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Les syndicats français de Renault et de PSA tentent d'étouffer la lutte contre les fermetures d’usines

Par Antoine Lerougetel
1 février 2013

Les représentants de la Confédération générale du Travail (CGT) et les autres syndicats ont rencontré mardi 29 janvier les constructeurs automobiles français Renault et PSA Peugeot-Citroën pour offrir leurs services et étouffer l'opposition aux fermetures d’usines, aux licenciements de masse et à l’application d’un nouvel accord de « compétitivité » qui réduira drastiquement les coûts du travail et accélérera les cadences de travail. Des dizaines de milliers d’emplois des travailleurs de l’automobile sont menacés de disparition partout en Europe, y compris en France où PSA Peugeot-Citroën a annoncé la suppression de 11.500 emplois et Renault de 8.000.

Manifestation devant le ministère du Travail

Quelque 400 travailleurs sur les 2.800 de l’usine PSA Peugeot-Citroën d’Aulnay-sous-Bois dans le Nord de Paris sont en grève et occupent l’usine depuis le 16 janvier, paralysant quasiment toute la production. Lundi, 28 janvier, c'est sous l'oeil de la police et des vigiles qu'un certain nombre de travailleurs ont franchi les piquets de grève mais les grévistes à l’intérieur de l’usine ont empêché la reprise de la production malgré la présence de 200 cadres appelés en renfort de toutes les usines en France.

Pour tenter de dissimuler leur duplicité avec les employeurs et le gouvernement du Parti Socialiste (PS) de François Hollande, les syndicats locaux ont organisé une manifestation devant le ministère du Travail. Ils n’ont proposé aux travailleurs aucune voie pour aller de l’avant, au lieu de cela ils ont avancé une perspective en faillite selon laquelle les travailleurs doivent en appeler au gouvernement PS pour interdire les licenciements dans les entreprises qui font du profit. Seules 400 personnes y ont pris part, principalement des responsables syndicaux et des partisans du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) pseudo-gauche.

Il s’agit de la dernière d’une série de manœuvres des syndicats, principalement la CGT, étroitement alignée sur le Parti communiste français (PCF), pour empêcher le développement d’une grève de masse contre les mesures d’austérité du gouvernement Hollande. Le taux de chômage officiel qui atteint déjà 10,5 pour cent continuera de grimper étant donné que 1.500 entreprises sont en train de procéder à des fermetures d’usines et à des licenciements. Parmi ces entreprises on compte Pilpa, Bigard, Crédit Agricole, Faurecia, FNAC, Ford, Fralib, Goodyear, PSA, Renault, Samsonite, Sodimedical, Sanofi, Sony, Valeo, ZF, Coca-Cola et Merk Serrono.

La lutte pour réunir les travailleurs de PSA et de Renault dans une grève commune a été délibérément sabordée. La CGT, sous la direction de Jean-Pierre Mercier, a fait venir par autocars des travailleurs à l’usine voisine Renault/Flins et on les a vus à la télévision en train de forcer le portail pour retrouver leurs collègues de Flins. Alors qu’il existe chez les travailleurs un véritable sentiment en faveur d’une lutte commune, pour la CGT ce n'était rien qu’un coup publicitaire.

La journée d’action proposée pour le 29 janvier a été utilisée pour promouvoir des illusions sur le gouvernement PS et non pour mobiliser les travailleurs dans une lutte politique pour le renverser. Les syndicats ont signé ou accepté l’accord de Hollande sur la « sécurisation du marché du travail » qui passe outre les lois sur la protection de l’emploi acquises en plus de cent ans de luttes. Cet accord autorise les entreprises à modifier les salaires et les horaires de travail et à muter à volonté les travailleurs d'un poste à un autre sur leur lieu de travail ou de les envoyer sur d'autres sites.

La CGT n’a pas signé cet accord mais elle n’a rien fait pour s'y opposer. A l’issue de la réunion avec le premier ministre Jean-François Ayrault, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a dit, « Nous allons avoir des séances de travail très concrètes avec le ministère du Travail pour regarder le texte dans le détail… Le premier ministre ne peut pas ignorer l’opinion de la première organisation de salariés, même quand elle ne signe pas un accord. »

La manifestation de mardi devant le ministère du Travail qui a été organisée par des comités syndicaux au niveau des usines, dominés par la CGT, a eu lieu pour appuyer la mesure parlementaire mise en avant par la coalition du Front de Gauche, constituée par le PCF et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, afin d’interdire les licenciements et les fermetures d'entreprises de plus de 250 salariés qui font du profit. Elaborée par l’avocat stalinien Fiodor Rilov, l’hypothèse est que l’Assemblée nationale dominée par le PS peut être persuadée d’adopter la loi, ce qui rendrait illégales les mesures clé du gouvernement sur la compétitivité.

Fiodor Rilov

Rilov a recouru à une subtilité juridique technique pour obtenir mardi une injonction du tribunal de suspendre les plans de restructuration de PSA, dont la fermeture d’Aulnay. L’objectif en est de saper toute initiative indépendante des travailleurs et de semer des illusions sur les tribunaux et les gouvernements capitalistes. Dans tous les cas, PSA a dit que la mesure ne l’empêchera pas de poursuivre ses négociations avec les syndicats sur les fermetures d’usines et autres mesures de réduction du coût du travail.

Rilov est le principal conseiller de la CGT chez le fabricant de pneumatiques Goodyear à Amiens dont les 1.173 travailleurs s’attendent, après plus de quatre ans de querelles juridiques, à ce qu’il leur soit annoncé le 31 janvier la fermeture de l’usine (Voir : « Court decision gives French employers green light for mass layoffs. », en anglais).

La décision des géants mondiaux de l’automobile de détruire des dizaines si non des centaines de milliers d’emplois et de profiter de la crise économique pour imposer une « flexibilité du travail » et des réductions de salaires ne sera pas stoppée par des manœuvres parlementaires. Partout en Europe, les gouvernements capitalistes de droite comme de « gauche » sont unis pour appliquer une contre-révolution sociale.

Les attaques perpétrées contre les travailleurs français de l’automobile font partie d’une réorganisation de ce secteur, à l’échelle européenne et mondiale, conforme à celle qui a eu lieu dans l'industrie automobile américaine. Sous la surveillance du gouvernement Obama et du syndicat américain de l’automobile (United Auto Workers union, UAW), les entreprises ont fermé plusieurs usines, supprimé 20.000 emplois et diminué de moitié le salaire des employés nouvellement recrutés afin de rivaliser avec l'Europe et internationalement.

Cette attaque mondiale ne peut être combattue individuellement usine par usine ou en faisant pression sur les gouvernements capitalistes, mais uniquement sur la base d’une stratégie qui unisse les travailleurs à travers l’Europe et le monde entier pour défendre les emplois et les niveaux de vie. Ceci requiert un authentique programme socialiste et implique notamment d'arracher l’industrie automobile des mains des patrons et des riches investisseurs pour la placer sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière.

(Article original paru le 31 janvier 2013)