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Qu’y a-t-il derrière les récentes hausses boursières?

Par Andre damon
1 octobre 2012

Malgré toute une suite de nouvelles et de chiffres économiques désastreux, les bourses connaissent une vitalité renouvelée dans le monde entier.

L’année passée, l’indice boursier américain Dow Jones et le FTSE 250 britannique ont tous deux connu une hausse de 20 pour cent, tandis que le DAX allemand a connu lui, une hausse de 39 pour cent. L’indice NASDAQ, composé principalement de sociétés de technologies ayant leur siège aux Etats-Unis, a déjà dépassé, et de loin, son record précédent, atteint en novembre 2007, tandis que le Dow Jones ne se trouve qu’à 600 points de son précédent record.

La hausse continue des bourses se produit à un moment où l’activité industrielle en Europe, en Chine, et aux Etats-Unis atteint son niveau le plus bas depuis trois ans. L’économie européenne se contracte dans son ensemble. Le dernier train de données économiques, rendu public le 27 septembre, indique que les commandes de biens durables aux Etats-Unis ont connu leur plus forte baisse depuis 2009. La croissance économique américaine du second trimestre a été revue à la baisse, du chiffre anémique de 1,7 pour cent à 1,3 pour cent.

Comment expliquer la hausse vertigineuse des valeurs boursières dans une situation où l’économie mondiale s’engage plus profondément dans la récession ?

Le boom des prix boursiers est l’expression d’une redistribution mondiale de la richesse du bas vers le haut. Les conditions sociales de la classe ouvrière sont inlassablement dégradées, tandis que des milliers de milliards de dollars sont distribués aux banques, principalement à des fins de spéculation financière.

Ce processus est particulièrement évident aux Etats-Unis, le centre du capitalisme mondial et le centre de la crise économique mondiale.

Les trois principaux indices boursiers ont connu un quasi doublement de leur valeur depuis 2009 et les fortunes des super riches ont augmenté en proportion. Les 400 plus riches milliardaires des Etats-Unis possédaient en 2009 une valeur nette de 1,27 billion. Ce chiffre, déjà indécent, a grimpé à 1,7 billion selon la liste publiée cette année, une augmentation de 33 pour cent en juste trois ans.

Les salaires des dirigeants d’entreprise ont connu une évolution similaire. Selon l’ Economic Policy Institute, le dirigeant d’entreprise moyen dans une des 350 plus grosses entreprises américaines a empoché 12,14 millions de dollars en 2011, en augmentation par rapport aux 12,04 millions touchés en 2010 et aux 10,36 millions de 2009.

En revanche, pour la population laborieuse, la situation est inverse. Entre 2009 et 2011, la dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles, le nombre de gens vivant dans la pauvreté aux Etats-Unis a augmenté de 2,6 à 49 millions. On s’est servi du chômage de masse comme d’un levier pour imposer des coupes salariales dans tous les secteurs de l’économie.

Depuis la fin officielle de la récession, en juin 2009, la durée moyenne du chômage a presque doublé, passant de 23 à 38 semaines. Le pourcentage de la population ouvrière ayant un emploi a baissé, l’augmentation anémique du nombre d’emplois peut à peine suivre l’augmentation de la population et des centaines de milliers de personnes licenciées renoncent à chercher un emploi.

Pour les travailleurs qui ont encore un emploi, le salaire horaire réel a baissé de 1,0 pour cent. Le revenu d’un ménage typique a baissé de 1,7 pour cent pour la seule année 2010.

L’accroissement du taux d’exploitation des ouvriers s’est traduit par d’énormes économies pour les entreprises et par des profits record durant toutes les années depuis 2009 et qui vont gonfler les revenus des super riches.

En plus de l’appauvrissement direct de la main d’oeuvre, les marchés boursiers ont été portés par le flux d’argent liquide organisé par les banques centrales du monde entier.

Le mois dernier, la Réserve Fédérale américaine, la Banque centrale européenne et la banque du Japon ont toutes pris des mesures nouvelles afin de pomper des centaines de milliards de dollars dans les marchés financiers. De ces trois institutions, la banque centrale américaine a pris les mesures les plus spectaculaires, lançant un programme illimité dans le temps et consistant à acheter tous les mois pour 40 milliards de dollars de titres adossés à des créances hypothécaires, reprenant ces actifs toxiques aux banques qui peuvent les retirer de leurs bilans.

