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Une milice de l'opposition syrienne prête allégeance à Al-Qaïda

Par Niall Green
19 avril 2013

La semaine dernière, le Front Al-Nusra, qui constitue la colonne vertébrale militaire de l'opposition syrienne soutenue par les États-Unis, a ouvertement juré sa loyauté à Al-Qaïda.

Le dirigeant d'Al Nusra, Abu Mohammed al-Golani a prêté allégeance au dirigeant d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, un prêtre d'origine égyptienne qui a longtemps été le second d'Oussama Ben Laden.

« Les fils du Front Al Nusra prêtent allégeance au Cheikh Ayman al-Zawahiri, » a dit al-Golani dans un message enregistré rendu public la semaine dernière. Cette déclaration indiquait également que le groupe terroriste syrien fusionnerait avec Al-Qaïda en Irak, de laquelle Al Nusra avait reçu du personnel et de l'entraînement.

Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de l'État islamique en Irak, c'est-à-dire le représentant d'Al-Qaïda dans ce pays, a déclaré la semaine dernière que son groupe rejoindrait Al Nusra sous la bannière commune de « l'État islamique en Irak et au Levant. »

Le Front Al Nusra (ou Jabhat al-Nusra) est devenu le groupe armé le plus efficace de l'opposition syrienne soutenue par les États-Unis l'année dernière. Ses cadres, des militants islamistes recrutés internationalement avec une expérience de combat acquise dans d'autres guerres, ont infligé plusieurs défaites aux forces du gouvernement syrien, tout en commettant des atrocités sectaires contre les minorités et les personnes considérées comme sympathisants du régime.

L’Armée libre syrienne (ALS), la coalition lâche de milices commanditées par Washington et ses alliés dans leur guerre contre le gouvernement du président Bashar el-Assad, a publié un communiqué niant tout lien formel avec Al Nusra.

« Nous ne soutenons pas l'idéologie d'Al Nusra, » a dit un porte-parole de l'ALS. « Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de décision au niveau du commandement pour se coordonner avec Al Nusra. »

Cette dénégation apparaît cependant sans objet, l'ALS ayant ensuite admis qu'elle prévoit de continuer à coopérer avec les combattants d'Al Nusra pour « certaines opérations. »

Sans Al Nusra, l'ALS aurait des capacités de combat très limitées. En juillet 2012, le journal anglais Guardian a fait un reportage en Syrie montrant que l'ALS s'appuie fréquemment sur Al Nusra quand elle combat l'armée syrienne. Dans cet article intitulé, « Al-Qaïda change la donne pour les rebelles dans la bataille pour l'Est de la Syrie, » des membres de l'ALS ont dit qu'ils avaient appelé Al Nusra à mener des attentats au camion ou à la voiture piégés, à cacher des explosifs en bord de route, et à leur fournir des combattants, des armes légères et des munitions.

L'ALS n'a pas de base populaire sur laquelle s'appuyer, et semble avoir peu d'autorité dans les opérations, en Syrie. Il s'agit plutôt de diverses milices sectaires ou à base ethnique qui mènent des attaques contre le régime syrien, chacune pour son propre compte. Parmi ces groupes, c'est Al Nusra qui s'est révélé le plus meurtrier. Ses militants, attirés dans la guerre de Syrie sous la bannière du jihad islamique, sont recrutés dans les rangs de sunnites extrémistes vétérans des guerres de Tchétchénie, d'Irak, d'Afghanistan et de Libye.

Son mystérieux chef, al-Golani (c'est un nom de guerre), aurait été combattant dans l'insurrection menée en Irak par Al-Qaïda pendant l'occupation américaine et la guerre civile ethnique et-sectaire qui a suivi dans ce pays.

Al Nusra a revendiqué la grande majorité des attentats suicides en Syrie, dont le double attentat-suicide de décembre 2011 à Damas qui a tué 49 personnes et en a blessé plus de 160, l'attentat de mai 2012 dans la capitale qui a fait 55 morts et 400 blessés, et un triple attentat-suicide à Alep en octobre, qui a tué 48 personnes. Dans toutes ces atrocités, et dans des centaines d'autres attaques menées par le groupe au cours des quinze derniers mois, la majorité des pertes a été des civils.

