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L'éditeur de WikiLeaks dénonce la surveillance généralisée par internet et les atteintes des États-Unis aux droits démocratiques

Par Richard Phillips
14 décembre 2012

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a renforcé ses révélations sur les atteintes de plus en plus fortes menées par les États-Unis et leurs alliés contre les droits garantis et les principes démocratiques dans une série d'apparitions médiatiques au cours des dernières semaines pour promouvoir son livre Cypherpunks: Freedom and the Future of the Internet. Coécrit avec Jacob Appelbaum, Jeremie Zimmermann et Andy Mueller-Maguhn, ce livre met en garde contre les autorités publiques et les grandes entreprises qui se servent d'internet pour faciliter leurs opérations d'espionnage à grande échelle.

« Internet, » déclare Assange dans l'introduction, « a entraîné des révolutions dans le monde entier mais une sévère mise au pas bat maintenant son plein. Nos sociétés étant de plus en plus établies sur le réseau, des programmes de surveillance sont déployés mondialement. Notre civilisation est arrivée à un carrefour. »

Dans la droite ligne de la campagne du gouvernement Obama contre WikiLeaks, la plupart des grands médias ont largement ignoré ce livre. D'autres, comme la chaîne de télévision américaine CNN, ont passé sous silence les thèmes du livre se contentant d'affirmer que la défense de principe par Assange de la liberté de la presse est hypocrite. La journaliste de CNN Erin Burnett, qui présente le journal du soir de la chaîne – "Erin Burnett : OutFront" – a tenté cette approche en novembre dernier.

Les producteurs de CNN avaient assuré à Assange que le programme parlerait de Cypherpunks, mais Burnett, qui a commencé sa carrière comme analyste financière pour Goldmann Sachs avant de passer au journalisme de télévision, n'avait aucune intention de laisser le fondateur de WikiLeaks participer à ce genre de discussion.

Assange est toujours confiné dans l'ambassade d'Équateur à Londres, après avoir reçu l'asile politique de ce pays, à la suite de la décision de la haute cour britannique de l'extrader en Suède sur la base d'accusations d'atteintes sexuelles montées de toutes pièces. Ce citoyen australien craint à raison que s'il est envoyé en Suède, il sera extradé vers les États-Unis pour y être accusé d'espionnage dans un procès truqué. Un grand jury a déjà été convoqué dans ce pays pour l'accuser, et l'armée américaine a qualifié WikiLeaks et Julian Assange d'« ennemis », leur donnant le même statut qu'Al Qaïda.

Après une première question sur le livre, la présentatrice de CNN Burnett a cherché à provoquer Assange en lui demandant s'il ressentait « une quelconque culpabilité » quant à la situation de Bradley Manning, le jeune soldat américain actuellement en auditions préliminaires pour des accusations d'avoir fourni des documents secrets à WikiLeaks.

Assange a calmement répondu que le traitement brutal imposé à Manning est une tentative de forcer ce jeune homme à signer une confession qui impliquerait directement WikiLeaks. Cette affaire, a-t-il observé, est un autre « reflet de la décadence de l'Etat de droit. » Assange a fait remarquer que le rapporteur spécial des Nations unies Juan Mendez avait décrit le traitement infligé à Manning comme assimilable à de la torture.

Burnett a tenté d'écarter cette réponse en affirmant que ce n'était qu'une preuve du « point de vue très affirmé » du fondateur de WikiLeaks. En d'autres termes, ce n'est qu'une opinion parmi d'autres, et non l'affirmation claire d'un fait. « Je ne veux pas rentrer dans les détails » sur le traitement de Manning, a-t-elle répondu, puis elle a demandé à Assange de commenter l'action en justice et de dire si une reconnaissance de culpabilité signée par Manning risquait de mettre WikiLeaks en danger.

