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Goodyear France annonce la fermeture de son site d’Amiens-Nord

Par Pierre Mabut et Antoine Lerougetel
7 février 2013

La multinationale américaine Goodyear Tire, a annoncé le 31 janvier la fermeture de son usine d'Amiens-Nord avec la perte de 1.173 emplois sur les 3.200 qui restent en France.

L’usine Goodyear à Amiens-Nord

Le syndicat majoritaire à l’usine, la CGT (Confédération générale du travail) qui est alignée sur le Parti communiste français (PCF), a été en mesure depuis 2007 de bloquer les plans de licenciement de l’entreprise en recourant aux tribunaux. Cette stratégie a exclu toute perspective de mouvement de grève pour unir les travailleurs de Goodyear à leurs collègues des dix-sept usines Goodyear d'Europe, à d’autres usines automobiles en France et internationalement.

Basé à Akron, Ohio, Goodyear a réalisé en 2011 un chiffre d’affaires de 22,8 milliards de dollars et emploie quelque 71.000 travailleurs dans 53 usines situées dans 22 pays différents.

Le groupe Goodyear a annoncé une chute de 23 pour cent de son bénéfice en octobre dernier. L’entreprise a confirmé avoir atteint son objectif de 1 milliard de dollars US d’économies et que de nouvelles mesures seraient prises pour réduire les coûts.

La lutte à Amiens a été systématiquement isolée par les syndicats, notamment la CGT, sur le plan national, local et au niveau de l’usine, comme l’ont été bien d’autres luttes depuis 2007. A cet égard, les syndicats ont été aidés par le PCF et les partis pseudo-gauches, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et Lutte Ouvrière (LO).

Les tentatives limitées faites sous le gouvernement de l’ancien président Nicolas Sarkozy (2007-2012) par la section syndicale CGT de l’usine, dirigée par Mikaël Wamen et l’avocat stalinien, Fiodor Rilov, pour parer à une fermeture n’ont pas réussi à assurer son avenir. Ces années sont caractérisées par une coopération intense entre le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, et Sarkozy qui avait dit la phrase célèbre « il faut sauver le soldat Thibault » lorsque celui-ci rencontrait des difficultés à brader la grève des cheminots en novembre 2007.

Sarkozy avait compris la nécessité de travailler avec les syndicats pour imposer l’austérité et détruire les droits des travailleurs, conditions indispensables à la relance de la rentabilité et de la compétitivité du capitalisme français. Ceci avait eu pour conséquence que la CGT et la CFDT (Confédération française démocratique du Travail) avaient signé en 2008 la « Position commune » pour saper les accords nationaux. Ce texte avait servi de base à une loi sur la représentativité syndicale valorisant le statut des responsables de la CGT et de la CFDT mais rendant possible la déréglementation du temps de travail, affranchissant ainsi les employeurs des contraintes juridiques propres au secteur d'activité ainsi que nationales. (Voir : « France : les syndicats collaborent avec les employeurs et le gouvernement pour déréglementer la durée du temps de travail »

Le soi-disant accord de « sécurisation de l’emploi » du 11 janvier du nouveau gouvernement du Parti socialiste (PS) renforce et consolide les attaques perpétrées par Sarkozy contre le code du Travail. Bien que la CGT n’ait pas signé, le syndicat n’organise aucune grève contre cette mesure, affirmant vouloir négocier des modifications avant que l’accord ne soit transcrit dans la loi.

En 2009, la CGT de l’usine Continental de pneumatiques à Clairoix, à 80 kilomètres d’Amiens, avait négocié un accord de licenciement par lequel, en échange de l’abandon de la lutte pour le maintien de l’usine et de la promesse des syndicats de ne « pas détruire ou bloquer les sites Continental en France et à l’étranger, » les travailleurs de Clairoix recevraient une prime de 50.000 euros [68.000 dollars US] en plus des indemnités de licenciements prescrites par la loi et d'autres avantages.

