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Comment aller de l’avant pour les travailleurs en Grèce?

Par Christoph Dreier
12 novembre 2012

Les grèves et les protestations de masse qui se sont déroulées cette semaine ont révélé au grand jour de façon impressionnante le pouvoir potentiel de la classe ouvrière grecque. Les travailleurs ont littéralement paralysé pendant 48 heures l’ensemble du pays alors que presque toutes les entreprises publiques et de nombreuses entreprises privées ont fait grève. Des centaines de milliers de personnes ont afflué dans les rues pour exprimer leur détermination à résister contre les mesures d’austérité imposées par le gouvernement d’Antonis Samaras et l’Union européenne qui poussent le pays à la ruine et le chômage à des niveaux record.

L’ampleur de ces manifestations a montré que la classe ouvrière est une force sociale capable de vaincre à la fois les attaques sociales dictées par le gouvernement et l’UE et les bandes fascistes qui terrorisent les immigrés depuis ces dernières semaines. Ceci vaut non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’Espagne et le Portugal où des protestations de masse ont eu lieu ces dernières semaines ainsi que pour tous les autres pays d’Europe.

Il existe un gouffre énorme toutefois entre les intérêts et les souhaits des travailleurs grecs et la politique pratiquée par les syndicats et leurs alliés politiques et qui cherche à entraver le mouvement de la classe ouvrière en restreignant les grèves de masse à des actions de protestations de courte durée tout en garantissant autant que possible qu’elles n’empiètent pas sur les intérêts fondamentaux du capital grec et étranger.

Les alliés politiques des syndicats, tels la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) et d’autres forces pseudo-gauches, sont strictement opposés à toute lutte authentique pour vaincre les mesures d’austérité draconiennes qui sont imposées à la classe ouvrière. Ils sont contre le renversement du gouvernement Samaras et ils rejettent toute rupture avec l’Union européenne sans quoi aucun combat réel n’est possible pour la défense des intérêts des travailleurs.

Ils se positionnent à la tête des protestations dans le but d’empêcher qu’elles ne mettent en péril le gouvernement ou l’adhésion du pays à l’UE. Les dirigeants syndicaux, tout comme le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, ont à plusieurs reprises souligné avec insistance que, quelles qu'en soient les conséquences, ils maintiendraient la Grèce dans la zone euro et qu’ils garantiraient le remboursement de la dette du gouvernement grec aux banques internationales.

En dépit des différences historiques existant entre l’Europe des années 1930 et la situation actuelle en Grèce et plus généralement en Europe, les enseignements de cette époque et en particulier la trahison des luttes de masse de la classe ouvrière infligée par le Front populaire stalinien sont d’une importance capitale. La subordination du mouvement ouvrier aux partis et aux institutions de l’Etat « démocratique » et des intérêts de classe qu’ils servent ont empêché que la classe ouvrière ne mette en avant sa propre solution socialiste à la crise créée par le capitalisme. En l’absence d’une direction déterminée provenant de la classe ouvrière, la voie est ouverte au développement de l’extrême droite et des fascistes, aidé et soutenu par la bourgeoisie et l’appareil d’Etat.

Une fois de plus, il y a de nos jours un risque que la mainmise politique exercée par les syndicats et leurs alliés politiques sur les travailleurs ne conduise à la croissance de forces droitières.

Les bandes fascistes de Chrysi Avgi (Aube dorée), qui sont capables de mener des agressions brutales dans les rues en Grèce avec le soutien de la police, sont numériquement faibles par rapport aux masses mobilisées par la classe ouvrière.

Cependant, la crise historique du capitalisme mondial et les mesures d’austérité imposées par l’UE sont rapidement en train d’accélérer le déclin de la société grecque. De vastes sections de la classe ouvrière et de la classe moyenne sont jetées dans la pauvreté. Le conflit de classe est en train de s’intensifier. Si la classe ouvrière ne parvient pas à indiquer une voie pour sortir de la crise, le risque existe que des couches désespérées de la classe moyenne s’orientent vers la droite. La progression des chiffres des sondages pour Aube dorée, qui occupe déjà 18 sièges au parlement, montre que ce danger n’est pas que de nature hypothétique.

Les attaques brutales qui ont été perpétrées contre la classe ouvrière grecque en même temps que la menace du fascisme et de la dictature sont l’aboutissement d’une politique qui n’a pas uniquement été élaborée à Athènes mais plus fondamentalement par l’ensemble de la bourgeoisie européenne organisée au sein de l’Union européenne.

Les travailleurs grecs sont les victimes qui doivent payer la crise du capitalisme européen dans son ensemble. La défense de leurs droits sociaux et politiques est une question qui se pose au niveau européen et qui requiert la mobilisation non seulement de la classe ouvrière grecque mais des travailleurs en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et de l’ensemble du continent unis dans une lutte contre le capitalisme.

La clé pour remédier à la situation en Grèce et partout en Europe est le développement d’un mouvement révolutionnaire indépendant de la classe ouvrière. Ceci requiert une rupture politique avec les syndicats et leurs alliés pseudo-gauches qui feront tout leur possible pour réprimer un tel mouvement en enchaînant les travailleurs à la classe dirigeante et à ses institutions.

Les travailleurs grecs doivent s’organiser indépendamment des syndicats et de leurs alliés politiques. Ils doivent mettre en place des comités d’action pour la défense des emplois et des droits sociaux, pour se protéger des attaques fascistes et pour unir toutes les sections de la classe ouvrière. Ils doivent lutter pour un gouvernement ouvrier qui expropriera les principaux grands groupes et les banques et réorganisera l’économie en fonction des besoins sociaux de la population en général en lieu et place de la chasse au profit de l’aristocratie financière internationale et nationale.

Un nouveau parti révolutionnaire doit être établi dans le but d’appliquer un tel programme, à savoir une section grecque du Comité international de la Quatrième Internationale. Le Comité international incarne la continuité historique du mouvement marxiste et trotskyste. Il lutte pour un programme socialiste international et pour le renversement de l’Union européenne et la construction des Etats socialistes unis d’Europe.

(Article original paru le 9 novembre 2012)