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Québec: Le sommet sur l'éducation et la faillite de la politique de l'ASSÉ

Déclaration des Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (Canada)
26 février 2013

Cette déclaration sera distribuée à Montréal par des supporteurs du Parti de l’égalité socialiste et les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale à la manifestation étudiante ayant lieu aujourd’hui.

Le sommet sur l'enseignement supérieur est une opération politique du Parti québécois (PQ) visant à forger un semblant de «consensus national» pour l'introduction d'augmentations annuelles dans les frais de scolarité post-secondaire.

Le PQ a été porté au pouvoir l'automne dernier en affichant une fausse sympathie envers la grève étudiante afin de camoufler le véritable agenda du gouvernement péquiste, à savoir l'imposition de mesures draconiennes visant à faire payer les travailleurs et les jeunes pour la crise historique du capitalisme.

À son arrivée au pouvoir en septembre, le gouvernement Marois a annulé la hausse des frais de scolarité du gouvernement libéral précédent. C'était un recul tactique pour désamorcer une crise sociale majeure. Son véritable programme a été dévoilé peu après avec le dépôt en novembre d'un budget d'austérité qui a fait le bonheur des marchés financiers.

Parmi les mesures adoptées, il y avait l'abolition de 2000 emplois à Hydro-Québec; le maintien de la taxe santé régressive; le maintien des baisses d'impôt sur les gains en capitaux; le plus faible taux de croissance des dépenses sociales en 15 ans; et des milliards consacrés à rembourser la dette au détriment des services publics. Peu de temps après, on apprenait que le budget des universités serait amputé de 250 millions $ sur deux ans.

Il était tout à fait prévisible que le Parti québécois, une fois au pouvoir, irait encore plus loin que le gouvernement libéral précédent dans son offensive contre les travailleurs et les jeunes. Cette évolution est déterminée par la nature même du PQ, un parti de l'establishment au même titre que les libéraux. Son rôle particulier est d'assurer la défense acharnée de la classe dirigeante tout en se présentant comme un parti «progressiste» et à l'écoute des gens ordinaires.

Ceux qui passent sous silence la nature de classe du PQ, et présentent le recul partiel du gouvernement Marois sur la hausse des frais de scolarité comme la preuve que la lutte étudiante s'est terminée sur une victoire, veulent tromper les étudiants et les empêcher de tirer les véritables leçons de la grève.

La grève étudiante de 2012 avait une profonde signification objective. C'était l'expression au Québec d'une résistance grandissante à l'échelle internationale contre le programme d'austérité des classes dirigeantes partout dans le monde. Et justement pour cette raison, elle ne pouvait aller de l'avant que si les étudiants se tournaient vers la classe ouvrière et faisaient de la lutte contre la hausse des frais de scolarité le fer de lance d'une contre-offensive commune contre la destruction des emplois, le démantèlement des services sociaux et la baisse générale du niveau de vie des travailleurs.

C'est la perspective pour laquelle ont lutté le World Socialist Web Site, le Parti de l'égalité socialiste et son aile jeunesse, l’EJIES (les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale). Mais elle a été rejetée par les forces politiques qui dirigeaient la grève ou exerçaient une influence sur ses dirigeants.

Les centrales syndicales ont laissé les étudiants affronter seuls le gouvernement, les tribunaux et les forces policières. Lorsque leur lutte déterminée a néanmoins menacé de s'étendre aux travailleurs et de remettre en cause l'ordre social existant, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a mis tout son poids dans la balance pour torpiller la grève étudiante et pour la détourner dans la voie électorale et derrière le PQ en avançant le slogan : «Après la rue, les urnes!»

Cette opération n'aurait pas réussi sans le soutien politique de Québec solidaire, une formation qui a réuni divers groupes communautaires et éléments de la pseudo-gauche du Québec et qui cherche depuis à se tailler une place au sein de l'establishment politique. Depuis des années, QS cherche à conclure un accord électoral avec le PQ. Pendant la grève, alors que la campagne battait son plein pour détourner la lutte étudiante vers les élections, Québec solidaire a qualifié le PQ de «moindre mal» que les libéraux et leur a proposé une alliance électorale. À la fin de la campagne électorale, QS a spéculé sur la possibilité qu'il détienne la balance du pouvoir et a offert d'avance son soutien inconditionnel à un éventuel gouvernement minoritaire péquiste.

Et il y a eu le rôle de la CLASSE/ASSÉ, l'association étudiante la plus étroitement associée au mouvement de grève. Ses dirigeants ont fait de la lutte contre la hausse des frais de scolarité une question à part, qui pourrait être réglée si les étudiants exerçaient suffisamment de pression sur le gouvernement en place. Cette politique de protestation était associée à une perspective nationaliste québécoise qui écartait tout appel aux étudiants et travailleurs du Canada anglais. Et c'est ce qui mené les étudiants vers une impasse, et éventuellement la défaite.