L’objectif apparent de ces mesures est de faire baisser les taux d’intérêt, de relancer le marché immobilier et d’augmenter la quantité d’argent disponible aux entreprises pour qu’elles puissent s’agrandir et recruter plus de salariés. Mais au lieu d’investir cet argent de façon productive, les entreprises et les banques soit l’accumulent, soit le mette dans le marché boursier et d’autres formes de spéculation.

Le montant total d’argent liquide détenu par les principales entreprises américaines s’élevait à 1,7 billion au second trimestre de cette année. Le géant de la technologie Apple est un exemple du genre. Il détenait 98 milliards de dollars au premier trimestre de cette année, 110 milliards au second et 117 milliards au troisième trimestre. Dans l’intervalle, sa valeur boursière continue de croître et on dit déjà que l’entreprise, dont la valeur est actuellement estimée à plus de 600 milliards de dollars, va devenir la première société évaluée à1 billion de dollars dans le monde.

Les sommes énormes qu’on pompe dans le système financier font enfler la valeur des actifs et financent les émoluments record des dirigeant d’entreprises, dont la rémunération est souvent liée au prix des actions.

L’inflation de la valeur des actifs ne peut pas durer indéfiniment dans une situation de récession économique qui s’aggrave. La hausse de la valeur des actions et autres actifs financiers, basée principalement sur une politique des taux d’intérêt quasi nuls et sur de l’argent pratiquement gratuit de la part des banques centrales, gonfle une nouvelle bulle spéculative plus gigantesque encore que celle qui a éclaté en septembre 2008.

La montée des valeurs boursières n’est pas la manifestation d’une économie en bonne santé, mais d’une économie profondément malade dans laquelle les contradictions insolubles du système capitaliste sont exacerbées par une aristocratie financière cupide et brutale qui dicte la politique, aux Etats-Unis comme au plan international.

La classe dirigeante américaine, d’abord sous Bush puis sous Obama, a répondu au Crash de 2008, qui avait été la conséquence inévitable de la financiarisation du capitalisme américain, en cédant aux banques de l’argent public par billions. L’objectif était de regonfler la valeur des actifs financiers dans le but de maintenir et d’accroître la richesse de l’aristocratie financière.

Les gouvernements du monde entier ont suivi, chaque renflouement des banques s’accompagnant d’attaques plus féroces encore des travailleurs. Tout doit être sabré : les salaires, les retraites, les dépenses de santé, l’éducation – tout, sauf la richesse de ceux qui sont responsables de la crise.

Les vautours de la finance qui contrôlent les principales sociétés d’investissement ont entraîné une hausse de la bourse à chaque nouvelle attaque des emplois et de la protection sociale – comme ils l’ont fait après que le gouvernement espagnol, qui dirige un pays en profonde récession, ait annoncé le 28 septembre un projet de budget prévoyant des coupes à hauteur de 51 milliards de dollars l’an prochain.

La clé des succès enregistrés par le capital financier jusque là a été sa capacité à isoler et à venir à bout des flambées de résistance venues de la classe ouvrière en comptant sur les services des appareils syndicaux et de leurs alliés des diverses organisations pseudo-gauches (Nouveau Parti anticapitaliste en France, Socialist Workers Party au Royaume-Uni, parti La Gauche en Allemagne, SYRIZA en Grèce, International Socialist Organization aux Etats-Unis).

Les actions prises par les banques centrales et les gouvernements n’ont toutefois rien résolu. L’euphorie qui règne sur les parquets boursiers s’appuie sur des fondations pourries. La hausse des marchés est l’expression d’une intensification sans précédent des tensions sociales qui commencent déjà à se manifester à l’échelle mondiale sous la forme de luttes de classe explosives. Une nouvelle direction, révolutionnaire, doit être construite dans chaque pays afin d’unir ces luttes et de les armer au moyen d’un programme socialiste et internationaliste.

(Article original publié le 30 septembre 2012)