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Le budget péquiste et la grève étudiante de 2012

Déclaration du Parti de l'égalité socialiste
22 novembre 2012

Le texte qui suit sera diffusé à une manifestation étudiante qui a lieu aujourd'hui à Montréal par des partisans du Parti de l'égalité socialiste (Canada).

La question cruciale posée à tous ceux qui manifestent aujourd'hui est de faire le bilan d'une année riche en leçons politiques.

De février à septembre, les étudiants du Québec ont mené une grève courageuse pour défendre le droit à une éducation supérieure de qualité. Cette lutte n'était pas simplement en opposition à la hausse drastique des frais de scolarité par le gouvernement libéral précédent. Elle représentait objectivement un défi à toute la politique de classe de l'élite dirigeante, qui vise à faire payer les travailleurs pour la crise du capitalisme.

C'est pourquoi tout l'État capitaliste – le gouvernement, les tribunaux, les médias de masse – a été mobilisé pour chercher à isoler et intimider les étudiants en grève. L'objectif visé était l'écrasement de la grève par une campagne coordonnée de salissage médiatique, de violences policières et de lois anti-démocratiques interdisant les manifestations.

Mais ces mesures ont eu un effet opposé. Elles ont renforcé la détermination des étudiants grévistes et entraîné dans la lutte de nouvelles couches sociales, avant tout les travailleurs, qui sont confrontés au fait que les compressions budgétaires, baisses salariales et suppressions d'emplois des dernières décennies vont en s'accélérant depuis la crise financière mondiale de 2008.

Devant le danger que la grève étudiante se transforme en un large mouvement social d'opposition à l'ordre capitaliste établi, une section de la classe dirigeante a appelé à la tenue de nouvelles élections, comme en témoignent des éditoriaux de La Presse, le plus influent quotidien du Québec et propriété de la famille milliardaire des Desmarais.

Les centrales syndicales ont répondu à cet appel. Après avoir laissé les étudiants affronter seuls le gouvernement pendant des mois, elles sont intervenues pour torpiller la grève, avec l'aide cruciale de Québec solidaire, des anarchistes et de toute la pseudo-gauche québécoise. Ces forces ont toutes brandi la possibilité de se débarrasser des libéraux par les urnes comme la seule voie de l'avant. Elles ont présenté l'élection éventuelle d'un gouvernement péquiste comme un moindre mal, voire un gain, étant donnée la nature supposément progressiste du Parti québécois.

Le Parti de l'égalité socialiste a lutté pour démasquer cette fraude et mettre à nu le PQ comme un parti de la grande entreprise. Au début de la campagne électorale, par exemple, nous écrivions sur le World Socialist Web Site : « Le PQ prétend être un parti de la "gauche", mais il a un bilan de décennies de mesures d’austérité anti-ouvrières et de brutales lois antigrèves. Et bien qu’il ait critiqué certaines mesures libérales de droite..., il a aussi dénoncé plusieurs fois le gouvernement pour ne pas avoir réduit les dépenses et les impôts assez rapidement. »

Cet avertissement a été pleinement confirmé par le premier budget du nouveau gouvernement péquiste. Déposé mardi, son objectif principal est d'atteindre le « déficit zéro » pour l'année fiscale 2013-14, année qui verra la croissance des dépenses sociales limitée à 1,8 pour cent, le taux le plus bas en 15 ans. Cela se traduira par une forte diminution des programmes sociaux alors qu'ils sont plus nécessaires que jamais, en cette période où l'économie mondiale traverse sa pire crise depuis la Grande Dépression des années 30, entraînant à travers le monde une hausse marquée du chômage et de la pauvreté.

Parmi d'autres mesures annoncées dans le budget, il y a l'abolition de 2000 emplois à Hydro-Québec, une hausse des tarifs d'électricité, le maintien de la taxe santé du gouvernement libéral précédent et de nouvelles taxes sur la consommation. Au même moment, diverses mesures d'allègement fiscal sont offertes à la grande entreprise, tandis que des milliards sont mis de côté pour rembourser la dette, c'est-à-dire enrichir les marchés financiers en privant la population de services publics nécessaires.

