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La faillite de Hostess : Le visage brutal du capitalisme américain

Par Jerry White
24 novembre 2012

Hostess Brands a demandé l’autorisation au tribunal de la faillite de liquider sa société de pâtisserie et d’éliminer les emplois et les pensions de 18 500 travailleurs. La société vieille de 82 ans est le fabricant des marques bien connues Wonder Bread et Twinkies. Elle a annoncé la semaine dernière qu’elle prévoit fermer 33 usines, 565 centres de distribution, 570 points de vente et mettre fin à environ 5 500 itinéraires de livraison dans tous les États-Unis.

Les dirigeants de la société ont justifié leur décision en invoquant la grève d’une semaine des 5 600 membres de l’un des syndicats les plus importants de l’entreprise, le Syndicat international des travailleurs et travailleuses de la boulangerie, confiserie et du tabac (Bakery, Confectionery, Tobacco Workers and Grain Millers International Union –– BCTGM). La gestion a donné aux grévistes jusqu’au 15 novembre pour accepter ses demandes de profondes réductions de salaires et de prestations et pour plus de fermetures d’usines encore, autrement elle procéderait à la liquidation de l’entreprise.

Mais les travailleurs – qui subissent leur deuxième faillite d’entreprise en dix ans – ont trouvé que ça suffisait. Après la première faillite de l’entreprise en 2004, les travailleurs ont vu leur salaire baisser de 48 000 $ à 34 000 $, soit 16,12 $ l’heure.

Si acceptées, les dernières exigences de contrat auraient abaissé les salaires à environ 25 000 $, en plus d’exiger des travailleurs qu’ils déboursent significativement plus pour contribuer à leur régime d’assurance maladie. Ce sont là des salaires de misère, inférieurs à ce que de nombreux travailleurs reçoivent sur le chômage.

Lorsque les travailleurs ont rejeté ce chantage, la société a répondu impitoyablement en verrouillant les barrières de ses usines et en annonçant des licenciements massifs et la fin du régime de pension. Les médias ont massivement pris le parti de la direction, dénonçant les travailleurs pour avoir débrayé et choisi « le suicide collectif » plutôt que d’accepter les « réalités économiques ».

Lundi, un juge fédéral siégeant en faillite a temporairement suspendu la liquidation, ordonnant au syndicat des boulangers d’aller en médiation à huis clos avec la société. La Cour a déjà sanctionné l’annulation des conventions collectives et approuvé l’« offre finale » de la direction en matière de réductions de salaire et de concessions massives. Dès mardi soir, Hostess a déclaré que les efforts de médiation avaient échoué et que la procédure de liquidation reprendrait mercredi.

Le but du tribunal dans sa décision était de faire pression sur le syndicat des boulangers pour qu’il suive les traces des Teamsters, le plus grand syndicat présent chez Hostess, qui a fait avaler en septembre les exigences de la direction à ses 6 700 membres en dépit d’une opposition généralisée au sein de l’entreprise. En contrepartie, le syndicat des Teamsters a obtenu des sièges au conseil d’administration, une part de 25 pour cent des actions de la société, et un droit de réclamation de 100 millions de dollars en cas de faillite.

Les travailleurs de Hostess font face à une expérience commune vécue par d’innombrables travailleurs américains depuis les trois dernières décennies. Avec l’aide des syndicats, les entreprises ont imposé une série de concessions après l’autre, chacune étant plus coûteuse que la précédente.

Dans pratiquement tous les secteurs de l’économie – automobile, mines, sidérurgie, industrie de la viande, compagnies aériennes, commerce de détail, transports – les sociétés utilisent le tribunal de la faillite pour détruire les salaires, les prestations et les conditions de travail des travailleurs.

Les requins de la finance des sociétés de capitaux privés et de fonds de placement spéculatif organisent des rachats pour « sauver » des entreprises défaillantes, afin de leur fixer un niveau d’endettement pour avoir une excuse pour piger dans leurs régimes de pensions et de soins de santé, les dépouiller de leurs actifs et repartir avec des millions de dollars en profits.

Les dirigeants syndicaux défendent leurs salaires et leurs avantages gonflés en sacrifiant pour les patrons les emplois et les niveaux de vie de leurs membres. En fin de compte, les concessions, loin de « sauver des emplois » comme promettent les syndicats, ne font qu’entraîner plus de mises à pied et de fermetures d’usines, dévastant des communautés ouvrières et des villes entières.

