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La bulle boursière

Par Andre Damon
4 février 2013

Au cours de la cinquième année de marasme économique et dans le contexte du pire ralentissement mondial depuis 2008, les marchés boursiers mondiaux sont en train de connaître un grand essor.

Selon les chiffres publiés aux Etats-Unis mercredi, 30 janvier, les trois principaux indices boursiers ont, soit atteint soit sont en train d’atteindre à quelques points de pourcentage près, leurs plus hauts niveaux de 2007 en dépit du fait que l’économie est au point mort et qu’elle s’est contractée pour la première fois depuis 2009.

L’Europe est en pleine désintégration, avec la Grèce et l’Espagne faisant face à des conditions jamais vues depuis la Grande Dépression alors que l’Allemagne connaît un fort ralentissement. En Grande-Bretagne, l’économie est actuellement 3,3 pour cent plus faible qu’au début de la récession, mais l’indice de référence FTSE 250 a doublé. La Chine, le Brésil et l’Inde ont affiché, sur fond de ralentissement des exportations, des chiffres sensiblement plus faibles pour la croissance économique. Et pourtant, les cours des actions ont augmenté de 10 à 20 pour cent au cours de la seule année écoulée.

Ces phénomènes apparemment contradictoires, des marchés financiers qui s’envolent et une économie qui stagne, sont en fait intimement liés. La hausse continue sur les marchés n’est pas un signe de bonne santé mais une manifestation particulière de l’état pathologique du système capitaliste mondial.

Les classes dirigeantes du monde, qui sont en train d’être confrontées à une crise historique de la productivité et de l’investissement, ont réagi au moyen de la reflation des actifs – et de leurs propres revenus – grâce à des mesures historiquement sans précédent de redistribution de la richesse.

Il y a eu avant tout une infusion massive de liquidités dans le système financier de la part de la Réserve fédérale américaine et d’autres banques centrales. La Fed, banque centrale américaine, est actuellement en train d’acheter quelque 85 milliards de dollars par mois de titres adossés à des créances hypothécaires et des bons du Trésor, notamment en imprimant de l’argent pour racheter la dette publique et les actifs toxiques détenus par les banques. Le total des actifs détenus par la Réserve fédérale a grimpé à 3,01 milliers de milliards de dollars, soit plus du triple par rapport à 2008.

Toutes les principales banques centrales du monde ont adopté des mesures similaires. En juillet, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de baisser son taux d’intérêt directeur au niveau le plus bas de l’histoire de l’euro. Les avoirs des six plus grandes banques du monde ont également presque triplé, atteignant 14 milliers de milliards d’euros en 2012.

Les actions des banques centrales sont constamment décrites par les médias de masse comme des mesures nécessaires pour combattre le chômage et d’autres maux sociaux. En fait, leur objectif principal est de rendre disponibles pour la spéculation financière des sommes d’argent quasi illimitées.

Cette politique est directement liée à une attaque frontale contre la classe ouvrière internationale. Baignant dans l’argent, l’élite patronale et financière insiste pour dire qu’il n’y a pas d’argent pour les soins de santé et des salaires décents. Chaque droit fondamental doit être éliminé dans le but de garantir le flot continu de fonds dans les coffres des banques. En conséquence, des millions de gens sont poussés dans la misère, le chômage et la destitution.

La dégradation des salaires et des niveaux de vie a l’effet additionnel de contrer l’incidence inflationniste inhérente à la politique pratiquée par les banques centrales. En toutes autres circonstances, l’impression en masse d’argent causerait une inflation galopante des prix mais la baisse des salaires et des investissements en chute libre orientent le flux des liquidités non pas dans les marchandises mais dans les valeurs d’actifs.

La réduction systématique des salaires, pour laquelle la restructuration de l’industrie automobile d’Obama avait créé le précédent en 2009, a alimenté un énorme essor des profits patronaux qui durant trois ans ont enregistré des records, ce qui risque fort de se reproduire en 2012. Pourtant, ces profits ne sont pas réinvestis. Les entreprises américaines sont assises sur quelque 2 milliers de milliards de dollars de liquidités dont la plus grande partie est simplement canalisée vers les marchés.

L’ensemble du processus est totalement instable. La classe dirigeante titube d’une crise à l’autre et sa réaction à une crise prépare le terrain pour la prochaine. L’économie stagne et de nouvelles bulles spéculatives menacent d’éclater en déclenchant un effondrement financier susceptible d’éclipser la crise de 2008. Alors qu’elle est engorgée dans le surplus, la classe dirigeante semble dans le même temps déconcertée et les mesures qu’elle adopte sont de plus en plus improvisées.

Parallèlement, l’injection de liquidités dans l’économie mondiale sape le système d’échange des monnaies, attisant une guerre des monnaies et une dévaluation concurrentielle. Ce mois-ci, le Japon est devenu la dernière économie à annoncer une expansion de sa masse monétaire dans ce qui a été largement considéré comme une tentative de renforcer les exportations par la dévaluation du yen. L’effondrement du système monétaire international et le tournant vers des mesures de guerre commerciale qui avait caractérisé la réaction des gouvernements à la Grande Dépression, se répètent une fois de plus.

La catastrophe sociale et historique à laquelle est confrontée l’humanité n’est pas simplement le résultat d’une crise économique dans l’abstrait. Cette crise est conditionnée par des intérêts de classe et ces intérêts de classe trouvent leur expression dans des actions définies. Derrière les banques centrales et les gouvernements il y a les intérêts d’une élite financière dont les relations par rapport au reste de la société sont fondamentalement parasites.

La solution à la crise doit prendre une forme politique. Aux intérêts des classes dirigeantes, la classe ouvrière internationale doit opposer son propre programme, sa propre solution. Au centre de ce programme doit figurer la compréhension qu’une voie pour aller de l’avant n’est possible que par la transformation de la société dans son ensemble, en la mettant en place sur de nouvelles fondations.

L’unique force capable de briser l’emprise politique de ces parasites sociaux est la classe ouvrière internationale. Elle doit être armée d’un programme socialiste pour mener une lutte visant à placer les principales entreprises et les banques sous contrôle démocratique et à réorganiser l’économie sur une base rationnelle et égalitaire.

(Article original paru le 1er février 2013)