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La chute du prix de l'or indique une déflation globale

Par Nick Beams
20 avril 2013

La chute rapide du prix de l'or ces derniers jours – sa plus forte baisse depuis plus de 30 ans – est un indicateur du fait que les tendances à la déflation s’intensifient dans toute l'économie mondiale.

Comme l'a demandé un commentateur du site Web Business Spectator australien : « Sommes-nous en train d'assister à une récession globale en train de se développer sous nos yeux ? »

Lundi 15 avril, le prix de l'or a baissé de 110 dollars par once, dépassant sa précédente plus forte baisse sur un jour qui avait été enregistrée en janvier 1980. Cela a été accompagné par ce que le Financial Times a décrit comme une « débâcle » sur les marchés des métaux, l'argent chutant de 11 pour cent. Les prix des biens de consommation ont également baissé dans leur ensemble.

Même s'il pourrait y avoir des mouvements à la hausse dans les prochains jours, cette vente à prix sacrifiés semble marquer un tournant important. L'afflux de monnaie injecté dans le système financier après l'effondrement de Lehmann Brothers en 2008 a vu la valeur de l'or monter rapidement. Considéré comme un refuge face aux monnaies de papier et à la dévaluation monétaire, il avait triplé sa valeur en trois ans, atteignant 1930 dollars l'once en septembre 2011.

Ensuite, durant les 12 mois suivants, le cours est resté stable avant d'entamer une baisse en octobre dernier qui a vu le prix baisser de 20 pour cent, l'essentiel de ce déclin intervenant ces quelques derniers jours. Il y a encore 10 jours, le prix de l'or était de 1600 dollars l'once. Il est actuellement à moins de 1400.

Cette baisse défie les attentes du marché qui pariait que, étant donné l'expansion continue de l'apport de monnaie dû aux programmes d'assouplissements quantitatifs des grandes banques centrales du monde, le prix de l'or augmenterait, ou au moins resterait ferme.

La perplexité générée par cette chute a été exprimée dans les commentaires de l'un des traders du marché cité dans l'Australian Financial Review. « Les bras m'en tombent, » a-t-il dit. « Les États-Unis impriment plus d'argent, le yen s'effondre avec l'accélération des impressions au Japon, donc nous avons le marché qui fait baisser à la fois le yen et l'or, alors que l'or, on ne peut pas en imprimer, ça n'a aucun sens. »

La chute du prix de l'or, en dépit de l'afflux de monnaie sur les marchés financiers indique que d'autres forces, plus puissantes, sont à l'œuvre. Un examen des opérations d'assouplissements quantitatifs indique les causes profondes.

La raison officielle des mesures historiquement sans précédent qui sont adoptées par les banques centrales dans le monde entier – l'injection de milliers de milliards de dollars dans le système monétaire par les achats d'obligations émises par les gouvernements – est que ce genre d'action d'urgence est nécessaire pour raviver l'économie. Mais cet afflux de monnaie ne sort pas des banques et autres instituts financiers.

Au lieu de financer de nouveaux projets d'investissements, ce qui stimulerait la demande et la production, l'argent fourni par les banques centrales a en grande partie servi à la spéculation sur les marchés des actions et des biens de consommation.

La montée sur ces marchés a eu lieu dans un contexte de tendances à la récession et à la déflation de plus en plus prononcées dans l'ensemble de l'économie mondiale, même un examen superficiel permet de le constater.

Aux États-Unis, le chômage est chroniquement élevé, avec une durée moyenne de 37 semaines en mars. En Europe, le chômage en Espagne, en Grèce et dans d'autres pays a atteint plus de 25 pour cent. Le chômage des jeunes est à plus de 50 pour cent. L'économie de la zone euro dans son ensemble s'est contractée l'an dernier et va stagner ou même se contracter encore plus en 2013.

Depuis la crise financière mondiale qui a éclaté en 2008, on a utilisé des flots de paroles pour affirmer péremptoirement que, quelles que soient les difficultés des vieilles économies développées, l'économie capitaliste mondiale pouvait être soutenue par la Chine et d'autres marchés prétendument émergeants.

Ces affirmations sont à présent démenties au quotidien. Le 15 mars, alors que l'or réalisait sa baisse historique, les autorités chinoises annonçaient que la croissance au premier trimestre de cette année avait été de 7,7 pour cent, en baisse par rapport aux 7,9 pour cent du dernier trimestre 2012, et bien inférieure au taux attendu de 8 pour cent ou plus.

Mais les chiffres seuls ne disent pas toute l'importance du changement qui a lieu dans l'économie chinoise. Comme Michael Pettis, professeur de finance à l'Université de Pékin et commentateur de longue date de l'économie chinoise, l'a noté, par le passé la croissance chinoise dépassait facilement les objectifs fixés par le gouvernement. Pas cette année.

Dans sa dernière déclaration officielle, le Premier ministre chinois Wen Jaibao a annoncé en quittant ses fonctions le mois dernier que l'objectif de croissance à 7,5 pour cent cette année serait difficile à atteindre. Il a dit qu'il y avait un « conflit croissant entre la pression à la baisse de la croissance économique et des capacités de production excédentaires. »

D'après un reportage de l'agence de presse Xinhua, les industries qui souffrent le plus de surcapacité comprennent la sidérurgie, le ciment, l'aluminium, le verre pour fenêtres, et la houille, qui opèrent à entre 70 et 75 pour cent de leur capacité totale.

De plus, les vraies données de la croissance chinoise pourraient bien être très en-dessous des chiffres officiels. Par le passé, la consommation d'énergie en Chine a augmenté plus vite que le Produit intérieur brut. L'an dernier pourtant, alors que la croissance était supposée avoir été de 7,8 pour cent, l'usage d'énergie n'a augmenté que le 5,5 pour cent.

Comme l'a fait remarquer Pettis, la croissance réelle pourrait n'avoir été que de 7,2 pour cent en 2011 et 5,5 en 2012 et d’« autres économistes […] suggèrent même des chiffres plus bas, plus proches de zéro. »

Autre manifestation des tendances mondiales à la récession et à la déflation, le gouvernement Sud-coréen a annoncé le 16 avril qu'il présentait un budget supplémentaire à hauteur de 15,4 milliards de dollars pour faire redémarrer l'économie. L'économie de la Corée du Sud a été frappée par une consommation intérieure anémique alors même que les revenus des exportations sont réduits en raison d'un yen japonais plus faible et de la baisse de la demande mondiale.

Le budget supplémentaire de la Corée du Sud est bien plus important qu’on n’avait anticipé quand des mesures de stimulus furent annoncées pour la première fois le mois dernier. Une déclaration du ministère des finances dit que : « l'économie est en perte de vitesse et le niveau de vie des gens se détériore alors que notre économie affiche une croissance [séquentielle] faible à moins de 1 pour cent depuis près de deux ans. »

Résumant l'état de l'économie mondiale dans son ensemble, le dernier indice de cheminement de la reprise mondiale, établi conjointement par la Brookings Institution et le Financial Times, a trouvé que celle-ci restait « coincée dans une ornière, incapable de soutenir une reprise convenable et susceptible de caler à tout instant. »

La chute du prix de l'or pourrait bien être la première indication d'une récession plus profonde. Elle pourrait également mettre en marche une nouvelle série de crises financières si les principaux investisseurs étaient pris dans le mauvais sens de ses girations. Et la ruée subite pour sortir du marché de l'or, qui a produit la très forte baisse de ces derniers jours, pourrait bien indiquer une sortie similaire du marché des actions ou d'autres marchés.

(Article original paru le 17 avril 2013)