La décision de boycotter le sommet prise à la dernière minute par l’ASSÉ est une tentative de dissimuler la faillite de sa politique afin de continuer sur la même voie. Ses dirigeants ont refusé de critiquer l'isolement de la grève par les centrales syndicales et ont rapidement abandonné l'appel à la grève sociale lorsque les syndicats l'ont rejeté du revers de la main. L’ASSÉ a pris part à l'opération de récupération politique de la grève par le PQ. Ses dirigeants ont ensuite passé sous silence le budget d'austérité déposé par le gouvernement Marois. Et ils ont participé pleinement aux rencontres préparatoires au Sommet. La raison invoquée pour leur boycottage du sommet – qu'ils auraient été trompés par le gouvernement Marois qui a renié ses promesses – est un aveu d'impuissance politique.

C'est dans le même sens qu'il faut comprendre les critiques dirigées contre le sommet par divers groupes de pression des classes moyennes. Un échantillon représentatif de ce milieu – réunissant des féministes, des environnementalistes, des anarchistes, des libertaires, des revues et sites «de gauche», ainsi que des acteurs en vue de la grève étudiante de 2012 dont Profs contre la hausse et surtout l'ASSÉ – a publié dimanche un texte commun qui met à nu la faillite de la politique de protestation, qui se limite à faire pression sur l'élite dirigeante sans remettre en question le cadre capitaliste existant.

Sous le titre «Déclaration de la Base face au Sommet», le texte fait l'éloge de «la grève générale illimitée des étudiantes et étudiants» pour avoir «ouvert et imposé un véritable espace politique de réflexion, de débat et d'action», généré un «vent d'espoir, de mobilisation et de création» et suscité de «nombreuses expériences d'autonomie et de démocratie».

Mais la déclaration passe sous silence le fait essentiel : la grève s'est terminée par une défaite non seulement pour les étudiants, mais pour tous les travailleurs.

La lutte étudiante avait le potentiel de déclencher une vaste contre-offensive de toute la classe ouvrière contre la destruction des emplois, la réduction des salaires et la démolition des services publics. Mais elle a été canalisée derrière le PQ qui, une fois au pouvoir, a mis en branle des mesures d'austérité qui vont encore plus loin que celles du gouvernement libéral précédent.

Dans son passage le plus significatif, la déclaration reconnaît que le sommet était «rendu nécessaire pour répondre au mouvement», mais qu'il «ne vise au fond qu'à l'enterrer».

Pour qui le sommet était-il «nécessaire», si ce n'est pour la classe dirigeante? La venue au pouvoir d'un gouvernement péquiste minoritaire, sous une vague promesse de dialogue avec les étudiants, était pour elle un faible prix à payer pour «répondre au mouvement» en mettant fin à une rébellion de la jeunesse qui risquait d'entraîner les travailleurs dans une lutte commune contre le système de profit.

Et si la classe dirigeante est maintenant en position d’«enterrer» la lutte étudiante c'est justement parce que les forces signataires de cette déclaration, et notamment l'ASSÉ qui était à la tête de la grève, ont soutenu le tournant vers les urnes réclamé par les bureaucrates de la FTQ et des autres centrales syndicales.

En se faisant l'écho de la bureaucratie syndicale pour affirmer que la question clé était la défaite des libéraux et que le Parti québécois était le «moins pire» des deux partis, ces forces ont permis au PQ de récupérer la lutte étudiante à son propre avantage, de se faufiler au pouvoir, et de renier maintenant les promesses qu'il n'avait jamais l'intention de remplir.

Ces protestataires des classes moyennes peuvent bien déplorer aujourd'hui les actions du PQ et qualifier son sommet de tous les noms : «entreprise pas très réussie de relations publiques», «vision affairiste de la gouvernance universitaire», «raisonnement comptable». Cela n'effacera pas leur propre responsabilité politique dans l'arrivée au pouvoir du PQ et dans l'impact dévastateur qu'auront ses mesures d'austérité sur les travailleurs et les jeunes.

La «Déclaration de la Base face au Sommet» ne présente jamais le PQ comme un parti de la grande entreprise, et ne dit pas un mot du rôle des syndicats pro-capitalistes. Le texte se termine par un appel à «retourner dans la rue pour défendre notre conception de l'éducation».

C'est la politique de protestation qui a mené la grève étudiante de 2012 à un échec. Une nouvelle orientation est nécessaire. Elle doit avoir pour point de départ la reconnaissance de la nature internationale de la crise actuelle. Non seulement au Québec, mais à travers le Canada et partout dans le monde, les travailleurs et les jeunes font face à une attaque frontale sur leur niveau de vie. Les emplois, les salaires, les services publics – tout doit être sacrifié pour satisfaire les marchés financiers et enrichir les élites dirigeantes.

Les étudiants qui cherchent une alternative doivent plutôt se tourner consciemment vers la classe ouvrière, la seule force sociale capable de briser l'emprise d'une minorité capitaliste sur l'économie et de garantir les droits sociaux de tous. Ils doivent lier la défense de l'éducation à la mobilisation des travailleurs comme une force politique indépendante dans une lutte commune pour des emplois et des salaires décents et pour des services publics de qualité.

Nous appelons les étudiants qui sont d'accord avec cette perspective à lire le World Socialist Web Site et à adhérer à l'EJIES.