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Le président français Hollande annonce des coupes budgétaires et une politique sécuritaire dans un entretien télévisé

Par Alex Lantier
12 septembre 2012

(Article original paru le 10 septembre 2012)

Au cours d'un entretien la nuit dernière sur TF1, le président français François Hollande du Parti socialiste (PS) a promis d'accentuer les politiques d'austérité et cherché à regagner la confiance de la classe dirigeante, dans le contexte d'une chute rapide dans les sondages.

Un sondage OpinionWay annonçait qu'après une chute de 14 pour cent au cours du dernier mois, le taux d'approbation de Hollande n'était déjà plus que de 46 pour cent. Les taux d'approbation pour Jean- Marc Ayrault et le ministre de l'intérieur Manuel Valls ont tous deux chuté de 13 points à 46 et 45 pour cent respectivement.

Une partie de la bureaucratie syndicale a réagi en demandant que Hollande agisse plus rapidement pour appliquer des coupes sociales (Lire : Les syndicats français exigent une réduction des dépenses et une déréglementation du marché du travail). Au cours du week-end, Bernard Arnault – L'homme le plus riche de France et d'Europe avec un capital net de 41 milliards de dollars – a menacé de déménager en Belgique pour échapper à la taxe de 75 pour cent que Hollande avait proposé sur les revenus dépassant 1 million d'euros par an.

Hollande a répondu par un discours exclusivement consacré à la politique intérieure, s’engageant à réduire les dépenses et à augmenter les impôts, tout en défendant des politiques sécuritaires comme les expulsions massives de Roms des policiers de Valls.

Il a promis de préparer une loi à l'allemande sur le travail de courte durée, qui autoriserait les entreprises à choisir arbitrairement le nombre d'heures où elles emploieraient leurs travailleurs. Ces politiques ont été pour beaucoup dans la capacité du capital allemand à surmonter le choc initial de la crise économique de 2008, en les autorisant à réduire massivement les heures effectuées et donc les salaires versés.

Dans le contexte d'une baisse renouvelée de l'activité économique, la classe dirigeante française veut à tout prix passer une loi similaire. Hollande a dit que cela serait « fait dans le respect du dialogue social » -- c’est-à-dire par un accord entre syndicats et organisations patronales – mais que, si cela s'avèrait impossible, « l'État prend[rait] ses responsabilités. »

Il s’est également engagé à réduire le déficit de 33 milliards – dont 10 milliards en réductions des dépenses, 10 milliards en hausses d'impôts sur les ménages, et10 milliards en supprimant des niches fiscales pour les entreprises. Les augmentations d'impôts sur les ménages comprennent notamment la fin de l'exonération des taxes sur les heures supplémentaires, une mesure qui frappera durement les contribuables de la classe ouvrière. Hollande a dit que ces coupes étaient « sans précédent sous la 5e république, » qui a débuté en 1958.

Hollande a également admis que son gouvernement comptait sur une croissance économique de seulement 0,8 pour cent pour 2013. Il a écarté les observations de celle qui l’interviewait, Claire Chazal, sur le fait qu'une croissance économique aussi minime exigeait de réduire les dépenses bien plus que cela pour atteindre son objectif d'un budget en équilibre pour 2017.

Hollande a obstinément refusé d'écarter des réductions d'effectifs chez le constructeur automobile PSA, qui a annoncé 8 000 suppressions d'emplois, disant qu'il devrait y avoir « moins de pertes d'emplois. »

Une bonne partie de l'entretien a été consacré à rassurer la classe dirigeante sur le fait que sa promesse de campagne d'imposer un taux d'imposition de 75 pour cent sur la tranche de revenus la plus haute ne vise pas à faire porter le poids de la crise économique aux fortunes personnelles de l'aristocratie financière. L'une des pièces maîtresses de la campagne électorale de Hollande est exposée aux yeux de tous comme de la démagogie vide.

