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Le vice-président américain Joseph Biden montre à Munich la grimace hideuse de l’impérialisme

Par Bill Van Auken
12 février 2013

«Une décennie de guerre se termine » avait dit le président Barak Obama aux Américains lors de sa seconde investiture il y a un peu plus de deux semaines à Washington.

Parlant le 2 février devant la Conférence annuelle sur la Sécurité à Munich, le vice-président américain Joseph Biden remettait les choses en place : non seulement cette décennie de militarisme américain n’est-elle pas encore terminée, mais elle est littéralement sur le point d’exploser dans toute une suite de nouvelles régions du globe, menaçant la vie de millions et de millions de personnes.

La Conférence sur le Sécurité, qui s’est tenue pour la première fois à Munich en 1962 – et à laquelle participent des chefs de gouvernement, des ministres des Affaires étrangères, le gratin militaire et des représentants du complexe militaro-industriel – était traditionnellement une plate-forme servant à exprimer des vues sur les rapports transatlantiques d’après-guerre entre les États-Unis et leurs alliés d’Europe de l’Ouest.

Mais cette année, cette conférence a eu lieu dans une atmosphère nettement transformée, saturée d’impérialisme et de néocolonialisme. Tant Washington que les puissances de la «Vieille Europe» semblaient intoxiqués par la perspective d’utiliser la puissance militaire pour combler leur déclin économique et pour s’emparer par la force de territoires, de ressources et de marchés vitaux du point de vue stratégique.

Le président français François Hollande ne put pas y participer, occupé qu'il était à effectuer un tour de la victoire au Mali après qu'une offensive menée avec des avions de chasse et la Légion étrangère ait conquis cette ancienne colonie de la France. Il a fait clairement comprendre que les troupes françaises n'étaient pas près de quitter le pays.

Le discours prononcé par Biden à Munich a donné le ton belliqueux qui a marqué toute cette conférence. Sans prêter attention à la rhétorique sur «la guerre qui recule», le vice-président américain a signalé que l'impérialisme se préparait à la bataille dans tous les coins du globe.

Biden fit une déclaration importante au début de son discours sinueux, établissant un rapport entre les vastes mesures austéritaires que s'apprêtent à mettre en oeuvre l'administration Obama et le Congrès et la croissance explosive de l'impérialisme à l'extérieur. Parlant des «mesures difficiles, mais cruciales» que l'administration était en train de prendre à la suite de la «récession économique la plus importante depuis la Grande Dépression», le vice-président déclara que la vague de coupes était nécessaire aux États-Unis mêmes pour assurer la capacité de Washington à remplir «[ses] obligations stratégiques envers le reste du monde». En d'autres mots, on fera porter le coût immense du militarisme américain directement à la classe ouvrière américaine.

Biden indiqua la nouvelle priorité de l'impérialisme américain et européen – l'Afrique du Nord. Là, a-t-il, affirmé, «les extrémistes cherchent à exploiter» toute une série de conditions, crées par l'impérialisme lui-même, l'effondrement de gouvernements, la pauvreté de masse et le chômage et l'accès facile à des stocks d'armes laissés par la guerre des États-Unis et de l'OTAN pour un changement de régime en Libye.

Éliminer la menace supposée des «intérêts occidentaux» due à cette évolution, dit-il, «dépendra d'une approche globale – utilisant la panoplie complète des instruments à notre disposition – y compris nos armées.»

Déclarant que Washington «applaudit la France et se tient à ses côtés» au Mali, Biden ajouta «la lutte contre AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique – à qui les États-Unis et l'OTAN étaient directement alliés dans leur guerre pour renverser Kadhafi en Libye) est peut- être loin des frontières de l'Amérique, mais cela correspond aux intérêts fondamentaux de l'Amérique de la mener». Une transcription plus franche de ce salut rhétorique serait : la France y est peut-être allée en premier, mais Washington, l'AFRICOM et le Pentagone ne vont pas se laisser distancer dans cette nouvelle ruée vers l'Afrique et ses richesses minérales et énergétiques.

