Home » Perspectives » Europe » Grèce

Pour la défense de la classe ouvrière grecque!

Par Christoph Dreier
3 novembre 2012

Le cinquième plan d’austérité dicté par l’UE et qui a été soumis mercredi 31 octobre au gouvernement grec doit être adopté la semaine prochaine par le parlement. Comme dans le cas des précédents, il prévoit une attaque massive contre la classe ouvrière – dont une relève de l’âge légal de départ à la retraite de 65 à 67 ans ; une réduction de 4,6 milliards d’euros des retraites ; une réduction de 1,17 milliard des salaires et une économie de 455 millions d’euros sur les dépenses de soins de santé. Ceux qui en profiteront seront les banques et les spéculateurs tandis que la grande majorité de la population plongera davantage encore dans la misère.

Selon des évaluations officielles du gouvernement, la dette grecque grimpera l’année prochaine au niveau record de près de 190 pour cent du produit intérieur brut. Selon les prévisions, son économie devrait se contracter de sept pour cent cette année et de plus de cinq pour cent l’année prochaine. Le chômage a atteint un nouveau record à 25,1 pour cent, et continuera d’augmenter tandis que les licenciements frappent le secteur public.

Les attaques contre la Grèce sont les plus brutales d’une vague de mesures d’austérité en train d’être imposée à l’ensemble de l’Europe. La question capitale qui se pose aujourd’hui est celle de la mobilisation révolutionnaire indépendante de la classe ouvrière contre l’Union européenne (UE), sa politique d’austérité et les gouvernements qui l’appliquent.

La condition politique préalable essentielle à une telle offensive est la solidarité avec la classe ouvrière grecque en lutte et une hostilité intransigeante vis-à-vis des campagnes racistes qui rejettent sur elle la responsabilité de la crise de l’endettement et du désastre social qui existent actuellement en Grèce.

L’élite financière n’est en mesure d’appliquer ses attaques brutales contre la classe ouvrière européenne que parce qu'il manque aux travailleurs une perspective pour s'opposer aux dictats de l’UE. La principale responsabilité pour cette situation incombe aux divers groupes réactionnaires de pseudo-gauche, tels que la Coalition de la Gauche radicale grecque (SYRIZA) et le parti La Gauche allemand (Die Linke). Ils insistent pour dire que l’UE peut être réformée, subordonnant ainsi les travailleurs aux institutions réactionnaires de l’UE.

Dans une situation économique désespérée et qui s'aggrave, cette absence de parti politique indépendant de la classe ouvrière représente le danger le plus grave. Si la « gauche » petite bourgeoise empêche la classe ouvrière de mettre en avant une solution révolutionnaire à la crise du capitalisme, alors il se peut, et il s'avérera, que les couches appauvries de la classe moyenne au sein de la population grecque seront attirées par les tendances fascistes.

La cote de popularité de la violente organisation fasciste Chrysi Avgi (Aube dorée) atteint 14 pour cent dans les sondages. On assiste tous les jours en Grèce à des attaques publiques contre les adversaires politiques, les artistes, les homosexuels ou les immigrés de la part de responsables gouvernementaux ou de bandes fascistes. L’objectif est en premier lieu d’intimider et de terroriser la classe ouvrière.

Les médias comparent maintenant largement la dévastation infligée à la Grèce à celle qu’avait connue l’Allemagne à la fin de la République de Weimar, avant l’arrivée au pouvoir des nazis.

La classe dirigeante allemande avait aussi à l’époque réagi à la crise en mettant constamment en oeuvre davantage de mesures d’austérité, en cherchant à saigner à blanc la classe ouvrière. Entre 1930-1932, le chancelier Brüning avait introduit, avec le soutien du Parti social-démocrate allemand (SPD) et au moyen de pas moins de 62 décrets d’urgence, des réductions massives des salaires, des prestations sociales et des retraites.

La classe dirigeante allemande avait rencontré une certaine résistance de la part des travailleurs à l’égard des mesures qui devenaient de plus en plus autoritaires. Après les gouvernements semi-dictatoriaux de Papen et Schleicher, Adolf Hitler fut nommé chancelier le 30 janvier avec le soutien de tous les principaux partis bourgeois, l’armée et les représentants du patronat. Ces derniers étaient déterminés à recourir aux nazis pour détruire les organisations de la classe ouvrière.

En Grèce, de nos jours, le lien entre les attaques sociales brutales et la montée de tendances anti-démocratiques et fascistes est incontestable. Les travail du gouvernement est actuellement mené à partir de Bruxelles et non par le cabinet ministériel ou le parlement grecs. Il y a à peine un an, l’UE avait remplacé un gouvernement élu par un gouvernement de technocrates non élus. Depuis lors, il y a eu une augmentation constante des attaques à l’encontre de grévistes, d’immigrants et de manifestants.

La police coopère directement avec le parti Aube dorée qui est entré au parlement grec pour la première fois en juin.

Ces tendances proviennent non seulement de la dévastation sociale qui est causée par les mesures d’austérité de l’UE, mais elles sont aussi tacitement tolérées par l’UE. Lorsque des manifestants antifascistes ont été torturés par la police grecque, les représentants de l’UE ont gardé le silence.

Sur l’ensemble du continent, les tendances autoritaires se propagent au fur et à mesure que s’intensifient les attaques sociales. En Espagne et au Portugal, les travailleurs qui manifestent contre les coupes sociales sont systématiquement matraqués et maltraités par la police. Le gouvernement espagnol est actuellement en train de préparer une loi visant à sanctionner tous ceux qui rassemblent des preuves sur la brutalité policière.

Partout en Europe, les Roms et d’autres minorités sont pourchassés dans la rue et déportés par les forces de sécurité. En Allemagne, des structures d’extrême droite et fascistes sont en train d'être développées et financées par les services secrets.

La classe ouvrière ne peut se défendre qu’en se livrant à une lutte unifiée contre les mesures d’austérité et la montée des tendances fascistes et autoritaires en Europe. Ceci se fera au moyen d’une lutte déterminée contre l’influence paralysante exercée par des groupes petits bourgeois comme SYRIZA. Craignant bien plus une révolution de la classe ouvrière que l’extrême droite, ces groupes ne fonctionnent que comme des entraves à la lutte contre le fascisme et les tendances autoritaires en Europe.

Les travailleurs ont besoin d'un nouveau parti qui unisse au-delà des frontières la lutte contre l’UE et en faveur des Etats socialistes unis d’Europe. Ceci signifie la construction de sections du parti socialiste mondial, le Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 2 novembre 2012)