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Un activiste du libre accès aux données, mort à 26 ans

La famille accuse les États-Unis d'avoir contribué au suicide d'Aaron Swartz

Par Kevin Reed
17 janvier 2013

Aaron Swartz, pionnier de l'internet, militant en faveur de l'accès libre aux données sur internet et de la justice sociale, a été retrouvé mort vendredi 11 janvier, à Brooklyn, New York, apparemment par suicide. Bien que les détails précis sur sa mort à l'âge de 26 ans soient encore en train d'émerger, il est clair que Swartz était victime d'une procédure de mise en examen retorse et agressive de la part des autorités fédérales.

En juillet 2011, Swartz a été mis en examen pour des délits fédéraux d'accès illégal au service payant JSTOR en 2010 en passant par l'intermédiaire du réseau du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Les autorités ont déclaré qu'il avait téléchargé illégalement 4,8 millions d'articles universitaires scientifiques et littéraires et s'apprêtait à distribuer ces textes protégés par le droit d'auteur gratuitement sur des sites de partages de données.

Swartz était confronté à des accusations fédérales de fraude informatique qui pouvaient le condamner au maximum à 35 ans de prison et 1 million de dollars d'amendes. Il était également accusé par le district du Middlesex d'être entré par effraction dans un local du MIT.

Swartz et ses défenseurs ont maintenu une position ferme en plaidant non coupable tout au long des deux dernières années, la bataille judiciaire se déroulant jusqu'au dernier jour de sa vie. D'après son principal avocat, Elliot Peters, Swartz avait récemment refusé une offre d'accord faite par la procureur Carmen Ortiz qui aurait évité un procès mais l'aurait mis derrière les barreaux pour six mois en échange d'une reconnaissance de culpabilité sur 13 chefs d'accusation fédéraux.

D'après une déclaration du bureau de la Médecine légale de New York, Swartz s'est pendu lui-même vendredi soir dans son appartement sur Crown Heights à Brooklyn. Le New York Times a indiqué qu'un oncle, Michael Wolf, avait confirmé que Swartz est apparemment mort par suicide et qu'un ami a découvert le corps.

M. Wolf a dit que son neveu, qui avait lutté contre la dépression et les pensées suicidaires par le passé et les avait même mises par écrit, « regardait le monde et avait une certaine logique dans son cerveau, et le monde ne correspondait pas nécessairement à cette logique, et c'était parfois difficile. »

Dans une déclaration publique, la famille de Swartz a dit, « la mort d'Aaron n'est pas simplement une tragédie personnelle. Elle est le produit d'un système judiciaire criminel qui suinte l'intimidation et les excès de pouvoir des procureurs. » Ils ont ajouté que, si JSTOR avait refusé de porter plainte contre Aaron, « des décisions prises par des responsables du bureau du procureur fédéral du Massachusetts et au MIT ont contribué à sa mort. »

Swartz avait 14 ans lorsqu'il avait co-écrit RSS (Really Simple Syndication) qui permet aux lecteurs de s'abonner à des journaux et autres sources d'information en ligne. Il était aussi le fondateur d'Infogami qui a ensuite fusionné avec le site d'information Reddit bien connu, qui classe les informations données par les membres d'après les recommandations des lecteurs.

Aaron a quitté Reddit en 2006, après que l'éditeur Condé Nast l'a racheté, et s'est consacré au libre accès aux informations sur internet et à l'opposition à la censure sur internet. Peu après, il a co-fondé Demand Progress, un groupe qui fait la promotion des campagnes sur internet contre les injustices sociales.

En 2008, il a publié « le manifeste de la guérilla de l'accès libre, » qui s'opposait à la propriété privée sur les informations et défendait le partage libre des revues scientifiques. Le manifeste de Swartz déclarait, « Il n'y a pas de justice à suivre des lois injustes. Il est temps de prendre la parole et, dans la grande tradition de la désobéissance civile, de déclarer notre opposition à cet accaparement privé de la culture publique. »

Dans le cadre de cette campagne, Swartz a écrit un programme pour télécharger le contenu d'une base de données de documents judiciaires fédéraux appelée PACER, près de 20 millions de pages en une fois, gratuitement [contre 10 dollars par page sur le système du gouvernement, ndt]. Le gouvernement a interdit ce programme gratuit et enquêté, mais n'a pas lancé de procédure. Les autorités, cependant, ont réagi très différemment en 2011 après le téléchargement de JSTOR au MIT.

Si les problèmes émotionnels d'Aaron Swartz ont pu jouer un rôle dans son suicide, sa mort tragique est la conséquence directe des actions répressives du ministère de la Justice américain.

Au cours de l'année écoulée, il est devenu évident que le procureur fédéral était déterminé à faire un exemple de Swartz. Il était poursuivi d'une manière agressive sans commune mesure avec la gravité du crime qui lui était imputé ou ses conséquences.

Alors qu'aucun représentant du gouvernement ou financier de haut niveau n'a été accusé, et encore moins poursuivi, pour les crimes liés aux guerres illégales de la décennie passée ou à la crise financière de 2008, le ministère de la Justice d'Obama était déterminé à punir un individu pour avoir tenté de rendre des informations accessibles au grand public et a fini par le persécuter jusqu'à sa mort.

Avec ses activités dans le domaine du libre accès aux informations, Swartz représente les couches de plus en plus importantes de la société qui sont écoeurées par la corruption, le mensonge et le vol courants parmi les cercles dirigeants aux États-Unis comme partout ailleurs.

L'an dernier, il avait critiqué le programme d'assassinats du gouvernement Obama, écrivant :

« Chaque semaine ou presque, plus de 100 membres de l'équipe de la sécurité nationale américaine se réunissent en téléconférence sécurisée organisée parle Pentagone et passent en revue la biographie de suspects au Yémen, en Somalie et au Pakistan, et "nomment" ceux qui devraient être visés par leurs attaques. »

Comme Julian Assange et le soldat Bradley Manning, la campagne d'Aaron Swartz pour l'accès libre aux informations et, surtout, sa détermination à ne pas plier devant l'intimidation, ont été considérés comme intolérables par l'Etat.

(Article original paru le 15 janvier 2013)