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La conférence de Munich sur la sécurité appuie l’appel à une extension des guerres néocoloniales

Par Christoph Dreier
6 février 2013

La Conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue cette année au cours du weekend, s'est déroulée dans le contexte de la recolonisation, par les Etats-Unis et leurs alliés européens, du Moyen-Orient et de l’Afrique. C'était une affirmation on ne peut plus claire du type de domination impérialiste manifeste de ces régions qui avait caractérisé la première moitié du 20ème siècle.

Alors même que la réunion se tenait, le président français, François Hollande, effectuait une visite festive dans l’ancienne colonie de la France, le Mali, alors que les troupes et les avions français continuaient d’attaquer le territoire tenu par les insurgés, et que le premier ministre britannique, David Cameron, avait des pourparlers avec les dirigeants algériens et libyens soutenus par les Etats-Unis.

Trois jours durant, les représentants politiques, militaires et ceux de l’industrie de la défense des principales puissances, aux côtés des responsables d’autres nations également invités, se sont rencontrés pour débattre des opérations militaires actuelles et futures ainsi que de questions d’ordre géostratégique. La conférence a mis en évidence le consensus qui régnait parmi les principales puissances impérialistes, dirigées par les Etats-Unis, en vue d’une poussée politique et militaire élargie pour installer des gouvernements fantoches et s’emparer du contrôle des ressources naturelles cruciales partout au Moyen-Orient, en Asie centrale et sur le continent africain.

Le ton a été donné par le vice-président américain, Joseph Biden, qui a prononcé un discours belliqueux désignant comme cibles de l’agression des Etats-Unis et de l’OTAN des nations allant de la Syrie, au Mali et au reste de l’Afrique du Nord en passant par l’Iran, le Yémen et la Somalie.

Environ 400 participants de près de 90 pays étaient invités à la conférence privée qui est organisée depuis ces 49 dernières années à l’Hôtel Bayerischer Hof de Munich. Parmi les personnes présentes figuraient le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi et, pour la première fois, des représentants de l’opposition syrienne soutenue par l’Occident.

Biden a profité de la conférence pour réaffirmer les prétentions américaines à être une puissance mondiale. Lors de son allocution Biden a déclaré : « L’Amérique est une puissance pacifique. Et la plus grande alliance militaire du monde [OTAN] nous aide à aussi faire de nous une puissance atlantique. Comme le montre clairement notre nouvelle stratégie de défense, nous resterons à la fois une puissance pacifique et une puissance atlantique. »

Le vice-président américain s'est servi de la dévastation sociale provoquée par les puissances occidentales comme d'un prétexte pour justifier une politique d’intervention militaire potentielle dans des régions géo-stratégiquement importantes du monde. « Aujourd’hui, partout en Afrique du Nord et dans certaines parties du Moyen-Orient, » a-t-il dit, « les extrémistes cherchent à exploiter les éléments suivants : des frontières de plus en plus poreuses ; une large partie de territoire non gouvernée ; des armes facilement accessibles ; de nouveaux gouvernements qui n’ont pas la capacité et parfois pas la volonté de lutter contre l’extrémisme et une génération grandissante de jeunes qui sont mécontents et dont l’avenir est entravé par la stagnation des économies. »

Cette situation, a-t-il poursuivi, requiert une « approche globale comportant une gamme complète d’outils à notre disposition – dont nos moyens militaires. » L’invasion française au Mali, a-t-il suggéré, n’était qu’une telle action parmi d’autres à venir. « C’est pourquoi, » a-t-il précisé, « les Etats-Unis la saluent et se tiennent aux côtés de la France et d’autres partenaires au Mali… »

Biden a décrit les guerres brutales contre l’Irak, l’Afghanistan et la Libye comme de grands succès et des modèles à suivre dans de futures entreprises. Les Etats-Unis, a-t-il dit, étaient « conscients de l’évolution des menaces posées par les branches [d’Al Qaïda] comme AQAP au Yémen, al-Shabaab en Somalie, AQI en Irak et en Syrie et AQMI en Afrique du Nord. »

Le vice-président a gardé le ton belliqueux de Washington à l’égard de l’Iran en menaçant implicitement de lancer une attaque militaire si Téhéran n’acceptait pas les exigences américaines et européennes de réduire drastiquement son programme d’enrichissement d’uranium. « Il y a encore du temps, il y a encore de l’espace pour la diplomatie avec la pression en sus pour réussir, » a-t-il déclaré. L'autre facette, de toute évidence, est que les Etats-Unis sont prêts, dans un avenir pas trop lointain, à recourir à l’armée.

