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Obama proclame que les attentats de Boston sont un « acte de terrorisme »

Par Bill Van Auken
19 avril 2013

Le président Barack Obama a utilisé, mardi 16 avril, une séance d’information pour qualifier les attentats à la bombe perpétrés la veille au Marathon de Boston, d’« acte de terrorisme » et ce bien que le FBI et la police n’aient toujours ni suspect ni motif pour ces attentats.

Le bilan des attentats a été jusque là de trois morts, dont un jeune garçon de huit ans, une jeune femme de 20 ans et un étudiant diplômé de l’université de Boston. 176 personnes ont été blessées par les bombes, dont un grand nombre souffrent de blessures et de traumatismes graves, certaines nécessitant l’amputation des deux jambes.

« A chaque fois que des bombes sont utilisées pour viser des civils innocent, il s’agit d’un acte de terrorisme, » a dit Obama aux journalistes lors de la séance d’information à la Maison Blanche. « Ce que nous ne savons toutefois pas encore c’est qui a fait ces attentats ou quels en sont les motifs, s’ils ont été planifiés et exécutés par une organisation terroriste, étrangère ou domestique ou bien si c’était l’acte d’un individu malveillant. »

Mardi, un certain nombre de revendications et de spéculations ont été écartées. La police a confirmé que les seules bombes étaient les deux qui avaient explosé près de la ligne d’arrivée du marathon, et que des rapports faisant état de plusieurs autres engins qui n’auraient pas explosé étaient faux.

Les bombes en soi, selon les enquêteurs, étaient de fabrication relativement primitive, faite d’explosifs et de roulements à bille, de clous et autres fragments métalliques bourrés dans des cocotes-minutes et déclenchées à l’aide de minuteries du type de celles que l’on trouve dans les cuisines. Les indications pour la fabrication de tels engins sont facilement disponibles sur Internet.

De plus, les toutes premières informations des médias disant qu’un ressortissant d’Arabie Saoudite était soupçonné d’être impliqué dans les attentats et avait été placé en garde à vue, ont également été invalidées. Mardi, des responsables ont rapporté que l’étudiant saoudien de 20 ans qui avait été hospitalisé avec des blessures causées par les explosions n’était soupçonné d’aucune implication dans l’attentat et était considéré au contraire comme une victime et comme un témoin.

La nature des bombes, le moment exact de l’attentat – Patriot’s Day (Jour des patriotes) et la date limite pour la déclaration d’impôt fédérale – et l’absence de toute alerte à la bombe ou de revendication de responsabilité par des groupes terroristes étrangers auraient incité certaines autorités à penser que les attentats auraient pu être l’œuvre de terroristes intérieurs de droite.

Timothy McVeigh qui avait été associé à un mouvement de milices de droite, avait fait exploser un camion piégé devant le bâtiment fédéral à Oklahoma City le 19 avril 1995 tuant 168 personnes dont un grand nombre d’enfants qui se trouvaient dans la crèche de l’immeuble. L’attentat avait eu lieu le jour même de l’anniversaire de Patriot’s Day qui commémore les batailles de Lexington et de Concord ; ces batailles marquèrent le début de la guerre révolutionnaire américaine. On a rapporté que McVeigh considérait cet anniversaire comme très significatif.

Les bombes de Boston ont été moins puissantes que celle fabriquée par McVeigh. Elles étaient plus comparables aux bombes tuyau utilisées par Eric Rudolph, le militant de droite anti-avortement et un fanatique du culte de l’identité chrétienne qui avait organisé un attentat en juillet 1996 lors des Jeux olympiques d’été à Atlanta, tuant deux personnes et en en blessant 111.

Compte tenu des tensions sociales et politiques grandissantes aux Etats-Unis, les raisons de suspecter que l’acte terroriste a été l’œuvre de l’extrême droite sont très réelles mais aucune preuve concrète n’a émergé indiquant de façon définitive un quelconque suspect.

Un responsable gouvernemental cité par le Los Angeles Times a spéculé sur le fait que les attentats auraient pu avoir été organisés par des « extrémistes islamiques auto-radicalisés de la région. »

Il y a incontestablement une lutte politique au sein du gouvernement américain et de son appareil de renseignement quant à la façon d’utiliser les événements de Boston pour promouvoir une politique sécuritaire sur le plan national et une politique militariste à l’étranger.

