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La lutte pour la défense du Service National de Santé en Angleterre

Par Chris Marsden
18 février 2013

Le Service National de Santé (National Health Service – NHS) est en train de mourir des innombrables coupes budgétaires qu’on lui fait subir et il est en danger d’être privatisé.

La coalition conservatrice et libérale a réclamé des coupes à hauteur de 20 milliards de Livres (31 milliards de dollars ou 23 milliards d’euros) d’ici à 2015 sur un budget global de 108 millions de livres (125 milliards d’euros ou 167 milliards de dollars) – une réduction impossible à effectuer sans la destruction de services qui sont essentiels pour sauver des vies.

Jusque là, seuls 6 milliards de coupes ont été imposées – pour la plupart des économies uniques. Mais le pire est encore à venir. Le niveau des personnels a cependant déjà été réduit de 20 pour cent et de nouveau contrats de travail sont imposés avec des salaires inférieurs et une charge de travail supérieure.

Des services d’urgence (plus de 30 dans tout le pays), des hôpitaux pour enfants et d’autres services sont fermés – ce qu’on justifie en affirmant que les soins et les procédures médicales peuvent être fournies plus efficacement dans des unités spécialisées. Il n’y a aucune garantie que de telles unités spécialisées ne seront pas submergées par la demande et que des vies ne seront pas perdues à cause de la distance à couvrir pour les atteindre. Mais le directeur médical du NHS, Sir Bruce Keogh, a ignoré la vaste opposition à ces changements, la qualifiant de pression pour « empêcher l’excellence » et pour « perpétuer la médiocrité »

Le Health and Social Care Act (Loi de restructuration du NHS n.d.t.) qui permet à des sociétés privées d’offrir des services de santé sous les auspices du NHS entrera en vigueur en avril 2013. Cela ne fera qu’accélérer un processus qui est déjà entamé. On saigne le NHS à blanc en le livrant à d’innombrables entreprises privées qui plument le contribuable tandis que les soins sont soit rationnés soit carrément refusés aux malades chroniques et au membres les plus vulnérables de la société.

Le 13 novembre 2011, la firme Circle Health est devenue la première entreprise privée à gérer un hôpital du NHS. En Octobre 2012, une demande d’accès à l’information a révélé qu’en une semaine seulement, des contrats ont été signés enlevant plus de 400 services municipaux au NHS et qui comprenaient des services ambulanciers, de test diagnostique, de podologie et d’audition adulte.

Les docteurs ont averti de ce que le NHS était en train d’être « atomisé » étant donné une situation ou plus d’une centaine de firmes privées offrent des soins de base en vertu de la loi Any Qualified Provider. Certaines sociétés privées gagnent déjà jusqu’à 200 millions de Livres par an chacune, grâce à du travail financé par le NHS.

Une soixantaine de ‘trusts’ du NHS risquent d’être déclarés en faillite dans les quatre ans à venir, ce qui menace leurs hôpitaux de « rationalisation » et de fermeture. Afin de repousser cette menace, les trusts doivent couper leurs budgets et rationner ou refuser les traitements considérés comme ayant une « valeur médicale limitée ». Près d’une opération de la hanche et une opération pour hernie sur cinq sont déjà effectuées par des sociétés privées. Bientôt il faudra payer pour de telles opérations.

L’argent sonnant et trébuchant est un facteur majeur dans la campagne pour éviscérer d’abord et ensuite privatiser le NHS. Elle acheminera des revenus massifs vers la médecine privée qui ne représentait auparavant que 8 pour cent du secteur de la Santé et était pendant des décennies entièrement parasitique – elle constituait une manière de passer avant les autres pour les plus affluents, utilisant des équipements financés par le contribuable et des docteurs formés aux frais du public.

La classe dirigeante hait le NHS qui est un symbole de tout ce qu’elle a été forcée de concéder à la classe ouvrière en Angleterre durant la période de l’après-guerre – les réformes qui avaient introduit la protection sociale et médicale « depuis le berceau jusqu'à la tombe » – afin d’apaiser les revendications pour un changement social.

