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Le retour de l’impérialisme allemand

Par Johannes Stern
23 février 2013

L’Allemagne est en train de procéder à des préparatifs intensifs pour mener de nouvelles guerres pour s’assurer des ressources. C’était le message sans équivoque exprimé sous le titre « Expédition matières premières : la nouvelle voie de l’Allemagne » par un éditorial du journal économique allemand Handelsblatt.

L’article montre le véritable visage de la bourgeoisie allemande. Comme lors de la première moitié du vingtième siècle lorsque par deux fois elle avait joué un rôle central pour plonger l’humanité dans une guerre mondiale, elle est à nouveau en train de décider d’imposer ses intérêts impérialistes par la guerre. « Les précédentes mesures politiques prises pour garantir des matières premières atteignent leurs limites, » déclare le Handelsblatt. La dépendance de matières premières est le talon d’Achilles de l’économie allemande, écrit le journal : « L’industrie est minée par la crainte que le secteur des hautes technologies de l’Allemagne ne soit privée de produits essentiels. »

Ces mêmes cercles d’affaires qui avaient financé Hitler sont de nouveau en train de battre les tambours de guerre. L’article cite une interview avec Dierk Paskert, directeur de l’Alliance pour la sécurisation des matières premières (Rohstoffallianz) qui a été fondée en 2011. Les membres de cette alliance comprennent Volkswagen, ThyssenKrupp, Bayer et BASF – des sociétés qui ont soit soutenu directement les projets de guerre nazis soit leurs prédécesseurs l’avaient fait. Actuellement, ils collaborent étroitement avec le gouvernement allemand pour planifier la manière dont Berlin s’assurera des matières premières cruciales aux quatre coins du globe, au besoin par la force.

La soif de matières premières et de marchés de l’industrie allemande, qui est tributaire des exportations, est énorme. Selon le Handelsblatt les importations allemandes de matières premières ont presque triplé au cours de cette dernière décennie. « La bataille pour les ressources concerne le pétrole et le gaz mais aussi les minéraux. » Le Handelsblatt fournit un aperçu détaillé de ces ressources hautement convoitées telles le lithium, le cobalt, le chrome, l’indium et les terres rares en citant le conflit grandissant entre grandes puissances pour de telles ressources.

Paskert indique clairement que la bourgeoisie allemande est prête à utiliser la force militaire pour sécuriser de telles ressources contre ses rivaux. A la question posée par le Handelsblatt de savoir s’il y aura à nouveau des guerres de ressources, il a expliqué : « L’histoire a montré que de nombreux conflits ont eu pour origine la lutte pour des ressources. Jusqu’à présent, c’était surtout au sujet du pétrole ou du gaz, mais aussi de plus en plus souvent pour des minéraux. L’approvisionnement en matières premières est la base de la création de valeur et du bien-être d’un pays, et a donc une signification géopolitique. La présence de l’armée américaine dans le Golfe persique ou l'expansion massive des forces navales chinoises visent aussi à protéger de tels intérêts. »

Le Handelsblatt assure à ses lecteurs que ce point de vue est appuyé par les milieux politiques et que, pour le gouvernement fédéral, « le contrôle des matières premières » est une « question stratégique de la politique étrangère. » Il se prépare à une situation où « les partenariats qui existent déjà sur les matières premières » ne suffisent pas et où « des instruments sécuritaires et militaires supplémentaires sont nécessaires. »

Le retour d'un impérialisme allemand agressif marque une nouvelle étape du conflit inter-impérialiste et constitue la menace d’une troisième guerre mondiale.

Il devient de plus en plus évident que la période d’après la Seconde Guerre mondiale – durant laquelle la bourgeoisie allemande avait adopté une attitude pacifique en comptant sur Washington pour mener les guerres et autres opérations militaires dont l’impérialisme mondial dépendait – n’était rien qu’un intermède historique.

