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La législation du gouvernement français intensifie l'exploitation des travailleurs

Par Pierre Mabut
13 avril 2013

Mardi 9 avril, le gouvernement PS (du Parti socialiste) a obtenu le vote au parlement d'un projet de loi anti-ouvrier qui attaque les droits au travail, les emplois et les salaires. 250 députés ont voté pour et 26 contre, dont six députés du Parti socialiste. Le principal parti d'opposition, l'UMP (Union pour un mouvement populaire) s'est abstenu tout comme le Parti écologiste qui fait partie du gouvernement.

Faussement appelée Loi sur la sécurité de l'emploi, cette loi est mieux connue sous le nom d'accord sur la flexibilité du travail, conclu le 11 janvier entre employeurs et syndicats. Il a pour objectif de rendre l'industrie française plus compétitive sur le marché mondial en réduisant les coûts du travail au moyen d'une plus grande exploitation et de baisses des salaires. Le déficit commercial de la France a atteint 67,45 milliards d'euros en 2012.

Cet accord négocié par la CFDT (Confédération française démocratique du travail), la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et la CGC (qui représente les cadres et les techniciens) donne aux employeurs le droit d'imposer une réduction des heures de travail avec baisse des salaires et /ou une augmentation de la semaine de travail, sans ajustement des salaires et ce pour une période allant jusqu'à deux ans. Les travailleurs peuvent se voir contraints de changer de poste de travail au sein de leur usine ou d'être envoyés sur un autre site géographiquement éloigné, sous peine d'être licenciés.

On trouve au coeur de cette nouvelle loi une attaque directe contre le code du travail, et qui vide de tout sens les droits des travailleurs et les obligations des employeurs contenus dans les contrats de travail individuels. Le président François Hollande l'a qualifiée de “succès du dialogue social.” Le succès des permanents syndicaux se mesure au nombre de sièges qu'ils détiennent dans les conseils d'administration des entreprises de plus de 5 000 employés.

Les syndicats CGT (Confédération générale du travail) et FO (Force ouvrière) ont organisé une journée d'action nationale tandis que le projet de loi était voté à l'Assemblée nationale. Il y a eu peu d'appels à faire grève.

Les rassemblements dans le pays ont attiré peu de monde, et quelques milliers à peine sont descendus dans la rue à Paris. Les travailleurs commencent faire preuve d'indifférence et de mépris à l'égard de la réthorique combative des syndicats alors même que ces derniers appliquent en pratique les mesures d'austérité du gouvernement.

Une immense banderole hissée devant l'Assemblée nationale portait un appel pitoyable de la CGT et de FO, appel soutenu par les syndicats du secteur public FSU et Solidaires. On pouvait lire : “Messieurs, mesdames les parlementaires, ne votez pas cette réforme injuste .” Dans le contexte de la République française ébranlée par des scandales de fraude fiscale et la colère de la classe ouvrière sur les suppressions d'emplois, ce léger reproche équivaut à un soutien continu pour le gouvernement PS et à empêcher qu'il ne tombe.

La veille, la déclaration du dirigeant de Force ouvrière Jean-Claude Mailly, sur un probable boycott par les travailleurs de la manifestation cherchait à accuser les travailleurs de ne pas vouloir descendre dans la rue. Il a dit que les travailleurs ne comprenaient pas les dangers que cette nouvelle loi représentait pour eux. Il a déclaré, “Je ne dis pas que demain il y aura des centaines de milliers de salariés dans la rue parce que ce sont des sujets compliqués ,” autrement dit, trop techniques pour être compris des travailleurs.

Il ne faut pas aller chercher loin pour trouver la vraie raison de la méfiance des travailleurs à l'égard de la bureaucratie syndicale. La précédente manifestation organisée le 5 mars par la CGT et FO contre la loi sur la “flexibilité” avait attiré 200 000 personnes dans toute la France, ce qui en soi n'est pas énorme. Le lendemain, la bureaucratie syndicale nationale de FO signait un accord de “compétitivité et de flexibilité” pour toutes les usines automobile Renault. Celui-ci implique un gel des salaires pour 2013 et une augmentation de 6,5 pour cent d'heures supplémentaires non payées, ainsi que 8 000 suppressions d'emplois.

Plus de 300 travailleurs de l'usine PSA Peugeot Citroën d'Aulnaysont en grève depuis trois mois contre les licenciements mais les syndicats, menés par la CGT ont consciemment isolé leur lutte, avec l'aide de Jean-Pierre Mercier, un dirigeant de Lutte ouvrière, dans l'usine.

Le leader de la CGT Thierry Lepaon, proche du Parti communiste français stalinien, a dit que la Loi sur la sécurité de l'emploi “sécurise les licenciements et non pas l'emploi.” Mais le remède de Lepaon est encore pire. Au 50e congrès de la CGT à Toulouse le mois dernier, il s'est répandu en éloges sur le président américain Barack Obama et les syndicats américains pour avoir “sauvé” les emplois chez General Motors et pour siéger au conseil d'administration depuis 2009. Il a dit considérer ceci comme un effet positif de “l'intervention de l'Etat” et que “Nos camarades de Florange n’ont pas eu cette chance.” Lepaon connaît les conséquences de l'intervention d'Obama dans l'industrie automobile, avec ses dizaines de fermetures d'usines et dizaines de milliers de licenciements liés à des baisses de salaire de 50 pour cent pour les nouveaux embauchés. Le discours de Lepaon à Toulouse a reçu l'approbation de 85,1 pour cent des délégués au congrès, ce qui confirme la nature anti-ouvrière des syndicats.

L' “opposition” de la CGT et de FO à la loi du gouvernement sur la “flexibilité”est une opposition de façade qui cache leur soutien au capitalisme français et à son gouvernement PS. Alors que les travailleurs en viennent à se rendre compte de cet alignement de forces contre leurs intérêts, les partis de pseudo-gauche NPA (Nouveau Parti anticapitaliste) et Lutte ouvrière qui ont soutenu la manifestation frauduleuse de la CGT et de FO, sont les piliers décrépits des syndicats et du gouvernement.