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Le groupe allemand Alternative socialiste aide le syndicat à trahir les travailleurs d’Opel

Par Christoph Dreier
21 février 2013

Les salariés qui défendent leurs emplois et leurs salaires sont confrontés non seulement à la direction de leur entreprise, mais aussi aux syndicats qui utilisent l’ensemble de l’appareil pour étouffer tout signe d’opposition effective des travailleurs. Ceci est tout particulièrement évident dans le cas du syndicat allemand de la métallurgie IG Metall (IGM) chez Opel.

Le plus important syndicat du monde à lui seul s’est depuis longtemps transformé en une entreprise mercantile qui est foncièrement hostile aux intérêts des travailleurs qu’il est censé représenter. Selon l’hebdomadaire économique Wirtschaftswoche, IG Metall collecte 460 millions d’euros par an de ses adhérents et dispose d’un actif évalué à 2 milliards d’euros, qu’il investit de plus en plus souvent dans des actions de l’entreprise.

Quelque 1.700 représentants d'IG Metall siègent à des conseils de surveillance d’entreprise où ils sont généreusement récompensés et s’intègrent à la direction. Le principal atout de l’organisation est constitué par les quelque 50.000 membres des comités d’entreprise et les 80.000 délégués syndicaux de l’entreprise. Ce puissant appareil sert à contrôler et à opprimer les travailleurs. Les réductions de salaire et les suppressions d’emplois sont souvent directement préparées au siège du syndicat pour ensuite être imposées aux travailleurs.

Ces dernières années, IG Metall a collaboré étroitement avec la direction d’Opel pour réduire les salaires et liquider des milliers d’emplois. En décembre dernier, General Motors avait finalement annoncé l’arrêt de la production de véhicules d’ici 2016 sur le site allemand à Bochum, après qu'IG Metall et les comités d’entreprise sous la régie de Rainer Einenkel avaient à plusieurs reprises accepté des pertes d’emplois et des baisses de salaire.

En janvier, la direction a exigé une nouvelle réduction de salaire des travailleurs de Bochum sous peine d’avancer la date de la fermeture de l’usine à 2014. Comme les années précédentes, les responsables d’IG Metall ont dissimulé ce chantage suffisamment longtemps pour justifier leur credo selon lequel toute opposition serait vaine. Einenkel a ridiculisé les appels à la grève ou à une mobilisation sérieuse des travailleurs comme étant «tout à fait absurde» et «de la folie pure.» Il a clairement fait comprendre qu’IG Metall n’était intéressé qu’à imposer aux travailleurs les réductions et les fermetures déjà conjointement approuvées.

Les travailleurs comprennent de mieux en mieux le rôle joué par le syndicat et l'opposition monte. Les salariés de l’usine de Bochum envisagent de tourner le dos à IG Metall par des démissions en masse du syndicat. Un participant au forum internet des travailleurs d’Opel qui réclamait une telle action, a reçu en l’espace de 24 heures des dizaines de réponses de collègues en colère qui saluaient une telle décision en lui faisant part de leur soutien.

IG Metall est extrêmement alarmé par cette évolution et recourt à la totalité de son appareil pour étouffer tout regain d’un mouvement indépendant des travailleurs. Il bénéficie en cela du soutien de différents groupes pseudo-gauches qui sont profondément imbriqués dans la bureaucratie syndicale. Le principal objectif de ces groupes est de lier les travailleurs à la bureaucratie syndicale réactionnaire.

Le spécimen type d’une telle organisation est Alternative socialiste (Sozialistische Alternative Voran, SAV, une branche allemande du Socialist Party britannique) qui opère au sein du parti allemand La Gauche (Die Linke, homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon) et qui est recrutée en grande partie parmi les bureaucrates et les représentants des comités d’entreprise. Sur son site internet, le SAV a publié au début du mois une lettre ouverte à l’adresse de la direction d’IG Metall. Le seul objectif de cette lettre était de renforcer le pouvoir du syndicat et de le défendre face à l’opposition grandissante des travailleurs.

Cette lettre est à l’initiative du groupe Alternative socialiste du site de Daimler (Mercedes-Benz) à Berlin qui est dominé par le SAV. Lors des élections du comité d’entreprise en 2010, ce groupe avait recueilli 25 pour cent des voix, remportant cinq mandats. La liste officielle d’IG Metall avait été rejetée par les travailleurs du fait que le syndicat ne s’opposait pas aux réductions de salaire et aux mauvaises conditions de travail. La plupart des membres du groupe Alternative socialiste font partie des comités d’entreprise et sont aussi membres d’IG Metall, se considérant comme son aile «gauche.»

