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Le chef de SYRIZA en visite à Barcelone pour soutenir les Verts et les staliniens

Par Alejandro Lopez
28 novembre 2012

Jeudi dernier, Alexis Tsipras, chef du plus important groupe d'opposition en Grèce, SYRIZA, était présent à une réunion organisée par Iniciativa per Catalunya-Esquerra Unida I Alternativa (ICV-EUiA – Initiative pour la Catalogne Verts-unis et Gauche alternative). Sa visite a eu lieu tout juste trois jours avant les élections régionales en Catalogne.

L'ICV-EUiA est une coalition de groupes petits-bourgeois de pseudo-gauche et de restes du mouvement écologiste qui ont fusionnés avec les staliniens. Ce parti de la pseudo-gauche se définit comme « écologiste », « socialiste » et « féministe » ainsi qu'en faveur du droit à « l'autodétermination » du Pays basque et de la Catalogne.

Durant la campagne électorale pour les régionales, son dirigeant, Joan Herrera, avait déclaré que l'objectif principal était de « battre la politique d'austérité dogmatique. » Naturellement pas un mot n'avait été dit de son parti-frère dans la région andalouse au Sud, Izquierda Unida (IU – Gauche unie), qui est en train d'imposer 1,5 milliard d'euros de coupes en collaboration avec le Parti socialiste.

L'ICV-EUiA a dirigé la Catalogne avec la section catalane du Parti socialiste et les séparatistes catalans d'Esquerra Republicana de Catalunya de 2003 à 2009. Après l'effondrement financier mondial qui a débuté en 2008, le gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de José Luis Zapatero, avec l'aide des syndicats, a commencé à imposer des coupes massives dans les dépenses, réduisant les salaires et les retraites et s'en prenant aux conditions de travail.

En Catalogne, la coalition au gouvernement a fait la même chose, imposant 5 pour cent de coupes dans les salaires des travailleurs du secteur public, et réduisant de 5 pour cent les dépenses du gouvernement pour les entreprises publiques en 2009 avec le soutien de l'ICV-EUiA.

Durant la guerre des États-Unis et de l'OTAN contre la Libye, l'ICV avait voté en faveur de la guerre qui a entraîné la perte de 50 000 vies, laissé un pays en ruine et installé un régime qui n'est qu'un pantin des impérialistes. Son programme demande une politique commune européenne en matière d'affaires étrangères parce que « seule l'Union [européenne] sera capable de développer ses propres mécanismes de politique étrangère pour parler de sa propre voix dans le monde. » Elle appelle au renforcement de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) pour faire contrepoids à l'OTAN dominée par les États-Unis.

L'ICV-EUiA a tenu le portefeuille du ministère régional des Affaires intérieures quand il faisait partie d'un gouvernement de coalition entre 2006 et 2009, contrôlant la politique régionale. En 2009 le ministre de région avait défendu les policiers qui étaient critiqués par le barreau de Barcelone pour l'« extrême violence, typique d'autres temps et intolérable dans un système démocratique » dont ils faisaient preuve contre les étudiants qui contestaient les réformes de l'université.

La campagne de l'ICV-EUiA a fortement mis en avant le nationalisme catalan, qui est brandi par la Convergència I Unió au pouvoir pour faire diversion de ses mesures d'austérité massives. Pour le moment, le gouvernement a imposé trois trains de mesures d'austérité pour un total de 5 milliards d'euros sur l'éducation, la santé et les services sociaux, tout en affirmant que la séparation de l'Espagne signifierait que de telles coupes ne seraient pas nécessaires.

Le nationalisme promu par l'ICV-EUiA, sous le slogan du « droit de décider », est en réalité leur « droit » de créer un mini-état qui pourrait être rendu plus attractif pour l'élite patronale mondiale par des réductions d'impôts et une exploitation accentuée de la classe ouvrière. Elle sert à démobiliser politiquement les travailleurs et à les empêcher de présenter leurs propres intérêts indépendants dans une lutte unifiée.

