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Le président François Hollande cherche à conclure des accords d’armement en Inde

Par Kumaran Ira
20 février 2013

A l’occasion de sa première visite en Asie, depuis sa prise de pouvoir en mai dernier, le président français François Hollande a visité l’Inde du 14 au 15 février. Accompagné d’une délégation de ministres et de dirigeants de plus de 60 entreprises françaises, Hollande a cherché à renforcer les liens commerciaux et stratégiques entre les deux pays, notamment au moyen de transactions militaires à grande échelle.

Hollande a insisté sur la conclusion d’un accord pour la vente à l’Inde de 126 avions de chasse Rafale pour un montant d’un peu moins de 9 milliards d’euros (10 millions de dollars). Le contrat qui devrait être signé vers le milieu de l’année, serait le plus grand achat d’avions de combat en quinze ans. La France et l’Inde ont aussi conclu des négociations concernant un projet de 6 milliards de dollars pour le développement conjoint de missiles sol-air à courte portée.

Bien que le contrat n’ait pas encore été signé, des pourparlers sont aussi en train de se tenir entre la société nucléaire française Areva et l’entreprise publique Nuclear Power Corporation of India Ltd (NPCIL) au sujet d’un contrat s’élevant à 9,3 milliards de dollars pour la construction d’une centrale nucléaire d’une puissance totale de 9.900 mégawatts à Jaïtapur, dans l’Etat du Maharashtra, sur la côte Ouest.

A New Delhi, Hollande a parlé d’une coopération exceptionnelle entre l’Inde et la France et du besoin de toujours améliorer les relations entre les deux pays. Il a dit que l’Inde était la plus grande démocratie du monde, un pays qui est en plein développement et que dans ce défi la France doit se trouver à ses côté.

Pour sa part, le premier ministre indien Manmohan Singh a dit, «L’Inde considère la France comme l’un de ses partenaires stratégiques les plus appréciés.»

Le voyage de Hollande en Inde démontre le caractère cynique et réactionnaire de la diplomatie impérialiste. Tout en imposant des suppressions massives d’emploi chez Renault et Peugeot-Citroën et d’autres mesures d’austérité drastiques, Hollande cherche à étayer l’économie française qui se contracte par l’obtention de contrats qui attisent la course à l’armement en Asie.

Pays qui souffre encore d’une profonde pauvreté de masse et d’une famine chronique, l’Inde aurait dépassé la Chine et serait devenue en 2010 le plus gros importateur d’armes. En 2011, les dépenses militaires indiennes, à l’exclusion des armes nucléaires, se chiffraient à 44,28 milliards de dollars. Au cours de la décennie à venir, l’Inde projetterait de dépenser 150 milliards de dollars pour moderniser, améliorer et maintenir son équipement militaire. Les analystes de défense du groupe IHS Jane’s ont pronostiqué que l’Inde dépasserait la France, le Japon et le Royaume-Uni pour devenir d’ici 2020 le quatrième plus grand pays du monde en termes de dépenses militaires, n’étant devancé que par les États-Unis, la Chine et la Russie.

Les États-Unis, qui tant sous George W. Bush que sous Barack Obama ont publiquement déclaré leur volonté d’aider l’Inde à devenir une «puissance mondiale», sont en train de soutenir le renforcement de l’appareil militaire. Ils ont organisé de nombreuses manœuvres conjointes avec l’Inde, proposé une série de contrats d’armement et négocié un statut particulier pour l’Inde dans le régime de réglementation nucléaire mondial qui lui donne accès au combustible nucléaire et à la technologie nucléaire civile plus évoluée, permettant ainsi à New Delhi de concentrer son programme nucléaire national sur le développement des armes.

Les États-Unis considèrent l’Inde comme cruciale dans leurs efforts d’endiguer une Chine «montante» en cherchant à inclure l’Inde dans une alliance plus générale avec des pays jugés hostiles à l’égard de la Chine dans la région de l’Asie-Pacifique. Quant à l’Inde, qui avait mené une guerre frontalière contre la Chine en 1962, elle considère Beijing comme son principal rival en ce qui concerne son influence dans l’Océan indien et en Asie du Sud. (La Chine est décrite par l’élite pakistanaise comme étant son «pays ami contre vents et marées.») De plus, les deux principales puissances montantes de l’Asie sont toutes deux fortement tributaires d’importations de pétrole et ont émergé comme étant d’importantes concurrentes en ce qui concerne l’énergie et d’autres ressources dans quasiment tous les coins du monde.

En Asie et ailleurs, Hollande poursuit la politique de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, en alignant étroitement la politique étrangère de la France sur celle de Washington. Comme Washington, Paris estime que la bourgeoisie indienne est une importante alliée dans ses guerres impérialistes et ses différentes opérations.