Hollande a insisté sur le fait que cette augmentation d'impôts ne s'appliquerait qu'au salaire annuel, pas aux revenus tirés du capital ou d’un accroissement du capital. Étant donné que la bourgeoisie tire l'essentiel de ses revenus du capital et non de ses salaires à la direction des entreprises, cela veut dire que l'augmentation de Hollande ne s'appliquerait qu'à approximativement 2000 personnes, essentiellement des sportifs et des artistes.

Un dirigeant d'entreprise avec un salaire de 900 000 euros et 5 millions de revenus provenant des intérêts engendrés pas son capital ne payera rien de plus sous le système Hollande.

Le Monde a estimé que le revenu supplémentaire arrivant dans les caisses de l'état grâce à cette augmentation d'impôts ne représentera que quelques centaines de millions d'euros. Quand ont constate que les 10 pour cent les plus riches de la population française possèdent plus de 5600 milliards, 62 pour cent de la richesse nationale – et que le 1 pour cent le plus riche monopolise à lui seul un quart de cette richesse – l'aspect insignifiant de la proposition de Hollande est évident.

Il a expliqué, « Mais il ne s'agit pas de chercher des ressources supplémentaires. Il s'agit de donner valeur d'exemple, de faire que ceux qui ont le plus peuvent dire à un moment: nous faisons un acte civique. »

C'est-à-dire que tout en imposant des coupes massives à la classe ouvrière et en défendant la richesse massive des riches et des super-riches, Hollande essaye d'aider la classe dirigeante à prétendre qu'elle contribue aux sacrifices.

Lorsque Chazal a mentionné la menace d'Arnault de quitter la France et fait remarquer que les élites françaises sont inquiétées par sa proposition de taxe à 75 pour cent, Hollande a répondu en s'aplatissant devant les riches comme un courtisan : « les élites doivent être reconnues. Je crois que les entrepreneurs, ceux qui font des sacrifices pour l'emploi, qui transforment la réalité de nos territoires, qui conquièrent des marchés, qui font de l'argent – ils méritent d'être reconnus par la nation. »

De tels lieux communs du libéralisme sur la contribution des grands patrons à la nation sont lâches et absurdes venant en réaction aux menaces d'un multimilliardaire de quitter le pays pour échapper à l'impôt.

De façon significative, son allocution a négligé d'aborder les questions internationales, comme les appels de Hollande à ce que les États-Unis et leurs alliés imposent par la force un nouveau gouvernement en Syrie, son alignement sur le gouvernement allemand et l'Union européenne pour demander une austérité massive en Grèce. Toute discussion de l'agenda de l'UE en Grèce – dont les exigences d'une semaine de travail de six jours, de nouvelles baisses du SMIC, et des milliards de nouvelles coupes dans les dépenses – aurait ruiné ses tentatives de se présenter comme un "pro-croissance".

Ce discours expose le caractère réactionnaire du PS, qui n'a plus rien de socialiste à part le nom, et des partis petit-bourgeois "de gauche" comme le Nouveau parti anticapitaliste et le Parti communiste français qui ont appelé inconditionnellement à un vote Hollande aux élections de mai.

Hollande a conclu son entretien par une défense audacieuse du ministre de l'Intérieur Valls et de son ciblage ethnique des Roms pour des déportations de masse – une politique que Hollande a repris au gouvernement du président précédent, l'impopulaire Nicolas Sarkozy. Sous Sarkozy, de nombreux commentateurs de presse affirmaient qu'une politique de déportation ethnique était illégale et rappelait les politiques anti-roms du régime fasciste de Vichy durant la 2e Guerre mondiale. Hollande a pourtant repris ces raids à son compte.

Interrogé par Chazal qui lui demandait si de telles mesures sécuritaires sont « en conformité avec les idées de gauche, » Hollande a répondu qu'elles sont « le devoir, l'obligation » de son gouvernement. Il a dit que les Roms seront expulsés de leurs camps vers d'autres logements, ou – pour ceux d'origine étrangère – déportés vers leurs pays d'origine.