Cette fois-ci, les travailleurs de Hostess ont dit « non ». Par ce geste, ils ne parlent pas seulement pour eux-mêmes. Ils articulent l’état d’esprit de plus en plus défiant de la classe ouvrière dans son ensemble.

Des dizaines de millions de personnes sentent qu’il devient impossible de vivre dans des conditions d’insécurité économique permanente – la « nouvelle normalité » du président Obama en matière de supposé recouvrement économique. Pendant ce temps, les profits des entreprises, les marchés boursiers et les primes des gestionnaires montent en flèche et le fossé entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser.

Ces conditions exposent la faillite des syndicats officiels qui acceptent sans réserve le cadre du système capitaliste et la subordination politique de la classe ouvrière au Parti démocrate. Dans le but de distancer l’administration Obama de l’attaque sur les travailleurs de Hostess, Richard Trumka, président de l’AFL-CIO, a dénoncé celle-ci comme étant un exemple la façon dont « les vautours de Wall Street du type de Bain s’enrichissent en appauvrissant les États-Unis » – une référence à la société de capitaux privés dirigée pendant de nombreuses années par Mitt Romney qui était le candidat républicain lors de la récente campagne présidentielle.

En fait, les sociétés de capitaux privés et de fonds de placement spéculatif impliquées dans le pillage de Hostess sont beaucoup plus près du Parti démocrate que des républicains. C’est Tom Collins, le dirigeant de la société de capitaux privés Ripplewood Holdings, qui a endetté la société, mis fin aux paiements des pensions et imposé des réductions de salaire et des concessions débilitantes. Il est un éminent démocrate ayant des liens avec l’ancien chef de la majorité démocrate en chambre Dick Gephardt et, en passant par lui, avec le syndicat des Teamsters.

L’un des fonds de placement spéculatifs ayant définitivement mit fin aux activités de Hostess – Monarch Alternative Capital, basé à Manhattan – est une société issue de la scission de la société de capitaux privés Quadrangle Group, co-fondée par Steven Rattner, le spéculateur d'actifs multimillionnaire qu’Obama a mis en charge de gérer les faillites forcées et la restructuration de General Motors et de Chrysler en 2009. Dans ses fonctions, Rattner a supervisé l’anéantissement de dizaines de milliers d’emplois, réduit les prestations de santé et de retraite, et amputé de moitié les salaires des nouveaux employés.

C’est là le visage brutal du capitalisme américain, soutenu par les deux partis de la grande entreprise. Le gouvernement, les entreprises et les médias qu’elles contrôlent, ainsi que les syndicats, sont tous unis dans leur volonté de faire payer la classe ouvrière pour l’échec du système de profit et ainsi accroître encore plus la richesse déjà obscène de l’aristocratie financière.

La classe ouvrière ne peut réagir que d’une seule façon à un système qui utilise le chantage et la terreur économiques pour l’enrichissement de quelques-uns au détriment du plus grand nombre : mener une lutte révolutionnaire pour réorganiser la société en profondeur. Pour garantir les droits sociaux de la classe ouvrière – emplois stables et bien rémunérés, conditions de travail décentes, retraite dans la dignité, accès à des logements, de l’éducation et des soins de santé de haute qualité – il est nécessaire de briser la dictature des banques et des sociétés de capitaux privés.

Le gaspillage des énormes ressources financières et le démantèlement de l’industrie doivent être arrêtés par la collectivisation des secteurs bancaire et financier qui doivent être placés sous le contrôle et démocratique des travailleurs. Les livres comptables de Hostess doivent être rendus publics afin d’exposer les machinations entre les dirigeants d’entreprises, les financiers et les responsables syndicaux et jeter les bases pour la nationalisation de l’entreprise. Les actifs malhonnêtement acquis par les criminels financiers doivent être confisqués afin de créer un fonds de plusieurs billions de dollars pour compenser tous ceux qui ont perdu leur maison, leur salaire et leur pension.

La faillite de Hostess démontre la nécessité d’une nouvelle perspective socialiste et d’une nouvelle direction au sein de la classe ouvrière. La bataille de Hostess n’est que le début des immenses luttes sociales qui vont éclater contre l’administration Obama et le système capitaliste qu’il défend. Nous exhortons les travailleurs à rejoindre et à construire le Parti de l’égalité socialiste pour se préparer à ces luttes.

(Article original paru le 21 novembre 2012)