Avec le retrait partiel d’ici 2014 des forces américaines et de l’OTAN d’Afghanistan, la France et les Etats-Unis ont encouragé l’Inde à jouer un rôle majeur en Afghanistan. Ce qui inclut l’entraînement des forces de sécurité afghanes.

Le 15 février, lors d’un discours tenu au Nehru Memorial à New Delhi, Hollande a aussi remercié l’Inde pour sa compréhension et son soutien pour la guerre française au Mali. Menée sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme islamique, l’invasion française au Mali vise à restaurer la domination française sur ses anciennes colonies en Afrique occidentale de façon à consolider ses intérêts géostratégiques face aux puissances rivales en Afrique, notamment la Chine.

La participation de l’Inde est active. Elle a promis de joindre le Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali. Le pays s’est engagé à investir 1 million de dollars pour la modernisation de l’armée malienne en promettant aussi un versement supplémentaire de 100 millions de dollars après la fin du conflit. Le soutien de l’Inde à la guerre au Mali est ancré dans ses intérêts géostratégiques grandissants en Afrique ainsi que dans son antagonisme croissant à l’égard de la Chine et de son inimitié historique envers le Pakistan musulman qui soutient les forces islamistes anti-indiennes au Cachemire et en Afghanistan.

Après que des responsables indiens eurent rencontré, il y a une semaine, des représentants des puissances européennes et des pays africains à Bruxelles, New Delhi a publié un communiqué précisant, «Nous avons déjà mis en œuvre cinq projets au Mali dans des secteurs aussi divers que l’agriculture, l’énergie et l’industrie alimentaire sous forme d’un crédit concessionnel de plus de 150 millions de dollars. Nous pourrions financer la réalisation d’un autre grand projet énergétique au Mali via une ligne de crédit de 100 millions de dollars.»

En échange du soutien indien au Mali, Hollande a appuyé les demandes de l’Inde de devenir un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Il a qualifié l’Inde de «puissance de paix» en ajoutant que pour tenir compte des réalités actuelles, nous demandons que l’Inde devienne un membre permanent à part entière du Conseil de sécurité de l’ONU.

La promotion de l’Inde en tant que «puissance de paix» – alors que le pays fait le trafic d’armes pour poursuivre un renforcement militaire massif à l’encontre de ses rivaux régionaux, en particulier le Pakistan et la Chine – est parfaitement absurde. Les relations entre l’Inde et le Pakistan demeurent extrêmement tendues avec un processus de «paix» effectivement suspendu depuis 2008, les deux puissances se reprochant mutuellement des intentions hostiles et se disputant l’influence dans la région. En janvier, il y a eu une série d’affrontements sanglants à la frontière au sujet de la ligne de contrôle (Line of Control, LoC) dans la région contestée du Cachemire et la semaine passée des forces indiennes ont tué un soldat pakistanais qui était entré par inadvertance dans la partie du Cachemire contrôlée par l’Inde.

Avant la visite de Hollande en Inde, le journal Le Monde avait interviewé Uday Bhaskar, un ancien officier supérieur de la marine indienne et chercheur à la Society for Policy Studies (SPS), groupe de réflexion basé à New Delhi. Bhastak a fait remarquer que l’Inde était préoccupée par la coopération entre la Chine et le Pakistan pour ce qui est des armes et des missiles nucléaires . Il a aussi souligné les intérêts militaires et pétroliers importants de l’Inde en Asie du Sud-Est.

Un élément clé de l’expansion militaire de l’Inde est le développement d’une «marine hauturière.» L’Inde vise à jouer un rôle majeur dans l’Océan indien et ces ambitions sont encouragées par Washington.

En réponse à une question concernant l’Océan indien, Bhastar a dit, «La présence de la Chine dans l’Océan indien devient lentement une réalité. On le voit avec le resserrement de ses liens avec les Seychelles, les Maldives, le Pakistan, le Sri Lanka, le Bangladesh ou la Birmanie. Cette percée est inspirée par ce que les Chinois appellent ‘le dilemme de Malacca’, à savoir le fait que plus de la moitié de leurs importations de pétrole transite par ce détroit contrôlé par des puissances jugées potentiellement hostiles. La Chine s'inquiète aussi au sujet des États-Unis et de l’Inde en raison de la vulnérabilité de ses routes maritimes.»

Hollande a exprimé le soutien de la France pour le rôle joué par l’Inde dans l’Océan indien, assurant l’Inde que la France contribuerait à maintenir la sécurité dans l’Océan indien.

(Article original paru le 19 février 2013)