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Les Verts et les staliniens français déconcertés par l’impopularité du président Hollande

Par Kumaran Ira
15 novembre 2012

L’approbation par le gouvernement du président François Hollande (Parti socialiste, PS) du rapport sur la compétitivité élaboré par l’ancien PDG d’Airbus, Louis Gallois, a provoqué une crise au sein des alliés habituels parlementaires et petits-bourgeois de « gauche » du PS. Ceux-ci ont suivi avec anxiété l’effondrement de la cote de popularité de Hollande de 60 à 36 pour cent après les élections de mai.

Divers partis qui avaient inconditionnellement soutenu l’élection de Hollande – Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et le Parti communiste français (PCF) stalinien – essaient maintenant cyniquement de se distancer de sa politique d’austérité. Leur but est de désorienter l’opposition populaire contre Hollande en espérant créer l’illusion que si la population les soutient, ils changeront la politique de Hollande.

Le rapport Gallois a clairement fait apparaître l’agenda de Hollande qui défend ouvertement un redressement de la compétitivité des entreprises française au moyen d’une baisse du niveau de vie des travailleurs. Il propose un « choc de compétitivité » de 20 milliards d’euros (25,4 milliards de dollars) de réduction des taxes patronales, d’augmentation de la TVA (taxe à la valeur ajoutée) et de coupes dans les dépenses publiques. La baisse de 20 milliards d’euros des charges patronales réduira de 6 pour cent les coûts de main d’œuvre.

Vendredi, des responsables d’EELV ont brièvement menacé de quitter le gouvernement. Le président du groupe d’EELV au sénat, Jean-Vincent Placé, a dit, « Depuis le virage post-rapport Gallois et les annonces très en faveur des entreprises sans contreparties et sans conversion écologique, je suis moi-même de plus en plus perplexe quant à cette participation gouvernementale. »

Les Verts occupent deux postes ministériels, au Logement et du Développement durable, et se présentent cyniquement comme les défenseurs des classes moyennes tout en indiquant qu’ils sont d’excellents gardiens du capital financier. Après avoir voté contre le traité européen pro austérité, les Verts ont approuvé la loi organique qui intègre la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire au droit français, une disposition prévue dans le traité fiscal de l’UE. EELV a aussi voté pour le budget d’austérité français de 2013.

Après une controverse initiale au sein d’EELV au sujet de ses commentaires, Placé est rapidement revenu sur ses critiques. Il a souligné, « Je n’ai jamais indiqué que nous sortirions demain du gouvernement. »

Des critiques inoffensives sont également venues de la périphérie du PCF, partenaire gouvernemental de longue date du PS depuis les années 1980 et jusqu’en 2002. Le PCF ne fait pas partie, techniquement parlant, de la coalition gouvernementale parlementaire, mais en pratique il soutient le gouvernement Hollande.

Lundi, le Parti de Gauche (PG) de l’ancien ministre PS, Jean-Luc Mélenchon – qui fait fonction d’intermédiaire entre le PS et le PCF – a dévoilé un « budget alternatif. » Ce budget se propose de lever des centaines de milliards d’euros en taxant les riches en France. Comme dans le cas de la proposition électorale du PG de relever le Smic (salaire minimum) à 1.700 euros par mois, cette revendication totalement légitime ne vaut rien parce que le PG n’a nullement l’intention de l’appliquer.

Un parti qui se compose de fonctionnaires PS de longue date, le PG est fermement intégré à la politique d’austérité de Hollande. Il agit avant tout pour promouvoir l’illusion que le caractère de classe de la politique du PS peut être infléchi par des manœuvres parlementaires pratiquées par les membres du PG, bloquant de ce fait le développement d’une opposition politiquement indépendante contre des mesures d’austérité de Hollande. (Voir: « Quelle est la politique du candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon ? »

L’effondrement du soutien du gouvernement Hollande a même incité le PCF à critiquer Hollande. Le quotidien du PCF, L’Humanité a remarqué : « Ce plan [du gouvernement] qui reprend pour l’essentiel les préconisations du rapport du patron d’industrie Louis Gallois, risque de coûter cher, très cher, aux Français sans pour autant permettre à notre pays de sortir de l’impasse de la crise économique et financière, et donc de développer l’emploi. »

L’Humanité a cyniquement critiqué le recours de Hollande à l’argent des contribuables pour renflouer les banques. Le journal a souligné que les fonds « publics donnés sans contrepartie peuvent être utilisés à toute autre fin qu’à l’investissement et à l’emploi. »

Le journal a gardé le silence sur le fait que le gouvernement Hollande utilise en réalité ces fonds pour financer l’externalisation et les fermetures d’usines qui sont négociées par la bureaucratie syndicale, au sein de laquelle le PCF reste une force politique dominante.

