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Elections italiennes : les premiers résultats donnent deux partis au coude-à-coude

Par Peter Schwarz
27 février 2013

Le résultat des élections législatives italiennes de dimanche et lundi n'était pas encore complet lundi soir, alors même que les bureaux de vote avaient déjà fermé à 3 heures de l'après-midi. Toutes les indications pointent vers une défaite retentissante du Premier ministre en exercice Mario Monti infligée par un électorat ayant répudié ses projets de mesures d'austérité exigées par l'Union européenne (UE).

Cependant, aucun parti n'a exprimé l’opposition sociale profonde de la classe ouvrière et tous les partis en lice ont mis en avant des politiques de droite. Dans ces conditions, aucun vainqueur n'émerge clairement.

À la chambre des députés, la coalition de centre-gauche dirigée par Pier Luigi Bersani aurait une très légère avance, arrivant première au nombre de voix et obtenant juste en dessous de 30 pour cent. La coalition de Bersani est constituée du Parti démocratique, qui est issu de l'implosion du Parti communiste en 1991, et du Parti gauche, écologie et liberté (Sinistra, ecologia e libertà - SEL) de Nichi Vendola.

D'après le code électoral italien, le parti qui obtient la plus grande part des voix reçoit automatiquement 55 pour cent des sièges à la chambre des députés, ou chambre basse. Cela laisse clairement Bersani, 61 ans, avec une majorité parlementaire sûre.

À la deuxième chambre, le Sénat, l'alliance de Bersani est en compétition serrée avec l'alliance du centre-droit emmenée par l'ex-Premier ministre Silvio Berlusconi. Celle-ci est constituée du parti Peuple et Liberté (PdL) de Berlusconi, de la Ligue du Nord, et de deux plus petits partis de droite. Les sièges au Sénat sont accordés d'après les résultats dans chacune des 20 régions, et non nationalement.

Si Bersani ne parvient pas à obtenir une majorité au Sénat, un gouvernement de coalition sera probablement incapable de faire passer les lois à la chambre haute, créant ainsi un équilibre politique hautement instable et avec quasi certitude un contexte qui devrait déboucher sur de nouvelles élections dans un futur proche.

Le Mouvement des Cinq étoiles, dirigé par le comédien Beppe Grillo, a obtenu bien plus de votes que la plupart des sondages ne l'avaient prédit. L'on s'attend à ce qu'il obtienne 27 pour cent des voix à la chambre des députés, juste derrière les listes de Bersani et Berlusconi. En Sicile, ce mouvement est sorti des élections sénatoriales, comme parti le plus fort, avec 30 pour cent des voix. Grillo s'est présenté contre l'UE et tous les partis officiels, qu'il a attaqués avec ostentation.

L'alliance du Premier ministre en exercice Mario Monti, des Chrétiens-démocrates et des Libéraux a subi une défaite majeure. La nuit dernière, certains se demandaient si cette formation allait entrer au Parlement, qui a un seuil minimal de 10 pour cent pour les listes électorales. Au Sénat, ce seuil est encore plus haut, 20 pour cent.

L'Alliance de la révolution citoyenne dirigée par le procureur anti-mafia Antonio Ingraio, qui comprend le parti Refondation communiste, n'a obtenu que 2 pour cent des voix et ne sera pas présente au nouveau Parlement.

La participation était de 75 pour cent, en chute de 6 points par rapport aux dernières élections législatives de 2008.

Les projections de scores ont évolué au cours de la soirée, variant d'un institut de sondage à l'autre. En retour, cela a entraîné une extrême variabilité des marchés financiers.

Quand les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote prédisaient une victoire pour Bersani à 3 heures de l'après-midi, l'indice de la bourse de Milan est monté de 3 pour cent et le DAX allemand de 2,3 pour cent. L'euro est monté par rapport au dollar et les taux d'intérêt des obligations italiennes ont chuté de manière importante. Mais lorsque la nouvelle d'une victoire possible de Berlusconi est tombée, les indices sont redevenus négatifs.

Au cours de cette campagne électorale, Berlusconi s'en est pris fortement à l'UE, et en particulier au gouvernement allemand. Il a promis d'annuler les augmentations d'impôts impopulaires introduites par Monti.

Bersani, cependant, s'était engagé à poursuivre les politiques d'austérité de Monti. Il était par conséquent considéré par les gouvernants et le monde des affaires de toute l'Europe comme un partisan fiable de nouvelles attaques contre la classe ouvrière.

Si ces élections devaient se terminer sans qu'aucun parti n'obtienne une victoire claire, l'on s'attend à une réaction violente des marchés financiers, entraînant non seulement l'Italie, mais aussi l'euro dans une nouvelle crise. Les élections italiennes annoncent des conflits sociaux intenses et des bouleversements politiques.

Le piètre score réalisé par Monti démontre l'étendue de la haine populaire envers les mesures imposées par l'UE. À la fin 2011 et sous la pression de l'UE, l'ex-commissaire à l'UE Monti avait pris le pouvoir à la tête d'un gouvernement technocrate non élu et introduit des mesures d'austérité drastiques. Celles-ci ont réduit le niveau de vie de grandes parties de la population, et le chômage des jeunes est monté à plus de 37 pour cent.

Monti était soutenu par les classes dirigeantes de toute l'Europe et les médias chantaient ses louanges. Les électeurs italiens ne partageaient pourtant pas cet enthousiasme, comme le montre clairement le résultat de ces élections.

Bersani était depuis longtemps considéré comme le favori incontesté dans cette élection. Dans les derniers sondages publiés il y a deux semaines, il était toujours en tête devant Berlusconi. Son insistance à poursuivre les mesures d'austérité de Monti a eu pour résultat l'évaporation rapide de cette avance.

Au cours de sa campagne électorale, Berlusconi a pris la pose d’un opposant à l'UE, alors qu'en tant que Premier ministre, il avait soutenu le programme d'austérité de l'Union européenne. Il a promis aux électeurs qu'immédiatement après les élections, il annulerait la taxe sur la propriété introduite par Monti, qui frappe particulièrement les petits propriétaires.

C'est Beppe Grillo cependant qui, en dénonçant constamment la « caste » politique, a réussi à rassembler l'essentiel du vote contestataire. Son mouvement n'a cependant aucune réponse à apporter à la crise sociale montante. Grillo a évité de prendre des positions claires sur les questions de classe et son programme éclectique tend fortement vers la droite.

Le fait que plus de la moitié de ceux qui sont allés voter ont voté pour la liste de Berlusconi ou le Mouvement des cinq étoiles qui ont tous deux mené des campagnes anti-UE indique la montée de l'opposition à l'Union européenne dans un pays traditionnellement considéré comme pro-UE.

La colère contre Monti et l'Union européenne a pu être exploitée par des figures politiques de droite parce qu'elles n'étaient confrontées à aucune opposition de la part de la prétendue "gauche". Comme les socio-démocrates de tous les autres pays d'Europe, le Parti démocrate en Italie soutient entièrement les politiques d'austérité de l'UE.

Le parti Refondation communiste, qui est également issu de l'éclatement du Parti communiste, a été complètement discrédité par son soutien répété à des gouvernements de droite.

(Article original paru le 26 février 2013)