La réunion publique où s'est rendu Tsipras dans le quartier ouvrier de Sants à Barcelone a attiré un public de vieux membres de l'ICV-EUiA et de jeunes travailleurs et étudiants venus écouter le chef de SYRIZA. La salle était pleine et certaines personnes sont restées debout durant toute l'heure qu'a duré le rassemblement.

Après que les principaux dirigeants de l'ICV-EUiA ont parlé de la crise, Tsipras a prononcé une série de phrases creuses. Il s'est prononcé pour une « véritable union » des peuples européens contre la troïka – l'Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale – et ses mesures d'austérité, en particulier pour les pays d'Europe méridionale.

La « bataille électorale » en Catalogne est importante, a-t-il ajouté, parce que l'Europe du Sud est à « l'épicentre du tremblement de terre néo-libéral », et a encouragé les gens à soutenir l'ICV-EUiA pour « continuer la lutte afin de changer la politique qui a été imposée jusqu'ici. »

« En Catalogne, » a-t-il poursuivi, « vous pouvez arrêter cette politique en soutenant et en votant pour mes compagnons qui veulent lutter pour créer une atmosphère complètement différente. »

Joan Herrera, dirigeant de l'ICV-EUiA, a affirmé que la présence de Tsipras était une « déclaration de principes » pour l'élection et que « nous voulons construire notre propre SYRIZA […] nous devons faire très attention à ce qu'ils [SYRIZA] sont en train de construire. »

Herrera n'a pas été le seul de la période récente à appeler à un SYRIZA espagnol. Le même jour, à Séville, le parti de la pseudo-gauche Izquierda Anticapitalista (IA) a tenu une réunion publique invitant des représentants d'IA, de SYRIZA, du Bloc de gauche portugais, et du syndicat SAT. L'IA, ainsi que d'autres groupes de pseudo-gauche comme En Lucha et El Militante, ont répandu l'illusion que SYRIZA est un parti de gauche radical. Un article d'IA décrit SYRIZA de cette manière :

« La question du radicalisme est essentielle. Un radicalisme qui cherche à combiner des perspectives stratégiques pour faire tomber le système capitaliste avec des propositions concrètes, devant être appliquées le lendemain de la victoire électorale. »

SYRIZA lui-même ne prétend pas chercher à faire tomber le capitalisme, c'est même plutôt l'inverse. C'est un parti qui représente les intérêts politiques de la bourgeoisie grecque et d'une couche de la classe moyenne qui se sentent menacés dans leur existence – à la fois par les exigences d'austérité sauvage de l'UE, du FMI et de la BCE, et par en bas sous la forme de l'opposition explosive que cela a généré dans la classe ouvrière. Son but affirmé est de persuader l'UE de réduire le train de ses mesures d'austérité, tout en maintenant la participation grecque à l'UE et l'usage de l'euro à tout prix.

C'est avant tout un parti qui se prépare à succéder au gouvernement instable dirigé par Nouvelle démocratie en Grèce afin de contrôler et de faire taire les protestations des travailleurs.

Durant la campagne électorale en juillet, SYRIZA avait déclaré qu'il inverserait toutes les coupes précédentes. À la réunion de Barcelone, Tsipras n'a fait aucun serment de ce genre. Le dernier train de mesures de plus de 13,5 milliards d'euros de coupes, joint à des "réformes" très larges du marché du travail, aurait pu être arrêté il y a trois semaines, si SYRIZA avait fait démissionner tous ses députés. Cela aurait légalement empêché les dernières mesures d'austérité et forcé des élections anticipées, dont le gagnant le plus probable aurait été SYRIZA. Mais Tsipras avait promis d'agir de manière responsable.

Dans l'un de ses derniers entretiens à l'hebdomadaire allemand Die Zeit, Tsipras a rejeté la faute sur « le gouvernement grec » et « le peuple grec » qui ont « une grande responsabilité » dans la crise des dettes souveraines.

(Article original paru le 26 novembre 2012)