Biden exprima des menaces à peine voilées à l'égard de la Chine et de la Russie, avertissant Moscou que Washington ne respecterait aucune «sphère d'influence» dans les anciennes républiques soviétiques et déclarant que Beijing ferait bien de ne «pas s'engager dans ce qui ressemblerait, même d'une façon lointaine, à une compétition militaire avec Washington.»

Alors que la plupart des informations parues dans la presse sur cette conférence se concentraient sur la remarque faite par Biden que les États-Unis étaient «prêts à discuter bilatéralement avec la direction iranienne», le vice-président a lui, mis délibérément le holà aux spéculations selon lesquelles cela signalait une approche nouvelle et plus raisonnable de la part de Washington. Il a dit au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung que la fenêtre diplomatique «ne serait pas ouverte indéfiniment» l'alternative étant clairement une guerre.

Il a décrit le programme nucléaire iranien comme une menace contre la sécurité nationale des États-Unis et avertit de ce que ceux-ci «empêcheraient l'Iran d'obtenir une arme nucléaire». Répétant le prétexte utilisé pour lancer la guerre contre l'Iraq il y a dix ans, Biden insista pour dire que la «charge de la preuve» revenait à l'Iran, celui-ci devant prouver qu'il ne développait pas d'armes nucléaires.

En novembre 1991, en réponse à la première Guerre du Golfe, le Comité international de la Quatrième internationale (CIQI) convoquait une Conférence mondiale des ouvriers contre la guerre impérialiste et le colonialisme. Dans la déclaration appelant à cette conférence, le CIQI expliquait que cette guerre marquait «le début d'une nouvelle éruption de barbarie impérialiste» et que «toutes les grandes tâches historiques et politiques auxquelles la classe ouvrière et les masses opprimées étaient confrontées au début du 20e siècle se présentent maintenant sous leur forme la plus aiguë.»

La déclaration expliquait que le «nouvel ordre mondial» annoncé par George Bush l'ancien sur la base de l'effondrement de l'Union soviétique consistait en «la guerre, l'esclavage colonial et la pauvreté de masse» qui ne pouvaient être contrecarrés que par la mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière sur la base d'un programme socialiste et internationaliste.

Elle mettait en garde que la première guerre contre l'Iraq signalait «le début d'une nouvelle division du monde par les impérialistes» et se poursuivait ainsi : «Les colonies d'hier doivent une fois de plus être soumises. Les conquêtes et les annexions qui, selon les avocats opportunistes de l'impérialisme appartiennent à une ère révolue, sont à nouveau à l'ordre du jour.»

Cette perspective était avancée contre l'affirmation des idéologues bourgeois selon laquelle avec l'«échec du socialisme» l'humanité avait atteint «la fin de l'histoire» et le capitalisme et le marché libre s'étaient avérés être l'apogée du développement humain. Elle se trouvait aussi en contradiction directe avec les organisations démoralisées de la pseudo gauche qui versaient des larmes sur la débâcle de la bureaucratie stalinienne sur laquelle ils s'appuyaient, parlant d'un «minuit dans le siècle».

Deux décennies plus tard, le pronostic établi par le CIQI a été entièrement confirmé par de grands évènements. Une fois de plus, comme dans la période ayant précédé 1914 et 1939, le viol de petits pays sans défense est lié à la crise insoluble du capitalisme mondial et aux tensions et conflits grandissants entre grandes puissances qui sont les précurseurs d'une guerre mondiale.

Seule une lutte unie de la classe ouvrière dans le monde ayant pour objectif de mettre fin au capitalisme et à sa division anachronique du monde en États-nations peut empêcher une nouvelle conflagration mondiale. Le Comité international de la Quatrième internationale est le seul mouvement luttant pour une telle perspective.

(Article original publié le 5 février 2013)