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Le tournant post-électoral d’Obama vers l’austérité et la guerre

Par Joseph Kishore
13 novembre 2012

Les élections américaines terminées, la classe dirigeante américaine décide avec une rapidité incroyable d'appliquer un programme profondément impopulaire centré sur des coupes à hauteur de milliers de milliards de dollars dans les soins de santé et d'autres programmes sociaux.

Le premier point à l’ordre du jour à être mis en pratique, du moins en partie avant même la prise de fonction en janvier du Congrès nouvellement élu, est la soi-disant « falaise budgétaire ».

Le langage a été choisi tout à fait délibérément. L’image d’une « falaise » – utilisée pour la première fois par le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, en février 2012 – a pour but de créer un sentiment de catastrophe imminente. La falaise budgétaire est devenue la dernière formule en date de l’establishment politique et médiatique, apparaissant sur CNN avec un compte à rebours actualisé en permanence. L'objectif est de favoriser une atmosphère de crise pour imposer des mesures souhaitées de longue date par la classe dirigeante et qu’il serait impossible d’imposer autrement.

Cette « falaise » est une création artificielle. Suite à une loi adoptée par le Congrès et le gouvernement Obama, la fin de l'année verra la fin des réductions d’impôts de Bush sur toutes les catégories de revenus ainsi que l’application de coupes généralisées dans les dépenses militaires et nationales (à l’exclusion de la Sécurité sociale et de Medicaid.)

D’autres mesures devant expirer à la fin de l’année, en particulier les allocations chômages payées par le gouvernement fédéral, ont été passées sous silence dans les médias. Les deux partis sont d’accord pour mettre fin à une aide dérisoire qui est accordée aux personnes sans emploi.

La date de la « falaise » a été fixée délibérément après les élections pour empêcher que le vote ne devienne un référendum sur les coupes sociales et pour donner à la Maison Blanche et au Congrès, quel que soit le parti ayant le contrôle, un blanc-seing pour imposer son programme d’austérité bipartisan.

Les deux partis, démocrate et républicain, saluent la perspective d’un accord qui se concentrerait sur deux objectifs : 1) le remplacement des coupes automatiques dans les dépenses par des coupes visant Medicare, Medicaid et la Sécurité sociale tout en évitant des coupes dans les dépenses militaires ; 2) faire progresser une « réforme fiscale favorisant la croissance, » qui comprendrait une réduction des taux d’imposition des sociétés et des particuliers combinée à l’élimination ou à la limitation de déductions profitant aux travailleurs.

Durant la campagne électorale, Obama a insisté pour que soit mis fin aux réductions d’impôts de Bush en faveur des riches – décision qui résulterait en une augmentation relativement faible du taux d’imposition des hauts revenus. En exploitant la popularité de l’augmentation des impôts pour les riches, le gouvernement cherche à se procurer la caution d’un « sacrifice égal » alors qu’il s’apprête à dégrader les programmes sociaux.

Cependant, même une augmentation nominale des taux d’impôts ne verra probablement pas le jour. David Axelrod, le stratège en chef d’Obama, a dit dimanche qu’il ne voulait pas « anticiper » les négociations. En louant les commentaires faits par le porte-parole républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, Axelrod a déclaré, « [B]ien sûr, on peut trouver de l’argent en supprimant des niches fiscales et en les appliquant à une réduction du déficit budgétaire [au lieu de relever les taux], et donc je pense qu’il y a bien des manières d’arriver à nos fins tant que tout le monde a une attitude positive et constructive face à cette tâche. »

Quels que soient les détails de l’accord qui sera finalement conclu, il comprendra des coupes historiques dans les programmes bénéficiant à la classe ouvrière tout en augmentant la richesse de l’élite financière et patronale.

Au sujet de la politique étrangère, le gouvernement se dirige rapidement vers une escalade pour imposer un changement de régime en Syrie tout en émettant de nouvelles menaces contre l’Iran. Dans sa première annonce en matière de politique étrangère faite après les élections, le gouvernement a imposé de nouvelles sanctions à l’encontre des responsables iraniens. Un projet de loi bipartisan est en train de franchir les différentes étapes du Sénat et imposera des sanctions accablantes à l’ensemble de l’économie iranienne qui a d’ores et déjà été dévastée par les agissements des Etats-Unis et de leurs alliés.

Le premier voyage effectué par le président après les élections, et qui commencera le 17 novembre, se fera en Asie alors que le gouvernement est en train d’intensifier sa campagne pour isoler et cibler la Chine.

La première semaine après les élections a tracé le cadre des quatre prochaines années sous Obama. Elle a aussi souligné le processus de décrépitude accélérée de la démocratie américaine.

Des milliards de dollars ont été dépensés durant les deux campagnes électorales pour une élection qui est soi-disant la plus importante occasion pour que la population américaine ait son mot à dire sur l’avenir du pays. Cependant, les projets réels de la classe dirigeante ont été dissimulés derrière les platitudes et les discours creux des deux candidats. Maintenant que les élections sont passées, le programme de l’oligarchie financière patronale est poursuivi avec une détermination impitoyable.

L'expérience de ces quatre dernières années avec le gouvernement Obama n’a pas été vaine pour les travailleurs. Le World Socialist Web Site a pratiquement été seul à souligner l’aspect le plus significatif du scrutin de mardi : la baisse exceptionnelle de la participation du nombre d’électeurs et avant tout la chute sensible du nombre de voix en faveur d’Obama.

Lorsque tous les bulletins de vote seront dépouillés, le score d’Obama sera de 7 à 8 millions inférieur à son score d’il y a quatre ans. La baisse n’est pas la conséquence du soutien pour Romney, dont le nombre total de voix est inférieur à celui obtenu par le candidat républicain John McCain en 2008. Au contraire, de vastes sections de la population ont exprimé leur désillusion et leur aliénation par rapport aux deux partis et à l’ensemble du système politique en n’allant pas voter.

Sous l’impact de la crise économique et en réponse à la politique de la classe dirigeante, le désenchantement de millions de travailleurs et de jeunes se transformera en colère. Quelle forme politique cette colère prendra-t-elle ?

L’ensemble des institutions pro Parti démocrate – à commencer par les syndicats jusqu'aux organisations et aux publications libérales et pseudo-gauches – sont compromises par ces développements. Elles saluent la réélection d’Obama comme étant une grande victoire pour les « progressistes » et regardent avec crainte et appréhension l’aliénation des travailleurs par rapport au Parti démocrate.

La politique, tout comme la nature, a peur du vide. La force de la perspective socialiste – et du programme du Parti de l’Egalité socialiste (Socialist Equality Party, SEP) – est qu’elle correspond à la logique des développements objectifs. Durant les élections, la campagne du SEP a averti de ce qui est à venir après les élections. La classe dirigeante de par ses propres agissements prouve la validité de cet avertissement et de la perspective marxiste.

(Article original paru le 12 novembre 2012)