Le gouvernement grec et les responsables européens planifient des milliards en nouvelles coupes sociales

Les responsables grecs ont rencontré hier le président de la Commission européenne (CE), José Manuel Barroso, et les responsables financiers internationaux pour discuter d’une nouvelle série de coupes budgétaires totalisant 11,5 milliards d’euros (14,4 milliards de dollars US) en 2013-2014.

Ces réductions, qui représentent plus de 5 pour cent du produit intérieur brut (PIB) grec, anéantiront l’économie grecque déjà saignée à blanc par les vagues répétées de coupes sociales qui sont survenues durant ces trois dernières années. Le budget du ministère du Travail devrait se contracter de 5 milliards d’euros aux dépens en grande partie des retraites.

Le système hospitalier grec ravagé devrait subir de nouvelles réductions à hauteur de 300 millions d’euros. Le ministre de la Santé, Andreas Lykourentzos, a été contraint de nier des articles selon lesquels Athènes projetait d’imposer une limite obligatoire maximale de 1.500 euros des dépenses de santé par patient en Grèce.

Ces réductions sont massives par rapport à la taille de l’économie grecque ; les montants correspondants seraient aux États-Unis 802 milliards de dollars, 82 milliards de livres sterling en Grande-Bretagne ou 136 milliards d’euros en Allemagne. Elles viennent s’ajouter à la plus forte contraction de l’activité économique en Grèce depuis l’occupation nazie du pays ; la plupart des travailleurs ont perdu entre 30 et 50 pour cent de leurs salaires et de leurs avantages. Des articles publiés en début d’année ont suggéré que grosso modo 30 pour cent de la population grecque est obligée de s’adresser à des cliniques mobiles pour les soins de santé.

Athènes procède aux dernières coupes budgétaires dans une tentative désespérée d’atteindre l’objectif de réduction budgétaire de l’Union européenne (UE) qu’elle a manqué étant donné que la politique d’austérité a rétréci l’économie de la Grèce plus rapidement que celle-ci n’a été en mesure de rembourser ses dettes. L’économie devrait se contracter de 7 pour cent en 2012, un pourcentage plus élevé que les 4,5 pour cent prévus antérieurement. La Grèce a besoin d’une aide supplémentaire pour faire face à un remboursement de 3,26 milliards de la dette due le 20 août.

Les dirigeants de la coalition gouvernementale grecque se sont réunion hier soir pour finaliser les réductions budgétaires. Le premier ministre Antonis Samaras de Nouvelle Démocratie (ND), le dirigeant de PASOK, Evangelos Venizelo, et le dirigeant de la Gauche démocratique (DIMAR), Fotis Kouvelis, ont approuvé environ 10 milliards d’euros de réduction. Le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou a dit que la réunion avait été « constructive », en ajoutant : « Tout le monde veut contribuer à atteindre les objectifs financiers. »

Samaras, Venizelos et Kouvelis n’auraient pas été d’accord quant à la question de savoir où effectuer la réduction finale de 1,5 milliard d’euros. Samaras aurait refusé de réaliser des coupes dans les « salaires spéciaux » de la fonction publique, versés surtout aux forces de sécurité, tandis que Venizelos espérait éviter de nouvelles coupes dans les retraites. Les pourparlers de la coalition pour finaliser les coupes sont censés reprendre lundi.

Samaras devait aussi rencontrer les responsables de la « troïka » – la Commission européenne (CE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) – pour de nouveaux pourparlers hier.

Au bout de deux heures de réunion avec Samaras, Barroso a répété les exigences de l’UE en faveur de réductions : « Pour maintenir la confiance de ses partenaires européens et internationaux, les retards doivent prendre fin. Les paroles ne suffisent plus, les actes sont beaucoup plus importants. »

Ces événements soulignent la faillite de l’establishment politique grec – à la fois du gouvernement actuel, qui impose toutes les coupes imposées par l’UE, que du parti pseudo-gauche SYRIZA qui a émergé comme le principal adversaire de ND lors des élections en juin. Tout en critiquant légèrement l’austérité de l’UE, SYRIZA a promis de rembourser les banques en faisant des promesses de campagne à l’adresse de l’armée et de la police, en offrant officiellement les élections à ND. Il a promis d’être une opposition « responsable », de ne pas appeler à débrayer et de soutenir l’UE (voir « SYRIZA backs Greek government’s capitulation to the EU » en anglais).