Biden a tenu à réitérer le fait que la politique du gouvernement Obama est de faire tout ce qui est nécessaire pour empêcher que l’Iran ne développe une arme nucléaire, ce que Téhéran nie vouloir faire, plutôt que d’isoler et d’affaiblir un Iran disposant de l’arme nucléaire. « Notre politique n’est pas celle de l'endiguement, » a-t-il dit.

En réponse à une question, Biden a dit que le gouvernement Obama n’excluait pas des pourparlers bilatéraux directs entre les Etats-Unis et l’Iran mais il a clairement fait savoir que la condition préalable à de tels entretiens serait que l’Iran signale être disposé à accepter l’essentiel des exigences américaines. « Nous ne voulons pas le faire simplement pour dire qu'on l'a fait, » a-t-il fait remarquer.

Le ministre israélien de la défense sortant, Ehud Barak, a publiquement menacé l’Iran d’une attaque militaire lorsqu'il a pris la parole à la conférence, en disant : « Nous disons tous la même chose : qu’un Iran nucléaire est inacceptable et que nous n’excluons aucune option pour l’empêcher. Mais, Israël prend cette question réellement au sérieux et s’attend à ce que les autres fassent de même. »

En ce qui concerne la Syrie, Biden a répété la demande de changement de régime des Etats-Unis. Il a déclaré que le président syrien Assad était « un tyran, tenant mordicus à s’accrocher au pouvoir, » qui « n’est plus apte à diriger le peuple syrien » et qui « doit partir. » Selon un article paru dans le Times de Londres, les Etats-Unis ont donné le feu vert à Israël pour de nouvelles attaques contre la Syrie après le bombardement, mercredi, par Tel Aviv de cibles syriennes.

Le vice-président américain n’a pas caché le fait que l’offensive menée par les Etats-Unis au Moyen-Orient et en Afrique du Nord visait l’influence chinoise dans la région et était liée à l’offensive politique et diplomatique anti-chinoise du gouvernement américain, connue sous le nom de « pivot vers l’Asie. »

Les représentants des puissances européennes ont clairement fait savoir qu’ils ne demandaient pas mieux que de participer à la recolonisation du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord en coopération avec les Etats-Unis. Le gouvernement allemand a fait savoir qu’il n’était pas disposé à rester sur la touche. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, tout comme le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, ont souligné l’importance d’une coopération avec les Etats-Unis et leur soutien pour l’intervention occidentale en Syrie et la guerre au Mali.

Westerwelle a promis au chef de la Coalition nationale syrienne des forces de l’opposition et de la révolution qui est parrainée par les Etats-Unis, Muas Ahmed al-Khatib, le « soutien actif » de l’Allemagne. De Maizière a profité de l’occasion pour annoncer que le gouvernement allemand augmenterait son soutien aux troupes françaises au Mali. Il a dit que l’armée allemande déploierait 40 soldats pour entraîner les forces maliennes et qu’elle fournirait un avion ravitailleur pour les forces aériennes françaises.

Derrière ce front uni contre les anciens peuples coloniaux du monde, les tensions continuent de croître entre les principales puissances concernant en partie le partage du butin. L’Allemagne en particulier a peu d’intérêt à une confrontation avec la Chine et la Russie et qui est en train de se développer au sujet de l’Afrique et du Moyen-Orient. C’est la raison pour laquelle Westerwelle a souligné plusieurs fois l’importance d’un partenariat avec la Russie.

Alors que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergio Lavrov, a accepté de mener des pourparlers avec al-Khatib de l’opposition syrienne, qui est appuyée par les Etats-Unis et l’OTAN, il a répondu au discours de Biden en réaffirmant l’opposition de Moscou aux préparatifs de guerre contre l’Iran et à la volonté d'un changement de régime en Syrie.

Quant à l’Iran, Lavrov a parlé du besoin de fournir des « incitations » pour que l’Iran entreprenne de sérieuses négociations en ajoutant, « Nous devons convaincre l’Iran qu’il ne s’agit pas de changement de régime. » Pour ce qui est de la Syrie, il a dit que la principale raison de la « tragédie qui perdure » est celle « de la persistance de ceux qui disent que la première priorité est le retrait du président Assad.

(Article original paru le 4 février 2013)