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Le gouvernement français prévoit d'interdire le port du foulard islamique dans les universités

Par Alex Lantier
8 août 2013

Les documents envoyés à l’Observatoire de la laïcité du gouvernement par le Haut conseil à l’intégration (HCI) et qui ont été cités le 5 août dans le journal Le Monde exposent les grandes lignes d'un projet d'interdiction du foulard islamique dans les universités.

Les propositions du HCI sont les dernières en date des mesures prises par des gouvernements de la droite comme de la « gauche » bourgeoise dans le cadre d'une offensive pour promouvoir des sentiments anti-musulmans et xénophobes en France. L’interdiction proposée serait une extension de l’interdiction anti-démocratique du voile islamique dans les écoles et les lycées publics adoptée en 2004 sous le président droitier Jacques Chirac et de l’interdiction en 2011 du voile intégral ou burqa dans les espaces publics en France.

Faisant référence à des tensions religieuses, le HCI affirme que certaines universités ont déjà adopté des « solutions concrètes et apaisantes » en proposant une interdiction carrément nationale afin d’éviter une « cacophonie » de mesures.

La présentation par le HCI de sa proposition d’interdiction comme une tentative visant à apaiser les tensions dans les universités est cynique et fausse. Une telle politique qui incite des préjugés chauvins et facilite la répression des manifestations d’étudiants encourage une atmosphère politique réactionnaire et un accroissement des attaques perpétrées contre les musulmans en France. Prenant spécifiquement les musulmans pour cible d'un traitement discriminatoire, ces mesures contreviennent aux principes constitutionnels fondamentaux tels que la neutralité de l’Etat en ce qui concerne les affaires religieuses (laïcité.)

Le HCI interdirait « dans les salles de cours, lieux et situations d’enseignement et de recherche des établissements publics d’enseignement supérieur, les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. » Le HCI poursuit en s’opposant aux demandes des universités de permettre aux étudiants de respecter des restrictions alimentaires ou des jours fériés religieux.

Citant la loi Savary de 1984, qui prévoit que la liberté d’expression des étudiants « ne doit pas porter atteinte aux activités d’enseignement et à l’ordre public, » le HCI déplore que « certaines universités » soient confrontées à « des demandes de dérogation pour justifier une absence, au port de signes d’appartenance religieuse… à la récusation de la mixité tant au niveau des étudiants que des enseignants, à la contestations du contenu des enseignements, à l’exigence de respect des interdits alimentaires, à l’octroi de lieux de culte ou de locaux de réunion à usage communautaire… Les problèmes n’ont pas disparu, ne se sont pas raréfiés mais se sont banalisés. »

Un examen des dispositions de l’interdiction montre clairement que si elle vise en premier lieu les étudiants musulmans, elle est liée à une attaque généralisée des droits démocratiques de tous les étudiants. Une disposition permettrait à l’administration des universités de réprimer les actes de protestation de la part des étudiants, telle l’occupation des locaux: elle requiert que « toute occupation d’un local par une association étudiante fasse l’objet d’une convention d’affectation des locaux, qui ne peuvent en aucun cas être affectés aux cultes. »

Une autre disposition interdirait les protestations contre le contenu des cours: elle stipule qu’il est nécessaire que « l’ensemble des établissements publics d’enseignement supérieur intègrent un article dans leur règlement intérieur visant à prévenir les contestations ou récusations d’enseignement. »

Contacté par l’Agence France Presse, le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, a tenté de minimiser la signification du rapport. Il a dit que le rapport « n’engage[ait] que la mission laïcité du HCI qui n’est plus en fonction. »

Il a ajouté, « Cette question du port du foulard dans l’enseignement supérieur n’est pas à ce stade dans le plan de travail de l’Observatoire de la laïcité. »

Quel que soit le sort de l’interdiction particulière avancée par le HCI, sa planification et le débat qui s’en est suivi dans la presse font partie intégrante d’une campagne en cours alimentant l’hostilité publique à l’égard des minorités religieuses et ethniques afin de diviser la classe ouvrière selon des clivages ethniques. Ceci inclut non seulement la politique anti-foulard menée en France mais aussi les décisions prises à la fois par les responsables du Parti socialiste (PS) au gouvernement et ceux de la droite pour démanteler les camps de Roms partout en France et déporter leurs occupants.

L’objectif d’une telle loi raciste qui vise à diviser la classe ouvrière a été de faire évoluer de façon constante l’atmosphère politique vers la droite pour faciliter l’application d’une politique droitière. Les propositions initiales faites en 2004 et en 2011 pour les lois anti-foulard et anti-burqa ont toutes fait suite à la trahison de vastes mouvements de protestation de la classe ouvrière contre la réduction des droits à la retraite des présidents conservateurs Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, respectivement.

L’actuelle proposition d’interdiction apparaît au moment où le président François Hollande planifie une nouvelle réduction des droits à la retraite devant être débattue l’automne prochain et où sa cote de popularité est en chute libre dans les sondages. Son gouvernement a été ébranlé par l’hostilité populaire à l’égard de sa politique d’austérité et de ses guerres néocoloniales en Afrique et au Moyen-Orient et par les révélations à propos du fait que son gouvernement est engagé dans un espionnage à grande échelle de la population française sur Internet selon le modèle des opérations menées par la NSA (National Security Agency) et que Edward Snowden a divulgué.

Une atmosphère politique marquée par des tensions de classe grandissantes et une promotion de longue date de l’islamophobie a produit à la fois une hausse de l’influence droitière et des attaques contre les musulmans ainsi qu’une augmentation de l’opposition populaire dans les banlieues ouvrières.

Le mois dernier, dans la banlieue d’Argenteuil près de Paris plusieurs femmes musulmanes avaient rapporté avoir été agressées par des skinheads racistes qui leur ont arraché les foulards et les ont insulté. Lors d’un événement distinct, l’interpellation et l’arrestation violente par la police de la famille d’une femme voilée à Trappes, également en banlieue parisienne, avait donné lieu à plusieurs nuits d’émeute.

Comme toutes les indications semblent pointer vers un prochain éclatement de luttes sociales explosives, le gouvernement Hollande est en train de réagir à une opposition populaire montante par une intensification de la surveillance de vastes zones des principales villes en France.

Selon un rapport paru dans Le Nouvel Observateur, « Argenteuil est une poudrière qui ne demande qu’à exploser, surveillée de près par les services de renseignement : DCRI [Direction centrale du renseignement intérieur] et SDIG [Sous-direction de l’information générale] dont les rapports alarmants sur la radicalisation islamiste sont communiqués aux plus hautes autorités de l’Etat… Et le pire est peut-être à venir. »

Une surveillance identique est effectuée contre les travailleurs qui protestent contre les pertes d’emploi et les réductions de salaire. Un article publié par France Info en février faisait état d’une opposition montante de la part d'enseignants, de travailleurs du secteur public et de travailleurs de chez Goodyear s'opposant aux suppressions d’emploi et la crainte d’une « implosion sociale » du PS au pouvoir et du Front de gauche qui est aligné sur le PS.

L'article disait: « Le gouvernement confirme qu’il surveille les tensions sociales. Les services de renseignement sont chargés de recenser les plans sociaux et les situations critiques. Et Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, l’assume. »

(Article original paru le 6 août 2013)