Les tensions sociales et politiques sont en train de s’intensifier en Grèce, ce qui est reflété par la récente démission du général Constantinos Ziazias comme chef de l’armée de terre. Il a annoncé mercredi matin qu’il quittait ses fonctions, en expliquant : « J’ai été appelé à 2 heures du matin pour recevoir une liste de noms d’officiers à promouvoir ou à congédier. Je ne peux accepter une telle ingérence dans l’exercice de mes responsabilités. »

Il s’agissait apparemment d’une continuation des luttes intestines au sein de l’armée qui avaient surgi l’automne dernier lorsque le gouvernement PASOK du premier ministre George Papandreou avait limogé l’ensemble des hauts gradés dans un contexte de rumeurs d’un éventuel coup d’État après l’annonce d’autres mesures d’austérité impopulaires. Ceci avait provoqué une opposition parmi l’ancien personnel militaire du « Groupe de défense » de ND, qui comprend l’actuel vice-ministre de la Défense, Panagiotis Karabelas. Ces forces souscrivent actuellement à une redistribution de l’influence au sein de l’armée, dans un contexte de mécontentement grandissant dans les rangs au sujet de la politique économique. 

Le site Internet grec onalert.gr a commenté, « Assurément, le personnel de l’armée est dans un état désespéré… en raison des réductions qu’il a endurées et de celles à venir ; en plus de l’angoisse d’être muté ailleurs. Dans aucun autre pays civilisé européen les promotions et les révocations d’officiers de l’armée sont liées de manière aussi flagrante et crue à des partis politiques. »

Les responsables de l’UE agissent pour préserver l’euro en menant de brutales attaques contre la classe ouvrière et l’économie grecque. Dans le même temps, un débat amer fait rage au sein de la bourgeoisie européenne quant à savoir s’il faut sauver la Grèce et d’autres pays endettés. D’aucuns préconisent la suppression du crédit à la Grèce pour l’obliger à quitter la zone euro, à réintroduire et à imprimer sa propre monnaie afin d’éviter un effondrement de son système bancaire.

Markus Soeder, le ministre des Finances de Bavière, en Allemagne, a été le dernier en date à réclamer l’expulsion de la Grèce de la zone euro. Hier, il a qualifié la Grèce de « puits sans fond », en ajoutant : « En termes de mesures de réforme, il n’y a rien. Je ne pense donc pas que la solution consiste à octroyer davantage d’argent à la Grèce, mais que la Grèce sorte de la zone euro. »

Hier, toutefois, les responsables de la troïka ont aussi dit au quotidien Kathimerini que si la Grèce effectuait les coupes convenues actuellement, ils appuieraient le maintien de la Grèce dans la zone euro. En ce qui concerne Barroso, il a dit que tous les chefs d’État européens étaient engagés à maintenir la Grèce à l’intérieur de la zone euro, « tant que ses engagements étaient honorés ».

Hier, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a promis que la BCE ferait « tout ce qu’il faut pour préserver l’euro », en ajoutant : « Et croyez-moi, ce sera suffisant. » Les commentateurs financiers ont de manière générale interprété ceci comme une promesse d’imprimer toutes sommes nécessaires au financement des États endettés de la zone euro – dont non seulement la Grèce, mais des économies plus vastes, y compris l’Italie et l’Espagne.

Alors qu’elle cherche à débloquer les ressources pour rembourser les banques, la bourgeoisie européenne est donc en train de choisir entre deux politiques tout aussi défaillantes l’une que l’autre : ruiner les travailleurs dans les pays endettés au moyen d’une austérité dévastatrice ou imprimer de vastes quantités d’argent – une politique que Berlin rejette en avançant une interdiction à la BCE de « monétiser la dette », ou de financer les dépenses du gouvernement par le recours à la planche à billets inflationniste.

En faisant référence au prêt d’un millier de milliards d’euros accordé par la BCE aux banques européennes au début de l’année, le Wall Street Journal a écrit, « Pendant un moment les banques ont fait ce que la BCE leur demandait : elles ont racheté leurs dettes souveraines, entraînant ainsi une baisse du taux de rendement. Mais, le millier de milliards d’euros n’était pas suffisant. Les taux de rendement n’ont chuté que provisoirement. Maintenant, il semble que M. Draghi veut ignorer les restrictions concernant la monétisation de la dette… Théoriquement, la BCE n’est limitée que par la vitesse avec laquelle elle peut faire marcher la machine à imprimer de l’argent. Et, à l’époque de la finance électronique, il s’agit essentiellement de la vitesse de la lumière. »

De manière étonnante, les quantités massives de crédit mises à la disposition des banques n’ont pas produit de croissance. Alors que les marchés boursiers européens s’attendaient à de nouveaux fonds de la BCE, les derniers chiffres économiques publiés en Europe et internationalement font état d’une contraction continue en Europe. L’économie britannique a rétréci de 0,7 pour cent, soit plus que prévu, au second trimestre de cette année, et l’Allemagne est confrontée à une baisse de confiance des chefs d’entreprise dans l’attente qu’elle doive contribuer au financement d’un renflouement du secteur bancaire espagnol en difficulté.

(Article original paru le 27 juillet 2012)

Loading