Assange a refusé de tomber dans ce piège – affirmant qu'il n'est pas judicieux d'un point de vue juridique de discuter des détails de l'action, étant donné que celle-ci est en cours – et il est revenu sur les mises en garde de son livre concernant les atteintes aux droits démocratiques fondamentaux.

« Ce qui se passe, » a-t-il enchaîné, fait « partie d'un processus bien plus large [et] dont parlent tous les journalistes de premier plan travaillant sur la sécurité nationale aux États-Unis… Diana Priest du Washington Post, dans son livre Top Secret America, assimile ce qui est en train de se produire à un cancer passant aux métastases, où nous avons maintenant cinq millions de gens accrédités par le système de la sécurité nationale aux États-Unis, un Etat dans l'Etat. »

« C'est un phénomène mondial, » a-t-il continué. « Le nouveau jeu à la mode c'est la surveillance stratégique. C'est moins cher actuellement d'intercepter toutes les communications dans et hors d'un pays, de les conserver de manière permanente, que d'enquêter sur une personne en particulier. »

Burnett a, à nouveau, tenté de détourner le sujet, demandant à l'éditeur de WikiLeaks de parler des récents articles sur sa santé. Il a refusé, affirmant que ce n'était « pas très important » et est revenu à son livre et aux atteintes aux droits démocratiques.

Burnett a insisté pour que le fondateur de WikiLeaks parle de la liberté de la presse en Équateur, suggérant qu'au vu de récents articles sur la suppression de la liberté de la presse en Équateur, sa position était hypocrite. Assange a encore une fois refusé de se laisser provoquer et a expliqué qu'il avait donné son accord pour un entretien sur son livre, pas sur l'Équateur.

« Pourquoi ne voulez-vous pas parler de l'Équateur ? » s'est alors écriée une Burnett agitée.

Assange a indiqué que ce petit pays d'Amérique du Sud ne joue aucun rôle dans les opérations d'espionnage à échelle mondiale par internet, et que s'il était concerné par les atteintes à la liberté d'expression, qui est, a-t-il dit, « un problème extrêmement important partout dans le monde, » il en est tout autant de « l'effondrement de l'Etat de droit. »

A cet égard, le rédacteur de WikiLeaks a passé en revue les atteintes commises par le gouvernement américain contre les droits des journalistes, dont l'incarcération pour 6 ans d'un journaliste d'Al Jazira à Guantanamo Bay, et prévenu que ce genre d'attaques antidémocratiques représentait une menace contre tous les journalistes sérieux.

« Le sujet de ce livre est ce qui nous arrive à tous et les menaces auxquelles nous sommes tous confrontés, » a-t-il expliqué. « Dans les années 1930, certaines personnes avaient compris ce qui se passait, et ils avaient compris les tendances générales. Je vous dis qu'il y a une tendance générale. Je suis un expert et je l'ai subi. D'autres experts ont vécu des facettes différentes de cette tendance. C'est un changement d'état. Ce n'est pas simplement un petit changement pour un individu. C'est un changement majeur dans la politique. Et nous allons devoir faire quelque chose contre ça. Si nous ne réagissons pas, nous risquons tous de perdre la démocratie que nous prisons depuis si longtemps. »

Incapable de répondre à ces remarques, Burnett a rapidement mis fin à l'entretien.

Assange a puissamment repoussé les provocations de bas étage lancées contre lui par la journaliste de CNN. L'entretien révèle à nouveau l'intense hostilité du monde des grands médias envers le site WikiLeaks et son fondateur. Ce site d'alerte n'a pas simplement révélé les crimes de guerre de l'impérialisme américain et de ses alliés politiques, mais a mis à nu la complicité des grands médias dans ces crimes. Des figures très en vue comme Burnett et d'autres n'ont aucun intérêt pour un journalisme authentique. Ils sont devenus rien moins que les perroquets des diffamations et des mensonges de Washington. L'intégralité de l'entretien d'"OutFront" peut être vu (en anglais) ici.

(Article original paru le 11 décembre 2012)