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France: Le parti gaulliste Union pour un mouvement populaire au bord de la scission

Par Antoine Lerougetel
3 décembre 2012

Le parti gaulliste, l’Union pour un mouvement populaire (UMP), s'achemine depuis la semaine passée vers une scission après que François Fillon, premier ministre sous l’ancien président Nicolas Sarkozy, a constitué un groupe parlementaire distinct à l’Assemblée nationale. Fillon a appelé son groupe Le Rassemblement UMP. Il a mis en place ce groupe rival au sein de l’UMP et en est devenu le président suite à l’élection contestée pour la présidence du parti, qui a abouti à la victoire officielle de Jean-François Copé.

Fillon a dit que son groupe se dissoudrait dès que Copé accepterait un nouveau vote.

Depuis sa défaite aux élections présidentielles et législatives de mai et juin derniers en faveur du président nouvellement élu François Hollande et du Parti socialiste (PS), l’UMP est devenu le principal parti d’opposition.

L’UMP a été créée en 2002 par le président de l’époque, Jacques Chirac, en rassemblant les tendances gaullistes, centristes, libérales et conservatrices. Actuellement elle est en train de se désintégrer sous les pressions économiques, sociales et politiques explosives existant en France, en Europe et internationalement.

Depuis le 18 novembre, le parti est en proie à des luttes intestines féroces pour la désignation du président du parti. Les décomptes exécutés par les partisans des parties intéressées ont donné une victoire serrée à chacun des deux candidats qui voient dans ce poste un tremplin pour se présenter à l'élection présidentielle de 2017 comme candidat de l'UMP.

Les deux camps se sont mutuellement accusés de fraude électorale et de pratiques illégales.

Mardi dernier, Sarkozy est sorti de sa semi-retraite pour trouver un accord entre les deux candidats à la présidence de l’UMP afin qu’ils acceptent l’organisation d’un référendum parmi les 300.000 adhérents du parti au sujet d’un nouveau vote. Cependant, les deux camps continuent de se quereller quant aux conditions à réunir pour un tel référendum et un éventuel vote. Au moment d’écrire cet article, Le Rassemblement UMP ne s’est pas encore dissout.

Dominique Dord, trésorier de l’UMP et partisan de Fillon, a démissionné lundi en affirmant que Copé avait usé de son contrôle de l’appareil de l’UMP pour manipuler le scrutin à son avantage. Fillon a obtenu une ordonnance rendue par un juge pour qu’un huissier mette sous scellé le matériel électoral, mais les partisans de Copé ont refusé de lui donner accès au siège de l’UMP et ont fait appel de la décision.

Alors que des ambitions et des rivalités personnelles sont à l'oeuvre dans l’affrontement entre ces deux politiciens réactionnaires, cette querelle est motivée par les énormes conflits politiques et sociaux qui sont en train de se développer dans l’Union européenne et en France en raison de la crise capitaliste mondiale et des tensions de classe découlant des attaques de plus en plus drastiques perpétrés contre les droits et les conditions de vie des travailleurs.

L’agence de notation Moody’s a dégradé la semaine passée la France parce qu’elle considère que le programme du gouvernement PS de 60 milliards d’euros (78 milliards de dollars US) de coupes dans les dépenses sociales et l’abrogation de la législation sur la protection de l’emploi et des conditions de travail n’est pas assez rigoureux.

Le président Hollande et son gouvernement PS sont plus que disposés à satisfaire les exigences des marchés financiers. Mais leur cote de confiance a déjà chuté aux alentours de 30 pour cent. La classe dirigeante est consciente qu’elle ne pourra pas compter indéfiniment sur son flanc de « gauche » qui est représenté par le Parti socialiste, les syndicats et les groupes pseudo-gauches tels le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) pour réprimer l’opposition de la classe ouvrière.

Certaines sections de la bourgeoisie lorgnent de plus en plus ouvertement vers le Front National néo-fasciste dont la dirigeante, Marine Le Pen, avait remporté 17,9 pour cent des voix au premier tour des élections présidentielles. Ces sections de la bourgeoisie se tournent vers des mesures autoritaires et un discours fascisant pour diviser la classe ouvrière et attiser des forces réactionnaires afin de s’en servir contre l’opposition des travailleurs et des jeunes.

Lors de sa campagne présidentielle, Sarkozy avait cherché à surmonter l’impopularité de sa politique d’austérité en abandonnant toute prétention au « gaullisme social. » Il avait de plus en plus souvent lancé des appels aux électeurs du Front National au moyen d’attaques perpétrées contre les Roms, les Musulmans, les jeunes immigrés et les bénéficiaires de prestations sociales. En ceci, il avait le soutien tant de Copé que de Fillon.

Durant la campagne pour la présidence du parti, cependant, Copé s’est plus ouvertement aligné sur les factions de l’UMP les plus proches du Front National – la soi-disant « Droite forte » qui avait recueilli le plus grand nombre de voix lors de la course entre les six courants internes de l’UMP.

Le programme de la Droite forte appelle à la création d’une « charte républicaine des Musulmans de France », comprenant l’« interdiction de la construction de minarets » et l’interdiction des prières de rue et de la burqa. Elle déclare, « La République, la laïcité et nos racines chrétienne constituent la colonne vertébrale de notre identité. »

Fillon par contre ne veut pas d’une rupture ouverte avec le « gaullisme social » bien qu’il ait été l’architecte d’une attaque historique contre les droits à la retraite lorsqu'il était en 2003 ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité sous la présidence de Chirac et bien qu’il ait été un fervent partisan de l'austérité sous Sarkozy.

La dirigeante du FN espère tirer profit du désarroi de l’UMP. Elle dit que l'UMP « est terminée », et affirme que le nombre d’adhésions au Front National a connu une forte augmentation.

(Article original paru le 1er décembre 2012)