Même a présent, il reste un objet de haine pour l’élite politique et économique aux Etats-Unis où les dénonciations acerbes de la « médecine socialisée » cachent le fait que le NHS est toujours, dû au fait qu’il est libre au niveau de l’exécution et se base sur la nécessité médicale et non la capacité de payer, un des meilleurs dans le monde pour ce qui est du niveau des soins fournis, alors que celui des Etats-Unis est l’un des pires. C’est le cas, en dépit d’une dépense de près de 5 000 Livres par personne aux Etats-Unis comparé à seulement un peu plus de 2 000 Livres en Grande-Bretagne.

Ces chiffres donnent une idée de la qualité des soins de santé qui pourraient être fournis dans le cadre d’un système véritablement socialiste, intégré à une économie socialisée dans laquelle les entreprises et les banques seraient la propriété du public et seraient contrôlées démocratiquement.

La vie et la santé de la population travailleuse dépendent du NHS et celle-ci veut lutter pour son maintien. Mais, comme pour toutes les autres tâches fondamentales auxquelles les ouvriers sont confrontés – la défense des emplois, des salaires, des services essentiels et de la protection sociale – ce désir est contrecarré à chaque instant par les syndicats et les partis jadis associés à de telles luttes.

Le parti travailliste a supervisé la création du NHS en 1948 mais a, à partir de 1997, passé treize ans au gouvernement à en saper les fondements. La privatisation en cachette commença en 1989 avec l’introduction du « marché intérieur » par Margaret Thatcher. Mais c’est le dernier gouvernement travailliste qui a encouragé l’externalisation des services de santé et utilisé l’initiative financière privée pour construire des hôpitaux qui coûtent de nombreuses fois plus que leur budget initial, imposant des dettes massives à ces institutions pour des unités qui souvent ont jusqu’à 28 pour cent de lits en moins. Les travaillistes cherchent maintenant une fois de plus à prendre la pose de ceux qui sont les amis du NHS, mais il s’agit là d’une fraude transparente.

Quant aux syndicats, aucun d’entre eux n’a levé le petit doigt en défense des emplois et des services dans la Santé – réduisant les travailleurs à signer des pétitions, à écrire des lettres aux députés et à participer à des campagnes pour maintenir un hôpital ou un service par-ci par-là afin que ce soit l’hôpital de la ville ou du quartier voisin qui soit fermé.

Comment pourrait-il en être autrement? L’expérience faite partout par les travailleurs dans le monde est que les partis sociaux-démocrates ne peuvent plus être distingués de leurs homologues conservateurs tandis que les syndicats étouffent et trahissent toute manifestation de résistance aux mesures austéritaires des gouvernements et aux rationalisations et à l’augmentation des cadences de la part des entreprises.

En Grèce, le parti social démocrate PASOK et la Gauche démocratique siègent au gouvernement avec le parti conservateur Nouvelle démocratie, supervisent des mesures d’austérité qui signifient le quasi effondrement des service de santé publics.

Le Socialist Equality Party en Angleterre a commencé la « Campagne de la contre-attaque pour le NHS » (NHS Fight back Campaign) qui s’appuie sur la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière. Dans une de ses déclarations, cette campagne insiste pour dire :

« La défense de la Santé et de tous les autres droits sociaux fondamentaux ne peut progresser qu’au moyen d’une rupture d’avec les syndicats et du Parti travailliste. Des comités d’actions doivent être constitués par les malades, le personnel hospitalier, les travailleurs et les jeunes dont la vie et la santé sont en train d’être ruinés. Le problème n’est pas un manque de fonds ou de ressources mais le monopole de la richesse par les super riches. Ce monopole ne peut être brisé que par un mouvement de masse de la classe ouvrière ayant pour but de chasser le gouvernement de coalition et de le remplacer par un gouvernement ouvrier basé sur une politique socialiste. »

« Un tel gouvernement effectuerait une redistribution radicale de la richesse en faveur de la classe ouvrière qui inclurait de mettre un terme à l’obscénité de la médecine pour du profit et de restaurer le service de la Santé en tant que service gratuit d’Etat et de haute qualité au service de tous. »

C’est là la perspective de base sur laquelle toutes les luttes menées par la classe ouvrière dans chaque pays doivent aller de l’avant.

(Article original publié le 28 janvier 2013)