La lettre propose d’appliquer quelques actions de grève symboliques à l’usine Opel de Bochum et qui sont tout spécialement conçues pour empêcher que les travailleurs ne rompent avec IG Metall. Elle défend le rôle joué par le syndicat dans la prochaine fermeture de l’usine Opel de production de véhicules à Bochum, tout en encourageant l’illusion qu'IG Metall s’oppose à la fermeture.

«Notre collègue, Berthold Huber,» dit la lettre, «avait raison lorsqu’il a dit en décembre que ‘si Opel veut maintenant démanteler la production de tous les véhicules, alors c’est une déclaration de guerre ouverte contre nous’.»

Le «collègue Huber» est le président d’IG Metall et aussi le président adjoint des conseils de surveillance chez Siemens, Audi et Volkswagen, ainsi que membre du conseil de surveillance du groupe Porsche. Les quatre entreprises disposent ensemble d’une capitalisation boursière de 158 milliards d’euros. Hubert avait célébré son 60e anniversaire à la chancellerie d’Angela Merkel. En dehors des syndicalistes de la SAV, personne n’aurait l’idée de le qualifier de «collègue». À peine quelques semaines plus tôt, Huber avait pris fait et cause pour les dispositions de voyage et les rémunérations luxueuses versées par le géant industriel allemand de l’acier, ThyssenKrupp, aux représentants syndicaux siégeant à son conseil de surveillance.

Depuis longtemps, les travailleurs font l’expérience de première main de la manière dont ces bureaucrates royalement payés agissent comme main droite de la direction de l’entreprise sans rien faire pour défendre leurs droits. Mais Alternative socialiste prétend être surpris et fait comme si la trahison était un malencontreux dérapage : «Mais, ce qui nous agace», écrivent-ils, «ce sont les appels au “calme” lancés le mois passé par les gros bonnets du comité d’entreprise et d'IG Metall. Lors de la conférence de presse du 10 décembre, Rainer Einenkel s’était même vu contraint de mettre en garde contre le risque d’un ‘activisme aveugle’».

Pour contrôler l’opposition des salariés, la direction d’IG Metall a proposé un certain nombre d’actions symboliques en guise de «moyen de faire pression.» Celles-ci comprennent des «actions de solidarité» et une «grande manifestation.» Un arrêt de travail symbolique sera organisé à Bochum même.

La direction syndicale décrit fièrement IG Metall comme étant une organisation qui a été fondée «pour que les salariés des différentes entreprises ne se retrouvent pas seuls pour se défendre.» Elle tente de semer des illusions selon lesquelles le syndicat peut être transformé en une organisation de combat pour mener la lutte pour la défense de tous les emplois dans l’industrie automobile.

Mais, la transformation des syndicats en co-gestionnaires et l’orientation anti-ouvrière de leurs responsables ne sont pas le résultat d’une politique fausse de la direction syndicale, ni de sa décrépitude morale. Les causes profondes de ces développements résident dans la faillite de la perspective syndicale même et ceci est un phénomène international.

Partout dans le monde, les syndicats ont totalement transféré leur allégeance à l’employeur. Et donc, ils cherchent continuellement à étouffer le développement de tout mouvement indépendant des travailleurs en leur imposant les réductions les plus drastiques de salaires et de conditions de travail.

Ces attaques contre la classe ouvrière sont l’expression directe d’une intensification de la lutte des classes. L’ampleur de la dévastation sociale qui est déversée sur les travailleurs en Grèce, en Espagne et au Portugal – et aussi en Allemagne et en France – ne permet plus de faire aucun compromis social ni concessions que jadis les syndicats étaient en mesure de négocier. C’est pourquoi, non seulement l’État est en train de recourir à des méthodes autoritaires, mais les syndicats aussi se sont transformés en organisations de répression.

Des groupes tels le SAV sont une partie intégrante du milieu bureaucratique et des structures syndicales. Ils sont spécialisés dans la défense de la bureaucratie face à la colère des travailleurs et ils dissimulent leur caractère réactionnaire en promouvant des manœuvres symboliques de «gauche».

Une rupture avec ces organisations est le premier pas indispensable pour l’organisation d’une offensive politique des travailleurs à l’encontre des mesures d’austérité drastiques imposées par le gouvernement et le patronat. Une telle campagne requiert la construction d’un nouveau parti international de la classe ouvrière et qui lutte pour un programme socialiste.

(Article original paru le 19 février 2013)