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Visite de Clinton en Algérie en préparation de la guerre au Mali

Par Kumaran Ira
5 novembre 2012

Des responsables des Nations unies (ONU), de l’Union africaine (UA), de la Communauté économique des pays de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de l’Union européenne (UE) ont participé à la conférence à Bamako. Ouvrant la conférence, le ministre malien de la Défense, Yamoussa Camara, a dit que la guerre était inévitable en ajoutant : « Cette rencontre d’harmonisation doit permettre de déboucher sur des propositions concrètes pour l’adoption d’un concept stratégique pour libérer le Nord de notre pays. »

Le 12 octobre, une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU a donné jusqu’au 26 novembre à la Cédéao pour présenter un plan détaillé pour une intervention militaire au Mali. La Cédéao a déjà annoncé le déploiement de 3.000 hommes au Mali et attend encore l’approbation définitive par le Conseil de sécurité de l’ONU.

La conférence a lieu sous l’égide des puissances impérialistes, dont les Etats-Unis et la France, qui sont en train de faire pression en faveur d’une intervention militaire. Elles visent à utiliser les troupes africaines en tant que mandataires contre les forces islamistes – y compris Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) qui sont tous deux liés à l’organisation al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) – qui depuis mars opèrent au Nord Mali.

A ce stade, le Mali a plongé dans la guerre civile après que les forces touaregs fuyant la Libye contrôlée par les Etats-Unis sont retournées au Nord Mali et ont pris le contrôle de la région. Ces forces nationalistes touaregs sont organisées dans le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) qui a rejoint des groupes islamistes pour prendre le contrôle de la région. La victoire des rebelles au Nord a provoqué un coup d’Etat militaire à Bamako qui a évincé le président de longue date, Amadou Toumani Touré (ATT).

La visite de Clinton à Alger a pour but de garantir le soutien de l’Algérie, une puissance militaire régionale majeure, à la guerre au Mali. Elle a fermement plaidé en faveur d’une intervention militaire comme étant la stratégie primordiale. Un responsable américain a dit : « La secrétaire d’Etat a souligné… qu’il est évident qu’un processus politique et notre lutte contre le terrorisme au Mali doivent aller de pair. »

Tant la France que les Etats-Unis considèrent la participation de l’Algérie à l’intervention militaire comme étant vitale. Avant la visite de Clinton, un responsable du Département d’Etat américain a dit : « L’enjeu ici est énorme, et nos intérêts communs le sont aussi, et il y a une forte prise de conscience que l’Algérie doit être un point central de la solution. »

Après la visite de Clinton, les médias ont rapporté que l’Algérie avait donné son approbation à une participation à l’intervention au Mali. Un responsable du ministère algérien des Affaires étrangères a dit, « Les discussions entre le président Bouteflika et Mme Clinton ont plus porté sur les modalités de la participation algérienne que sur son principe. »

La visite de Clinton a eu lieu après que l’Algérie et les Etats-Unis ont eu leur tout premier dialogue américano-algérien le 19 octobre à Washington et qui s’est concentré sur le renforcement de la coopération entre les deux pays au niveau politique, sécuritaire et économique.

Le régime algérien du FLN (Front de libération national) se présente cyniquement sur le front intérieur comme un critique de la politique impérialiste. Toutefois, la visite de Clinton a souligné que le FLN, 50 ans après son indépendance de la France, n’est pas opposé à une politique impérialiste dans la région. Il serait en train de coordonner des projets militaires avec les puissances impérialistes.

Il a déployé plus de 25.000 hommes le long des frontières maliennes et libyennes en autorisant la CIA à installer en Algérie son quartier général pour la région Maghreb-Sahel.

Des officiers et des diplomates américains et français sont en pourparlers afin de faciliter des projets d’intervention, de fournir le soutien logistique à une intervention et de déployer des drones de surveillance. Des responsables de haut rang du Département d’Etat américain et du Commandement pour l’Afrique des Etats-Unis (AFRICOM) se sont rendus à Paris pour participer à un sommet sécuritaire sur la région du Sahel où se trouve le Mali. L’UE a aussi annoncé une « mission Mali, » et déployé des experts militaires pour assurer la formation de soldats maliens et africains durant une période de quatre à six mois.

Des préparatifs pour une nouvelle guerre sont en cours au mépris de l’opinion publique tant en France qu’aux Etats-Unis et qui est hostile aux guerres en Afghanistan et en Libye ainsi qu’à la guerre actuelle menée par procuration en Syrie.

Washington et Paris présentent cyniquement leurs projets de guerre au Mali comme faisant partie intégrante de la guerre contre le terrorisme. La semaine passée, le ministre américain de la Défense, Leon Panetta, a juré d’éliminer la menace d’« al Qaïda » au Nord Mali, en affirmant qu’al Qaïda n’aurait « nulle part où se cacher. »

De tels commentaires sont hypocrites. Les Etats-Unis et la France avaient compté sur les forces d’al Qaïda dans la guerre contre la Libye pour renverser le régime du colonel Mouammar Kadhafi. Dans la guerre par procuration menée par les Etats-Unis pour évincer le gouvernement de Bachar al-Assad en Syrie, les services de renseignement américains et leurs alliés arment et comptent sur le même al Qaïda et les mêmes forces islamistes pour attiser la guerre civile.

L’intervention militaire de la France au Mali est préparée par le gouvernement du Parti socialiste (PS) du président François Hollande qui a demandé le plus rapidement possible une intervention militaire « africaine » au Mali. Hollande devrait se rendre en Algérie en décembre.

Des responsables français de la Défense ont dit à l’agence Associated Press (AP) qu’ils planifiaient d’envoyer d’ici la fin de 2012 deux drones de surveillance basés en Afghanistan vers l’Afrique de l’Ouest. La France a déployé des forces spéciales dans la région – y compris en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Tchad – et a confié en sous-traitance la surveillance au Mali à des entreprises privées. Intelligence Online a rapporté que la France a passé un contrat avec la société luxembourgeoise CAE Aviation pour contrôler certaines parties du Nord Mali et de l’Ouest du Niger avoisinant.

L’intervention impérialiste serait planifiée pour le début de l’année prochaine, notamment avant le commencement de la saison des pluies. Selon Le Monde, ses principales phases seront une « consolidation de la souveraineté malienne sur le Sud du pays et sa capitale Bamako, puis la mise à pied d’œuvre de trois ou quatre bataillons maliens sur lesquels les armées africaines et leurs alliées européennes pourront compter pour affronter les groupes du Nord. Après la reprise de plusieurs villes [au Nord] – Gao, Tombouctou –, la stabilisation du Nord suivrait, en mars. Le plan comprend des bombardements et l’intervention de forces spéciales. Les Etats-Unis fourniront des moyens de renseignement. »

L’AP a cité des responsables américains qui ont dit que « les Etats-Unis ont déjà étendu leur activités de renseignement liées au Mali à l’aide de satellite et de vols d’espionnage au-dessus du Nord pour suivre l’évolution et repérer les rebelles. »

(Article original paru le 3 novembre 2012)