Résumant l'accueil positif de l'élite dirigeante, Simon Prévost, le président des manufacturiers et exportateurs du Québec, a déclaré à Radio-Canada qu’il n’avait « pas vu un aussi bon budget depuis longtemps ».

De son côté, Québec solidaire (QS) a déclaré que ce budget était celui des « espoirs déçus ». Cette ruse ne devrait tromper personne. Depuis sa formation, QS courtise le PQ en vue d'une alliance dite « souverainiste », c'est-à-dire avec cette section de la bourgeoisie qui voit en la séparation du Québec un outil pour mieux faire valoir ses propres intérêts de classe et intensifier l'exploitation de « sa » classe ouvrière.

Pendant la grève étudiante de 2012, QS a mis tout son poids dans la balance, y compris son image « de gauche », pour légitimer la campagne visant à défaire les libéraux par les urnes. Il a semé des illusions dans le PQ en le présentant comme « moins pire » que les libéraux. Juste avant le déclenchement des élections, QS a renouvelé son offre de coalition avec le PQ. Et il a conclu la campagne électorale en spéculant sur la possibilité qu'il détienne la balance du pouvoir, et a offert d'avance son soutien inconditionnel à un gouvernement minoritaire péquiste.

Aux côtés des centrales syndicales, Québec solidaire a sa propre part de responsabilité politique dans les attaques sur les travailleurs inaugurées par le budget de mardi et qui vont s'intensifier sous le gouvernement du PQ.

La défaite de la grève étudiante de 2012 est aussi le résultat de la politique de protestation mise de l'avant par la CLASSE. Selon cette politique, il suffisait aux étudiants d'être nombreux dans les rues et de crier assez fort pour obliger le gouvernement Charest à retirer la hausse des frais de scolarité. Cette mesure était vue comme une question à part, et non pas comme l'expression dans le domaine de l'éducation du programme de guerre de classe tous azimuts qui est partagé par l'élite dirigeante en son ensemble.

Sur cette base, la CLASSE a rejeté la seule voie de l'avant qui s'offrait aux étudiants, à savoir : lancer un large appel aux travailleurs pour une contre-offensive commune pour la défense de tous les programmes sociaux, ainsi que des salaires et des emplois, contre le capitalisme en faillite.

La politique de protestation de la CLASSE était associée à une perspective nationaliste, qui voyait la grève étudiante comme une question purement québécoise. Aucun appel n'a été lancé aux étudiants des autres provinces canadiennes, sans parler des travailleurs. Aucun effort sérieux n'a été fait pour lier l'assaut sur l'éducation au Québec aux nombreux programmes d'austérité mis en place par la classe dirigeante partout dans le monde, particulièrement en Grèce et à travers l'Europe.

Alors que la lutte arrivait à un moment décisif au début de l'été, la CLASSE s'est adaptée à la campagne visant à détourner la grève étudiante sur la voie électorale et derrière le PQ. Devant la farouche opposition des syndicats, la CLASSE a laissé tomber ses timides appels à un plus grand mouvement de protestation, ce qu'elle appelait « grève sociale ». Et elle a déclaré que la question-clé était de défaire les néo-libéraux, rejetant ainsi la lutte contre le capitalisme et tous ses représentants politiques.

Aucune des questions soulevées par la grève de 2012 n'a été résolue. Le budget déposé cette semaine par le nouveau gouvernement péquiste est le signal clair que les conflits de classe vont s'intensifier dans la prochaine période. Les étudiants et les jeunes qui veulent s'y préparer sérieusement doivent tirer les leçons de la grève, notamment en ce qui concerne la faillite de la politique de protestation et du nationalisme, ainsi que la véritable nature de classe du PQ.

Seule une orientation socialiste et internationale permet de dégager de grandes perspectives de lutte, basées sur la mobilisation indépendante de la classe ouvrière, la seule force sociale capable d'offrir une alternative progressiste au capitalisme en faillite. Cette alternative est la lutte pour l'égalité sociale, pour satisfaire les besoins sociaux de tous et non accroître les profits d'une minorité. Nous appelons les jeunes et les étudiants d'accord avec cette perspective à contacter le Parti de l'égalité socialiste et à adhérer à son mouvement de jeunesse, les Étudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale.