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Les syndicats espagnols acceptent le chômage de masse et les réductions de salaires

Par Alejandro Lopez
21 février 2013

En l'espace de deux ans, le gouvernement du Parti populaire (PP) en Espagne et son prédécesseur du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) ont conclu trois accords de «réformes» du travail avec les syndicats.

La mesure prise en février 2011 déclarait qu'elle «assure la flexibilité aux employeurs dans la gestion des ressources humaines de la compagnie comme la sécurité de l'emploi aux travailleurs et des niveaux adéquats de protection sociale. C'est une réforme dans laquelle tout le monde gagne, les employeurs et les travailleurs ; elle cherche à répondre aux intérêts légitimes de tous.»

Avec un capitalisme profondément en crise, il est impossible que «tout le monde gagne,» et il n'a pas fallu longtemps pour que cela devienne clair. Les travailleurs ont perdu sur toute la ligne – subissant une augmentation très forte du chômage, des salaires plus bas et des conditions de travail qui empirent, pendant que les employeurs ont récolté les bénéfices. Toutes les protections limitées obtenues au cours de la transition vers la démocratie bourgeoise suite à la mort du dictateur fasciste Francisco Franco en 1975, consacrées par le Pacte de Moncloa et le Statut des travailleurs, sont en train d'être effacées.

La dérégulation, la flexibilité et l'insécurité des emplois sont maintenant très répandues. Un système d'emplois à deux vitesses s'est développé, avec principalement des jeunes et des immigrés sur des contrats temporaires mal payés prenant la place de travailleurs syndiqués plus âgés ayant des contrats plus stables et relativement mieux rémunérés. La principale demande des employeurs a été de restreindre les conditions des contrats permanents en réduisant les salaires, les retraites et les indemnités de fin de contrat, en rendant les licenciements plus faciles, et en mettant fin aux conventions collectives nationales.

L'essentiel de tout cela a été accompli durant ces deux dernières années. Rien de tout cela n'aurait pu se faire sans la connivence des syndicats.

Parmi les mesures adoptées par les syndicats, il y avait une limite de trois ans sur les augmentations de salaires et de nouvelles règles qui rendent les licenciements plus simples et moins chers, ouvrant la voie à une attaque contre les emplois, les salaires et les services publics. Par le passé, jusqu'à 70 pour cent des travailleurs avaient leurs conditions d'embauche définies dans des conventions nationales, la plupart des autres étant couverts par des conventions de branche, comme les mines ou l'hôtellerie, ou des conventions régionales. Les conventions d'entreprises sont maintenant prioritaires.

Ces récents accords entre les associations patronales et les syndicats sont un bon exemple du rôle que jouent les syndicats dans la mise au pas de la main d'œuvre. La semaine dernière, l'Association des commerces de grande surface (Anged), qui représente des entreprises majeures comme El Corte Inglés, Carrefour, IKEA, Cortefild et C&A, a signé un accord avec les syndicats qui réduit les salaires et élimine la majoration des heures de travail le dimanche et pendant les vacances, soit concrètement, une réduction de 6 pour cent du salaire. Les 230.000 travailleurs concernés par cet accord devront également travailler 56 heures de plus par an, avec des salaires gelés jusqu'en 2016 au moins.

Le site Web d'Anged célèbre le fait que «les représentants des syndicats ont renoncé à leurs demandes initiales dans le but de trouver un équilibre qui garantisse l'emploi dans le secteur [commercial].»

Les compagnies automobiles comme Ford, Peugeot et Renault ont annoncé des plans pour augmenter la production en Espagne. Chez Nissan, les syndicats ont accepté ce mois-ci de réduire les salaires des débutants de 20 pour cent. Renault a conclu un accord pour augmenter la production et les embauches en échange de règles de travail plus flexibles et de la possibilité de prendre des intérimaires à des salaires bien plus bas. L'accord permet aux usines de fonctionner sept jours par semaine et de maintenir les augmentations de salaire en dessous de l'inflation.

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn a récemment déclaré que l'accord avec les syndicats en Espagne était une feuille de route pour les efforts de la compagnie pour réduire les coûts en France, où elle est en pleine négociation avec les syndicats. Les coûts du travail par unité, indicateur utilisé par les économistes pour mesurer la compétitivité, ont chuté de cinq pour cent en Espagne au cours des cinq dernières années, alors qu'en France, ils ont augmenté de 10 pour cent, d'après l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Les syndicats espagnols se sont mis d'accord avec l'association des employeurs de la chimie, FEIQUE, pour geler les salaires de 250.000 travailleurs cette année. En 2014, les salaires augmenteront de 0,2 pour cent uniquement dans le cas improbable où le PIB augmenterait de 1 pour cent. Cette légère augmentation bénéficiera à peine aux travailleurs, l'augmentation des impôts (et en particulier de la TVA), du coût de la vie et du tarif de certains services sociaux qui étaient auparavant gratuits, signifiant que les travailleurs y perdent en fin de compte.

Les syndicats espagnols sont une fois de plus engagés dans un «dialogue social» avec l'organisation des employeurs, la CEOE, et se servent du prétexte du chômage de masse comme d'une excuse pour baisser encore plus les salaires, accroître la flexibilité et détruire les conditions de travail. Candido Ménedez, dirigeant du syndicat Union générale des travailleurs (UGT) lié au PSOE, a clairement exprimé le contenu de ces négociations lorsqu'il a dit, «Nous devons faire une politique qui favorise le maintien et la création de secteurs industriels avec une plus grande valeur ajoutée.»

Un nombre record de 6 millions d'Espagnols sont maintenant sans travail, comparé à 1,7 million en 2007, juste avant le crash économique. Le taux de chômage est à 26 pour cent, soit le deuxième plus important de l'Union européenne après la Grèce. Parmi les travailleurs immigrés, le chômage est de 36,5 pour cent. Dans le sud de l'Espagne, la situation est encore pire, avec près d'un tiers des travailleurs au chômage. La jeunesse espagnole est très durement touchée, avec 55 pour cent des moins de 25 ans sans emplois. Dans le sud en Andalousie, la jeunesse est confrontée à un chômage de 65 pour cent.

10 pour cent des ménages, soit près de 2 millions de personnes, ont tous leurs membres au chômage, soit une augmentation de 16 pour cent, comparé à 2011.

D'après une étude de l'Organisation des consommateurs et usagers, 63 pour cent des travailleurs ont subi une perte de 1 à 10 pour cent de leurs revenus au cours des deux dernières années. La même étude affirme qu'un travailleur sur dix a vu son salaire réduit de plus de 20 pour cent, et que seulement 37 pour cent des travailleurs ont maintenu le même salaire depuis l'année dernière.

Une indication de la manière dont ces attaques contre les salaires et les conditions de travail ont bénéficié aux employeurs se voit dans l'augmentation des exportations. Les dernières statistiques montrent que le déficit commercial cumulé de janvier à octobre 2012 se montait à 28 milliards d'euros, soit 28,3 pour cent de moins qu'à la même période en 2011.

Le ministre du Commerce Jaime Garcia-Legaz a dit qu'il est «relativement raisonnable» de penser que 2012 puisse en fin de compte avoir un déficit commercial inférieur à 2 pour cent du PIB, comparé aux 10 pour cent de 2007. Garcia-Legaz a fait remarquer que l'Espagne n'avait jamais eu d'excédent commercial de toute son histoire.

(Article original paru le 18 février 2013)