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Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale: les conflits deviennent apparents

Par Nick Beams
20 octobre 2012

A partir de septembre 2008 et du début de la crise financière mondiale, les réunions internationales des principales puissances capitalistes s’étaient, du moins en surface, caractérisées par une certaine unanimité. Toutes avaient accepté que de vastes sommes d’argent soient injectées dans le système financier pour empêcher un effondrement.

Pas la moindre mesure ne fut prise contre les banques et les institutions financières dont les activités spéculatives avaient provoqué la crise. En fait, elles seront récompensées à hauteur de milliers de milliards de dollars en plans de sauvetage.

Ceci était allé de pair avec les affirmations selon lesquelles une telle action était nécessaire pour éviter une catastrophe mondiale. Les dirigeants des gouvernements, a-t-on affirmé, avaient retenu les leçons des années 1930. Il n’y aurait pas de retour aux conflits de cette époque et des mesures seront prises pour garantir que ne se répète pas les expériences de la Grande dépression.

Actuellement, la situation est tout à fait différente. L’économie mondiale s'enfonce de plus en plus dans la récession et les conditions d’une nouvelle crise sont créées en raison de l’engagement de plus en plus fort des banques centrales à étayer les marchés financiers internationaux.

Les conflits sous-jacents et les antagonismes qui étaient quelque peu cachés il y a quatre ans sont apparus au grand jour. Ils ont été révélés lors de l’assemblée annuelle du Fonds monétaire International et du Groupe de la Banque mondiale qui s’est tenu la semaine passée à Tokyo, certainement l’une des plus âpres depuis la mise en place de ces institutions en vertu de l’accord Bretton Woods en 1944.

Les représentants des banques chinoises avaient donné le ton pour le restant de la semaine. Ils avaient décidé de ne pas participer à cette rencontre en signe d'hostilité grandissante à l’égard du Japon suite au conflit sur les îles Senkaku/Diaoyu en Mer de Chine orientale.

Au bout de deux jours de discussions, une querelle a éclaté entre la directrice du FMI, Christine Lagarde, et le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, au sujet des plans d’austérité. Lagarde, exprimant les craintes des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne qu’un effondrement en Europe aura une incidence sur leurs systèmes financiers, avait demandé de laisser plus de temps à la Grèce et aux autres pour rembourser leurs prêts, provoquant ainsi la colère des Allemands qui craignent que leurs banques ne doivent payer l’addition et ne soient entraînées plus profondément encore dans la crise de la zone euro.

A peine la querelle avait-elle été surmontée que les Etats-Unis se trouvaient en désaccord avec le Brésil au sujet de la politique du « quantitative easing » (assouplissement quantitatif). Le ministre brésilien des Finances, Guido Mantega, dénonça la politique monétaire américaine comme étant « égoïste » parce qu’elle dévaluait le dollar américain et favorisait une « guerre des monnaies ».

La cause profonde des différends apparaît dans les prévisions relatives à la croissance mondiale contenues dans les Perspectives de l’économie mondiale du FMI. La croissance mondiale prévue pour 2013 a été abaissée à 3,6 pour cent par rapport aux 3,9 pour cent prévus il y a à peine trois mois.

Ce qui est encore plus significatif que le chiffre global ce sont les prévisions des grandes économies. Le FMI a révisé à 1,5 pour cent ses prévisions précédentes concernant les économies des pays avancés, une baisse par rapport aux 2 pour cent d’avril dernier. La zone euro ne devrait croître que de 0,2 pour cent l’année prochaine après une contraction de 0,4 pour cent en 2012. Même l’économie allemande qui est considérée comme la plus solide d’Europe, ne devrait croître que de 0,9 pour cent cette année et d'autant en 2013.

Lorsque la crise avait éclaté, on avait bien reconnu que les pays avancés subiraient un déclin significatif sinon une récession. Mais on a avancé et répété sur tous les modes dans les médias, économiques et autres, la perspective que l’économie mondiale bénéficierait d’une reprise de la Chine, de l’Inde et des autres marchés émergents. Le processus de « découplage », avait-on affirmé, par lequel les économies de ces pays devenaient moins tributaires des pays avancés leur permettrait de devenir de nouveaux centres de croissance du capitalisme mondial.

Cette fiction, créée pour dissimuler les implications historiques de la crise, a volé en éclats pour de bon.

La croissance rapide des économies indienne et chinoise ces dernières années n’a jamais été un phénomène indépendant. Elle a été le résultat d’investissements par les entreprises transnationales qui ont cherché à délocaliser leurs activités dans leur quête sans fin pour trouver des sources de main d’œuvre toujours moins chères. Loin de fournir une nouvelle plateforme à la croissance mondiale, les soi-disant économies « émergentes » étaient restées dépendantes des marchés des principales économies.

Le mythe du « découplage » avait été supporté pendant une courte période de temps par un dynamisme des investissements chinois, alimenté par des mesures de relance prises par le gouvernement de ce pays et par la fourniture, sous forme de crédits, de sommes énormes par ses banques d'Etat qui ont financé d’importants projets immobiliers et d’infrastructure. Ceci vient de prendre fin et l’économie chinoise est entrée dans une phase de ralentissement. Les exportations sont très durement touchées par la crise en Europe (le plus grand marché de la Chine), et les entreprises chinoises préviennent qu’elles sont confrontées à une situation qui est tout aussi grave que celle de 2008-2009, voire pire.

L’économie australienne, la douzième plus importante du monde, a servi en quelque sorte de baromètre pour ce processus. En 2010-2011, suite au « boom » de la Chine, la hausse des prix du minerai de fer, la principale exportation du pays, avait été acclamée comme créant les conditions dans lesquelles le pays serait préservé de la baisse mondiale de l'économie. La situation a changé du tout au tout ces derniers mois et au moins un expert économique influent a prévenu que les finances publiques étaient confrontées à une situation tout aussi grave que celle des années 1930.

Alors que l’économie mondiale entre en récession, les mesures entreprises par les principales banques centrales du monde – la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et la Banque du Japon – sont en train de préparer une nouvelle crise financière.

Leur mise à disposition d'argent extrêmement bon marché est en train de produire une bulle sur les marchés des actifs financiers tout en ne contribuant en rien à relancer l’économie réelle. En d'autres termes, on est en train de recréer les conditions qui ont conduit à l'effondrement de 2008. Les implications sont d’autant plus graves cependant que les banques centrales elle-mêmes sont impliquées en tant que principaux acteurs. Un effondrement des marchés obligataires et une hausse des taux d’intérêts leur feraient subir des pertes massives de capitaux, remettant en cause la viabilité des finances publiques.

Quatre ans après la crise il est nécessaire de dresser un bilan. Comme la réunion FMI-Banque mondiale l’a clairement montré, non seulement les élites mondiales ne disposent d’aucune solution, elles sont même en train de préparer des catastrophes plus grandes encore.

La classe ouvrière doit intervenir au moyen de son propre programme indépendant – une lutte politique internationale unifiée pour l’établissement de gouvernements ouvriers et basée sur un programme socialiste commençant par l’expropriation des banques, des institutions financières et des principales entreprises qui deviendront propriété publique et seront placées sous contrôle démocratique.

(Article original paru le 17 octobre 2012)