La déclaration de solidarité officielle d'Al Nusra avec Al-Qaïda apparaît donc plus comme un inconvénient que comme une surprise pour le gouvernement Obama et ses alliés.

Les milices islamistes, dont celles qui sont associées à Al-Qaïda, ont reçu des centaines de millions de dollars en liquidités et du matériel d'Arabie Saoudite, du Qatar, et d'autres forces soutenues par les États-Unis – tout cela sous l'œil attentif de la CIA, dont les agents supervisent l'afflux des fournitures arrivant à l'opposition Syrienne à travers les frontières de la Turquie et de la Jordanie.

Jeudi, le gouvernement d'Assad a demandé à l'ONU de désigner Al Nusra comme une organisation terroriste, au même titre qu'Al-Qaïda. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l'ONU, le ministre des Affaires étrangères syrien a affirmé que la fusion annoncée confirmait les assertions précédentes de Damas selon lesquelles Al Nusra est engagé dans des crimes terroristes contre le peuple syrien.

La lettre au Conseil de sécurité critiquait les efforts au sein de la « Communauté internationale » déployés pour empêcher Al Nusra d'être qualifié d'organisation terroriste ; le régime Assad tente de mettre la pression diplomatique sur les alliés des États-Unis, comme l'Arabie saoudite et le Qatar, qui ont soutenu les combattants islamistes.

Washington a été contraint de mettre officiellement sur sa liste noire Al Nusra comme groupe terroriste en décembre. Cette qualification est intervenue dans la foulée de la constitution d'un nouveau rassemblement parrainé par les États-Unis en novembre 2012, la Coalition nationale pour des forces de l'opposition et de la révolution syrienne. Al Nusra était hostile à ce groupe, qui comprend des sunnites modérés ainsi que des membres non-religieux et des Kurdes.

L'étiquette de terroriste appliquée par le gouvernement Obama à Al Nusra était cependant surtout symbolique. Dans les mois qui ont suivi cette qualification, les combattants d'al-Golani se sont avérés disposer d'encore plus de capacités à frapper les cibles du régime syrien et à mener des attentats.

Le 23 décembre, Al Nusra a déclaré une « zone d'interdiction aérienne » au-dessus de la ville d'Alep, qui était le principal centre commercial de la Syrie avant la guerre civile. D'après Al Jazeera, le groupe a pu déployer des cannons anti-aériens de 23mm et de 57mm contre les appareils des forces armées syriennes, ainsi que des avions civils soupçonnés de transporter des dirigeants ou du ravitaillement.

Al Nusra est sorti de la bataille pour le contrôle d'Alep, qui est proche de la frontière turque et de l'importante base aérienne américaine d'Incirlik, comme le principal groupe de l'opposition. Il repousse régulièrement les assauts du gouvernement contre les zones tenues par les rebelles.

Étant donné la présence importante de l'armée américaine et de la CIA en Syrie et autour, ainsi que l'influence de Washington sur les monarchies du Golfe persique qui financent l'opposition, il est inconcevable qu'Al Nusra ou les autres organisations du genre puissent fonctionner sans le soutien tacite de l'impérialisme américain.

Le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry a effectivement reconnu que les États-Unis fermeraient l"œil sur la fourniture d'armes à Al Nusra durant une conférence de presse le mois dernier avec un membre de la famille royale du Qatar, Hamad bin Jassim bin Jaber al-Thani. Kerry y a insisté sur le fait que Washington faisait tout pour s'assurer que le soutien allait aux « bonnes personnes » dans l'opposition syrienne. Il a ajouté, cependant, qu'il ne pourrait pas y avoir « de garantie à cent pour cent » que l'afflux d'armes et d'argent arrivant en Syrie depuis les États-Unis et leurs alliés ne se retrouverait pas dans les mains de la branche locale d'Al-Qaïda.

(Article original paru le 16 avril 2013)