La politique d’austérité poursuivie par l’Union européenne après le déclenchement de la crise économique mondiale a miné le marché européen qui a fourni durant ces dernières décennies la base de l’expansion de la production et du commerce allemands. Le résultat est le retour de spectres du passé qui semblaient enfouis de longue date, au moment où toutes les puissances impérialistes préparent la guerre.

Au 19ème siècle, l’Allemagne était entrée tardivement sur la scène pour participer à la ruée pour le partage du monde. Elle avait alors agi d’autant plus agressivement pour imposer ses intérêts contre ses rivaux en plongeant par deux fois le monde dans une guerre. Avec l’intensification de la crise économique et financière du capitalisme mondial, l’impérialisme allemand se sent une fois de plus obligée d’entrer dans l’arène.

Après l’effondrement de l’Union soviétique, la classe dirigeante américaine avait vu une occasion de lancer des opérations incontestées aux quatre coins du monde. Pendant plus de dix ans, elle a mené des « guerres préventives » partout au Moyen-Orient. Actuellement, elle se tourne de plus en plus vers l’Asie et elle a organisé une guerre de drones à l'échelle mondiale pour défendre ses intérêts stratégiques et économiques. Le président américain Barack Obama revendique l’autorité d’assassiner même des citoyens américains au moyen d’attaques par drones.

L’impérialisme français emploie de plus en plus fréquemment des moyens militaires pour défendre ses intérêts en Afrique et au Moyen-Orient. Après avoir joué un rôle clé dans le lancement de la guerre en Libye, ainsi que des guerres dans deux anciennes colonies françaises, la Côte d’Ivoire et la Syrie, il est actuellement en train d’envahir un quatrième pays, le Mali.

Tout comme la bourgeoisie française, le Japon, allié stratégique de l’Allemagne dans la Deuxième Guerre mondiale, a réagi à la crise par des attaques perpétrées contre la classe ouvrière sur le plan national et par un militarisme grandissant à l’étranger. Comme durant les années 1930, ce militarisme vise tout particulièrement la Chine et est actuellement en train d’être attisé dans le conflit concernant les îles Senkadu/Diaoyu en Mer de Chine orientale.

Dans ces conditions, la bourgeoisie allemande est en train de procéder à un réarmement. Le Handelsblatt affirme sans détours que l’armée allemande sera remaniée « pour pouvoir être utilisée dans le monde entier. »

La grande majorité de la population allemande est farouchement opposée au militarisme. Le fait que le Handelsblatt soit en mesure de formuler publiquement les objectifs de la bourgeoisie allemande est avant tout un réquisitoire accablant contre le Parti des Verts, le Parti social-démocrate (SPD) et le parti La Gauche (Die Linke, l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon). A maintes reprises, ces derniers ont justifié la politique étrangère allemande et ses opérations militaires au Kosovo en Afghanistan, en prétendant à tort que ces guerres étaient fondées sur des considérations démocratiques et humanitaires.

Au cours de ces 15 dernières années, de telles forces ont fortement viré à droite en s’alignant de plus en plus ouvertement sur les intérêts du patronat allemand et du militarisme allemand. Leur silence au sujet de l’article paru dans le Handelsblatt est plus qu'éloquent. Ils soutiennent les préparatifs de guerre.

Dans une situation où le pouvoir destructif des classes dirigeantes est largement supérieur à ce qu'il était durant les deux guerres mondiales du siècle dernier, le capitalisme est, une fois de plus, en train d’entraîner l’humanité dans une catastrophe. Bien qu’une nouvelle guerre mondiale soulève la question du destin du genre humain, c’est exactement vers cette finalité que les classes dirigeantes et leur système social et économique en faillite sont en train de conduire l’humanité. En opposition à la politique de la barbarie impérialiste et des conflits nationaux, la classe ouvrière doit promouvoir, en Allemagne, en Europe et partout dans le monde, le programme de la solidarité internationale et de la révolution socialiste.

(Article original paru le 21 février 2013)