L’Humanité a cherché à nourrir l’illusion qu’une pression exercée par des forces telles que le PCF peut faire changer la politique de Hollande : « Ainsi, le gouvernement… s’enfonce dans une politique d’austérité dont tous les exemples, en France et en Europe, montrent qu’elle emmène dans le mur. Il serait temps d’écouter les voix qui, à gauche, appellent à changer de cap. »

Bien que l’Humanité ne le dise pas, le précédent récent le plus évident de la politique de Hollande est celui du premier ministre social-démocrate, George Papandreou en Grèce. La politique de Papandreou a rejeté la société grecque des décennies en arrière – produisant une contraction de 25 pour cent de l’économie grecque, l’effondrement du système de santé, de l’éducation et des services sociaux ainsi que la hausse du taux de chômage à plus de 25 pour cent. Toutefois, l’Humanité est dans l’impossibilité de soulever ce point directement car il montrerait trop clairement le caractère réactionnaire de son soutien apporté à l’élection présidentielle de Hollande.

La raison en est que les critiques émises par l’Humanité reflètent non pas l’opposition existant au sein de la classe ouvrière mais les inquiétudes de la bureaucratie syndicale et d’autres sections des classes moyennes affluentes qui sont intégrées dans l’élite dirigeante française, et pour lesquelles parle le PCF. Ces critiques ne contestent pas la politique de fermeture d’usines et ne mettent pas clairement en garde quant à l’impact potentiel des réductions des dépenses de Hollande mais elles s’inquiètent des conséquences pour le capitalisme français de la poursuite d’un tel cours.

Ces critiques les rangent du côté de sections de la bourgeoisie française qui s’inquiètent de ce que la politique de Hollande les condamnera à accepter un contrôle de l’Europe et de la zone euro par l’Allemagne. (Voir aussi : « L’ancien ministre des Finances confirme que la France a envisagé sa sortie de la zone euro »)

Elles reflètent en premier lieu les préoccupations grandissantes de l’élite dirigeante française face à l’émergence d’une opposition de masse populaire contre Hollande venue de la gauche et qu’ils craignent ne pouvoir contrôler.

Après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Hollande a laissé tomber ses promesses électorales frauduleuses et ambiguës pour adopter une politique d’austérité et de licenciement de masse dans des industries clé. Le gouvernement a adopté le budget d’austérité pour 2013 qui prévoit des coupes à hauteur de 30 milliards d’euros dans les dépenses sociales. Le mois dernier, il a ratifié le traité fiscal de l’Union européenne qui vise à imposer de brutales mesures d’austérité en prescrivant des objectifs stricts de réduction du déficit.

Le gouvernement, les syndicats et les patrons sont en train de négocier des réformes du « marché du travail » afin d’éliminer ce qui reste de la protection des travailleurs et aussi pour réduire drastiquement le coût de la main d’œuvre.

Ceci souligne la responsabilité politique des partis petits bourgeois de « gauche » dans leur promotion de l’élection de Hollande. Ils ont canalisé l’opposition populaire à l’encontre de la politique de Sarkozy derrière Hollande en affirmant que ce dernier poursuivrait une politique moins réactionnaire et cela même après avoir reconnu que le PS pratiquerait une politique anti ouvrière une fois au pouvoir.

Leur perspective banqueroutière a été réfutée par la politique droitière de Hollande. Hollande a adopté des mesures initialement proposées par son prédécesseur conservateur impopulaire, Nicolas Sarkozy, y compris l’augmentation de la TVA et une réduction de 20 milliards d’euros du coût du travail – considérablement plus que les 13 milliards initialement proposés par Sarkozy.

L’opposition contre le gouvernement Hollande doit être basée sur une mobilisation indépendante de la classe ouvrière dans une lutte révolutionnaire. La « gauche » petite bourgeoise, organiquement liée au PS est profondément hostile à une telle lutte.

(Article original paru le 14 novembre 2012)