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Une autre provocation d’État

La police fait une perquisition à la résidence du dirigeant de Québec solidaire

Par Richard Dufour
9 juin 2012

Tôt jeudi matin, la police a fait une perquisition à la résidence d’Amir Khadir, dirigeant de Québec solidaire, et a arrêté sa fille et son copain, tous deux militants dans la grève étudiante au Québec.

Les accusations portées contre Yalda Machouf-Khadir ne seront connues que lors de sa comparution, vendredi, mais elle sera apparemment accusée de méfait pour avoir présumément saccagé le bureau de Line Beauchamp le 13 avril, alors ministre de l’Éducation.

La perquisition à la résidence des Khadir faisait partie d’une vaste opération policière regroupant des perquisitions dans huit résidences de Montréal et de sa banlieue, Longueuil. Les perquisitions visaient onze partisans de la grève étudiante qui auraient été impliqués, selon les présomptions de la police, dans des actes de vandalisme et des méfaits. La police affirme qu’ils seront accusés de méfait, d’entrée par infraction, de complot et d’incitation à craindre un acte terroriste. Cette dernière accusation porte sur un crime extrêmement sérieux qui a été introduit dans la draconienne loi antiterroriste du Canada en 2001. La sentence maximale pour quelqu’un reconnu coupable est de cinq ans.

La manière dont ces perquisitions ont été effectuées, le moment choisi et la gravité des accusations que l’État s’apprête à porter semblent indiquer qu’il s’agisse d’une provocation délibérée pour présenter les étudiants en grève comme violents. Depuis le début de la grève, le gouvernement a recours à cette campagne idéologique contre la violence pour justifier la répression d’État de la grève militante des étudiants contre la hausse de 82 pour cent des frais de scolarité universitaires.

Sous la loi 78, une loi spéciale adoptée le mois dernier, le gouvernement libéral a dans les faits criminalisé la grève étudiante et imposé de sévères restrictions au droit de manifester en général au Québec.

Il ne fait aucun doute que les perquisitions visaient aussi à intimider et discréditer Khadir. Un médecin né en Iran, Khadir est l’un des deux porte-parole de Québec solidaire, une formation qui se présente comme un parti de « gauche » qui milite en faveur de l’indépendance du Québec. Khadir est le seul député de QS à l’Assemblée nationale.

Khadir est étroitement associé à la grève étudiante et a condamné à maintes reprises la violence policière. Mardi soir dernier, il a été arrêté et menotté en plus de 64 autres personnes lorsque la police de la ville de Québec a déclaré une manifestation en opposition à la loi 78 illégale et a procédé à une arrestation massive.

Le fait que la police ait averti les médias d’avance ne fait que souligner la motivation politique derrière la décision de faire une perquisition chez Khadir. Des journalistes de La Presse et de Radio-Canada étaient sur place pour rapporter et filmer l’arrivée de la police et l’arrestation de la fille de Khadir, à qui on a passé les menottes.

La fille de Khadir, Yalda Machouf-Khadir, étudiante au cégep du Vieux-Montréal, serait une militante en vue dans la grève étudiante. Elle a reçu deux contraventions pour avoir participé à des manifestations.

Les policiers ont fouillé la résidence familiale des Khadir durant quatre heures et sont repartis avec du matériel politique, même si leur mandat ne faisait référence qu’à certains articles de vêtement et à un drapeau noir. Selon la femme de Khadir, Nima Machouf, « Ils venaient chercher ma fille et son copain et ils avaient un mandat pour chercher des preuves, un certain nombre de vêtements, de souliers. Finalement, après quatre heures de visite, de fouille de la maison, ils sont partis avec quelques papiers, des journaux, des tracts. »

Machouf a dit aux reporters qu’elle était inquiète, comme le serait n’importe quel parent lors de l’arrestation de leur enfant. « De nombreux étudiants sont dans la mire du gouvernement et vont se faire arrêter, ou se sont déjà fait arrêter », a affirmé Machouf. « Je sympathise avec eux. Nous vivons tous la même inquiétude. »

Dans une déclaration devant les médias, Amir Khadir a encouragé les gens à ne pas être intimidés par les actions de la police. « La population affiche une profonde insatisfaction à l’égard du gouvernement libéral », a déclaré le porte-parole de Québec solidaire. « Des centaines de milliers de gens manifestent pacifiquement depuis des mois pour exprimer leur rejet des politiques de ce gouvernement et pour protester contre la loi 78. Notre peuple ne se laissera pas distraire, encore moins décourager, par la répression policière ou l’intimidation politique. »

Lors d’une période de questions, Khadir a souligné la campagne du gouvernement et des médias pour présenter faussement le mouvement étudiant comme violent. Le premier ministre Jean Charest « associe le carré rouge [le symbole de la grève étudiante] à la violence et au chaos », a dit Khadir. « Il tente de faire peur à la population et d’intimider les députés de l’opposition. »

Les associations étudiantes ont dénoncé les perquisitions, notant qu’elles avaient été effectuées à la veille du Grand Prix de Formule Un de Montréal. Le gouvernement a mené une énorme offensive de propagande autour de cet événement pour réduire les étudiants au silence ou, si cela échouait, justifier une violence accrue des policiers.

« On peut se poser des questions sur le moment où ça arrive, au moment du Grand Prix », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante).

La présidente nouvellement élue de la FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec), Éliane Laberge, a aussi condamné les gestes de la police de jeudi. « C'est évident qu'on ne veut pas d'un Québec où les députés se font arrêter, où les jeunes se font perquisitionner chez eux, où les étudiants passent des journées entières en prison. »

Les associations étudiantes ont exigé à nouveau que le gouvernement reprenne les négociations qu’il a lui-même rompues la semaine dernière.

En dépit de nos profonds désaccords politiques avec le programme nationaliste et procapitaliste de Québec solidaire, le World Socialist Web Site demande aux travailleurs et à la jeunesse de s’opposer vigoureusement à l’intimidation et au harcèlement d’Amir Khadir par le gouvernement Charest. Cette opposition doit faire partie de la lutte pour la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière contre la loi 78 et la totalité du programme d’austérité de la classe dirigeante.