Il y a eu une campagne immédiate pour intégrer les événements au discours de la « guerre contre le terrorisme » qui a servi à légitimer un militarisme sans fin à l’étranger et la démolition des droits démocratiques aux Etats-Unis. La couverture médiatique s’est efforcé de lier ces événements aux attentats terroristes du 11 septembre 2001.

L’objectif une fois de plus est de se servir d’événements tragiques pour justifier un renforcement massif de l’appareil militaire, sécuritaire et de renseignement du gouvernement. La réaction immédiate aux attaques a été une répression sécuritaire non seulement à Boston mais dans tout le pays dans le but de préparer l’opinion publique à une nouvelle expansion de la militarisation de la société.

A Boston, des membres de la Garde nationale en tenue de combat et portant des armes automatiques ainsi que des blindés ont été déployés dans les rues de la ville. Des membres de la police armée de Boston SWAT (unité de police spéciale) ont également été mobilisés en force.

Le journal britannique The Guardian a commenté que les 12 blocs de quartiers aux alentours des attentats « prêtaient à croire qu’il y avait eu un coup d’Etat militaire. La zone pullulait de policiers, les rues étaient encombrées de véhicules blindés et dans l’atmosphère résonnaient les aboiements des chiens renifleurs K-9. »

Le bureau du maire de Boston, Thomas Menino, a publié un communiqué disant que la population « ne devait pas s’inquiéter de cette présence de la Garde nationale et d’autres officiers armés à des points clé de la ville. »

De fausses alertes ont été à l’origine de suspensions du trafic dans les aéroports, y compris mardi de l’évacuation d’un avion sur le tarmac de l’Aéroport international Logan de Boston et de tout le terminal central de l’Aéroport La Guardia à New York.

L’agent spécial du FBI chargé d’enquêter sur l’attentat de Boston a promis mardi que les autorités américaines « iraient au bout du monde pour trouver la personne ou les personnes responsables de ce crime abject. »

Aux Etats-Unis, la population a réagi avec une horreur justifiée face à ce crime brutal. L’impression existe aussi que cet attentat à la bombe est, d’une manière ou d’une autre, la manifestation de quelque chose de profondément malade dans la société américaine. Pour l’establishment politique cela est devenu l’occasion d’adopter une attitude moralisatrice et hypocrite.

Dans son communiqué, Obama a déclaré mardi, « Si vous voulez savoir qui nous sommes, ce qu’est l’Amérique et comment nous répondons au mal, voilà – de manière désintéressée, résolue, avec compassion. »

En réalité, la classe dirigeante américaine est depuis plus d’une décennie engagée aux quatre coins du monde dans une violence constante sous la bannière de la « guerre contre le terrorisme ». Les attentats de Boston ne sont en aucun cas les seules explosions ayant coûté des vies humaines cette semaine. Lundi, en Irak une vingtaine d’attentats à la bombe individuels ont tué au moins 50 personnes à travers un pays resté déchiré par les conflits après la guerre et l’occupation américaines.

Le commentateur d’une page populaire sur Facebook appelée « Baghdad », Noora al-Amoora écrit : « Que Dieu voie ce qui se passe dans le monde. Il est vrai que des gens innocents sont morts dans une explosion là-bas et que Dieu les bénisse mais c’est ce qui se passe tous les jours en Irak avec plus de gens tués, mais personne ne s’occupe plus de nous. Sont-elles les seules vies précieuses et nos vies à nous ne valent-elles rien ? »

Et au Pakistan, le ministère des Affaires étrangères a publié lundi un communiqué condamnant une nouvelle frappe de drone américaine qui a coûté la vie à plusieurs personnes dans la région tribale du Nord-Ouest, près de la frontière afghane.

« De telles attaques unilatérales sont en violation du droit international et contre-productives pour la stabilité de ce pays, » dit le communiqué.

Il y a un peu plus d’une semaine, une frappe de drone a tué 20 personnes en Afghanistan, dont au moins 10 enfants âgés entre un et douze ans.

(Article original paru le 17 avril 2013)