Wamen avait rendu hommage à l’accord « très honorable arraché par la lutte des Conti » Il avait dit que l’objectif était le retrait des suppressions de postes mais qu’à défaut, « 50.000 euros, ça sera le minimum. Il y a du fric chez Goodyear. Le groupe devra ouvrir le porte-monnaie, sans quoi ça va chier. »

La CGT qui est soutenue par le NPA a rejeté un mouvement de grève contre le plan de licenciement de Goodyear qui aurait pu unir les travailleurs d’Amiens à ceux de Clairoix en rassemblant les travailleurs des usines de Continental et de Goodyear dans une seule lutte contre la vague de licenciements partout en France et en Europe. Plus de 1.000 usines françaises ont fermé depuis 2009 en entraînant une perte de 120.000 emplois industriels, l’industrie automobile ayant été la plus durement touchée.

La CGT persiste à faire croire que les droits des travailleurs peuvent être protégés par les tribunaux. Entre-temps, à l’usine d’Amiens, Goodyear a largement atteint ses objectifs par le biais de départs volontaires réduisant les effectifs de 1.680 en 2007 à 1.173 actuellement ainsi que par le démantèlement systématique des machines. Ces dernières années, l’entreprise n’a fait aucun investissement dans l’usine. Celle-ci ne fonctionne pour l’heure qu’à 15 pour cent de sa capacité et Goodyear affirme avoir fait depuis 2011 des pertes de 61 millions d’euros à l’usine. La CGT parle d’un transfert de production vers des usines de l’entreprise situées en Europe de l’Est.

Wamen et Rilov se trouvent au centre d’une campagne frauduleuse entreprise par le Front de Gauche (une coalition comprenant le Parti communiste français stalinien, PCF, et le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon) et soutenue par le NPA pour persuader le gouvernement PS d’introduire une loi interdisant les licenciements dans les entreprises qui font du profit. En fait, le gouvernement droitier de François Hollande est engagé à améliorer les profits patronaux par la suppression des emplois.

Les négociations entre la CGT et Goodyear ont été interrompues en septembre dernier à Amiens après que les deux parties ont conclu un accord de principe au sujet de départs « volontaires » et de la vente au groupe américain Titan de l’activité de pneus agricoles, en maintenant 536 emplois. A la dernière minute, la CGT a retiré son soutien en affirmant que le plan de départs volontaires de l’entreprise dissimulait des départs forcés et a demandé cinq ans de garantie de production au lieu des deux ans proposés par Titan.

Le gouvernement du Parti socialiste cherche actuellement à relancer les négociations entre la CGT et l'entreprise, sur la base d’une reprise de la production de pneus agricoles d’Amiens-Nord (500 postes) par l’américain Titan tout en fermant l’activité pneus tourisme (700 postes.) Si cela devait se faire, ce serait une catastrophe pour le quartier HLM d’Amiens-Nord où le taux de chômage se situe déjà à 57 pour cent pour les 16-25 ans.

Les accords de compétitivité imposés par le gouvernement PS à l’aciérie de Florange et aux usines automobiles Renault et PSA dévasteront des régions entières. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui avait jugé « inéluctable » la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay, cherche à imposer les conditions de Goodyear. Il a demandé que « la CGT mette de l’eau dans son vin, que la direction mette du vin dans son eau, et que Titan boive l’eau et le vin des deux. » Rilov prétend que Montebourg « va finir par se ranger à nos côtés pour exiger de Titan un engagement en termes de volumes. » Rilov demande aussi que « la gauche [le gouvernement PS] fasse enfin ce pour quoi elle a été élue, et non se placer du côté du Medef pour détricoter le droit du travail. »

Rilov sait parfaitement que le gouvernement PS de Hollande applique les dictats de l’employeur. Rilov et la CGT affirment avoir fait une proposition qui éviterait la fermeture totale de l’usine d’Amiens. « Il suffirait que Titan s’engage par écrit sur un maintien de l’activité pour débloquer la situation. » Un tel engagement, si jamais il se réalisait, ne vaudrait pas le papier sur lequel il est écrit.

(Article original paru le 6 février 2013)