe ouvrière indépendamment des organisations existantes. C’est pourquoi la classe ouvrière se verra contrainte de construire son propre parti politique sur la base de la perspective prolétarienne indépendante représentée par le CIQI.

(Article original paru le 7 décembre 2012)